LIVING ! je ne choisis pas de travailler dans le théâtre mais dans le monde de Julian Beck et Judith Malina, Théâtre des quartiers d’Ivry, 10 décembre

 
Mise en scène Stanislas Nordey assisté de Claire Ingrid Cottenceau, décors Emmanuel Clolus, avec 16 jeunes acteurs issus de l’École du Théâtre National de Bretagne.

Julian Beck et Judith Malina, célèbre couple de théâtre américain, avaient fondé le Living Theater aux USA en 1947. Au début des années 1960,   cette troupe libertaire s’était pleinement impliquée dans un combat social.  Disciples d’Antonin Artaud et de son théâtre de la Cruauté, ils s’engagent avec leur troupe contre la guerre du Viet-Nam, sont expulsés de leur minuscule salle de spectacle, Le Living entame une vie errante avec leur communauté d’acteurs.  Ils jouent en France The Brig en France au début des années 1960 qui provoque une véritable onde de choc, puis Mysteries and smaller pièces et Frankenstein dans la baie de Cassis. Jean Vilar, dans l’impossibilité de programmer des troupes française à la suite des événements de mai 1968 en France, les invite à créer Paradise Now au Cloître des Carmes en juillet 1968. France Nouvelle, hebdomadaire du PCF publiera mon premier article « Paradise Now, un cataclysme théâtral ! » (1). La troupe va jusqu’au bout de la révolte errant parmi les spectateurs en protestant contre les interdictions, « Je n’ai pas le droit de voyager sans passeport, je n’ai pas le droit d’enlever mes vêtements !… », ce qu’ils font allègrement, se dévêtant et sautant du haut du grand mur du cloître dans les bras de leurs compagnons »…Avec les manifestations des enragés qui veulent rentrer gratuitement dans le cloître, défiant Vilar qui les en empêche pour des raisons de sécurité, ils proclament, « le théâtre est dans la rue, allons jouer dans les quartiers populaires ! ». Vilar s’y oppose, il a payé leurs cachets, les spectateurs ont acheté leurs places. Le Living Theater quittera Avignon avant d’avoir terminé le cycle de représentations qui leur ont été payées. Le Festival se poursuivra avec Maurice Béjart et les autres spectacles, mais Vilar ne s’en remettra pas. Il a renoncé à la direction de l’Opéra que Malraux lui avait proposée et il mourra en 1971. (2)
Stanislas Nordey n’a pas retenu le travail théâtral de Julian Beck, mais ses textes libertaires dont les anarchistes de mai 1968 se sont régalés et qui ont fait long feu. Les jeunes acteurs débitent sa philosophie improbable avec un bel élan, ils occupent d’abord les rangs des spectateurs, nous leur faisons face debout sur le plateau, puis nous regagnons nos sièges pour écouter les sentences d’une troupe qui a eu une influence capitale dans ces années de rejet d’une autorité magistrale. Que reste-t-il de 1968 ? Curieusement tous ces textes semblent étrangement puérils, la solidarité des manifestations s’est diluée dans un individualisme forcené ! Ces jeunes acteurs heureux de refaire vivre cette aventure débitent leurs textes avec coeur, mais le reflet qu’ils donnent du Living semble étrangement fade. Seul le texte d’Antonin Artaud à la fin garde une résonance poétique ! Le Living, c’était d’abord le culte du corps, le plein engagement physique, avec des déflagrations, absentes des textes écrits de Julian Beck. Ils ont ouvert les portes des happenings et de nombreuses compagnies contestataires de l’ordre magistral qui régnait dans les universités, dans les usines et dans la société au début des années 70.

(1) J’avais travaillé sur une thèse sous la direction de Jean Duvignaud « Vie communautaire et création dramatique dans la compagnie du Living théâtre, jamais achevée… Cet article a été publié dans  en 2008 dans la revue Cassandre consacrée aux 40 ans de 1968.

(2) Denis Genoun a publié  une pièce intéressante sur ce sujet, Mai, Juin, Juillet consacré à ce Festival d’Avignon 1968, créée au TNP de Lyon, qui a été retransmise sur France Culture.

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