En guise de voeux pour 2013

Ce que même le méchant Sarkozy n’a jamais osé faire, Hollande le doux a commis l’acte irréparable, toucher au budget sacralisé du Ministère de la Culture.
Le Syndeac montre les dents, le directeur emblématique de Bobigny monte au créneau et cible le président. Chacun affûte ses armes, les déclarations se multiplient.
Les grosses structures se sentent menacées, on crie à l’assassinat, à la mort du lien social, à la fin de la création, au risque de transformer la France en désert culturel. On essaye de faire du théâtre  Paris -Villette le symbole de la déforestation annoncée.
Les petits n’ont pas la parole, ils ont l’habitude de guerroyer sans budget, ce sont les champions du trois fois rien, ils ne touchaient déjà rien du Ministère, alors la diminution de 3,5%  ne les concerne pas.
Ceux qui ont connu la période faste de doublement du budget de la culture sous Lang savent que cela n’avait  pas changé grand chose.
Alors si  quelqu’un osait dire que si problème de culture il y a, il n’est pas budgétaire…  Celui-là verrait toute la profession le mettre en quarantaine. 
On ne va pas revenir à la polémique d’Edmond  Michelet qui avait vendu son vélo pour monter une pièce de théâtre,  mais si quelqu’un osait parler franchement…il dirait quoi ? 

 Il dirait que de l’argent, la Culture en regorge, parce que le Ministère de la Culture n’est plus seul distributeur de subsides,  les collectivités  territoriales sont venus troubler son monopole. Les Régions ont des politiques culturelles, et les départements aussi et les villes bien -sûr et les communautés de communes se mettent aussi à accompagner des opérations culturelles.  On continue de construire des salles, de moderniser les théâtres. Dans toute la France naissent des friches culturelles regroupées dans l’association ARTfactories/Autre(s)pARTs.
Le théâtre de rue s’est fédéré et compte plus de mille compagnies toutes bien vivantes. On compte même près de 250 festivals dévolus au théâtre de rue avec des fréquentations incroyables vu la gratuité des spectacles. 
Il y a un réseau de scènes de musique actuelles, les Smac, et un réseau de fabriques de rue, les CNAR et des centaines d’initiatives de terrain pas ou peu médiatisées. Il ne faudrait pas non plus oublier de citer certains phares culturels que sont devenus le 104, le parc de la Villette, le centre Georges Pompidou. 
Le Ministère  de la culture ne représente  plus que 20% des dépenses culturelles, son réseau a vieilli, les Scènes Nationales et les CDN  ne sont plus que de pâles descendants de la première vague de décentralisation culturelle d’après -guerre.
Le centre de gravité de la Culture en France a bougé, les  grandes institutions semblent pour la plupart figées et n’arrivent pas à épouser les nouvelles démarches d’art relationnel, d’art contextuel, de bottom up ( L’Art qui part des habitants ). 
La vie culturelle ne se passe plus à Paris, mais dans les coins les plus reculés de la France. 
Il y a un microcosme théâtral qui tente de résister, mais les créations d’auteurs à l’ancienne  sont dépassées, maintenant c’est toute la ville que l’on met en scène, il ne s’agit plus de s’adresser à un petit public d’abonnés mais à la cité toute entière. Pendant 40 ans on a essayé d’attirer le non public à  l’intérieur des salles de spectacle, le résultat c’est un public un peu fossilisé et vieillissant qui forme le bataillon des abonnés, même si les statistiques disent parfois le contraire, grâce aux sorties scolaires. 
Il semblerait  que la gracieuse nouvelle ministre  de la culture  ait pris conscience de cette immense vague de fond qui est en train de bouleverser la carte de la création artistique, il semblerait que ses préoccupations se dirigent vers les gens plutôt que vers le public traditionnel.  
Si c’était vrai, ce serait un  inattendu  et immense changement de paradigme, et il faudrait s’en réjouir, et faire en sorte que les 2 milliards du Ministère de la Culture puissent servir aussi de stimulant  et d’engrais à toute cette nouvelle culture de territoire et d’espace public, cette culture des interstices, des abris inventifs,  qui foisonne  dans nos Régions dans nos villes, dans nos campagnes. 

Jacques Livchine 
Metteur en songes
Théâtre de l’Unité
Audincourt (25)
CET ARTICLE A ÉTÉ PUBLIÉ DANS LA RUBRIQUE REBONDS DE LIBÉRATION DU VENDREDI 4 JANVIER 2013

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