PERTURBATION d’après le roman de Thomas Bernhard, mise en scène Kristian Lupa, Théâtre de la Colline, 29 septembre

 

 

Nous assistons à une épopée hallucinante, malheureusement parfois inaudible dans un immense décor transformable, quelque soit notre place dans la salle, de près de 5 heures, dans la grande salle du Théâtre de la Colline. Les deux entractes bienvenus aèrent heureusement cette étrange saga familiale. Comme le dit Thomas Bernhard « Dans l’obscurité tout devient clair. Il n’en va pas seulement  ainsi des phénomènes et des images-il en va ainsi de la langue elle-même… ». On voit d’abord un docteur ( Jean-Charles Dumay, remarquable témoin souvent silencieux) accompagné par son fils rendre visite à des patients. On les voit sur le plateau, doublés par leur image filmée  dans un paysage montagneux sur un écran immense. Ils arrivent ensuite au début de la deuxième partie dans un immense domaine en ruines, dont le prince (magnifique Thierry Bosc) les entraîne dans une déambulation interminable, les épuisant sous une logorrhée verbale incessante. Il a perdu le régisseur de son domaine, ne parvient pas à en recruter un autre. Il avoue qu’il est malade, son fils est à Londres : « Il est vrai que tous les hommes sont plus ou moins fous, même mon fils ». Le docteur parvient enfin à l’ausculter : « Je vous l’ai dit docteur, j’entends de plus en plus de bruits ! ». Mais pas nous les spectateurs, lorsque l’immense salle du château se replie pour laisser apparaître 2 espaces en quinconce où les filles du prince échangent des propos inaudibles à la cour, et les soeurs du prince ( Anne Sée et Valérie Dréville) au jardin échangeant des propos désabusés sur la déchéance du domaine en essayant vainement de s’endormir : « Pourquoi ne dit-on pas simplement que notre frère est un fou ? Ne pleure pas, tu bois ! ». Filles et soeurs sont convoquées impérieusement par le maître du domaine, il veut leur lire Les affinités électives de Goethe, mais il dérive.

On les retrouve dans la 3e partie, affalés à boire du cognac à 4 heures du matin avec Tadeusz, lointain cousin polonais, sous le déluge de paroles du maître du domaine, évoquant la « puanteur généalogique ». La dernière séquence après la mort du prince présente le fils héritier écrivant son journal, refusant avec obstination de laisser moissonner les récoltes pourrissantes, par un voisin venu plaider la cause des pauvres affamés.

Si on n’entend pas toujours, l’étonnant Thierry Bosc qui mène la danse à la tête d’une belle distribution, nous attache à ce texte étrange.

Théâtre de la Colline jusqu’au 25 octobre, du mardi au samedi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30, Tél 01 44 62 52 52

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