JE SUIS Théâtre KNAM au Théâtre de Poche de Genève, 25 novembre

 

 Spectacle en russe surtitré en français, texte et mise en scène de Tatiana Frolova, jeu Elena Bessenova, Dmitry Bocharov, Wladimir Dmitriev, vidéoThéâtre KNAM Hélène Chambon.

Nous avions pu découvrir cette troupe étonnante venue de Komsomolsk sur amour, en 2012 avec Une guerre personnelle au Festival Sens Interdits organisé par Patrick Penot,directeur du Théâtre des Célestins de Lyon. Inspiré par la bouleversante chronique d’Arkadi Babtchenko correspondant de guerre en Tchétchénie, ce spectacle avait été invité auparavant au Festival Passages de Nancy, par Jean-Pierre Thibaudat, grand arpenteur de la Russie.

Le Théâtre KNAM créé en 1985 sous le régime soviétique est un théâtre indépendant qui bénéficie d’une salle de 30 places dans « une petite ville de 300 000 habitants ». La perestroïka lui permet de monter ses premiers spectacles, La Métamorphose de Kafka, Quai Ouest de Koltès et Hedda Gabler d’Ibsen. Mais en 2006, la compagnie se tourne vers le théâtre documentaire avec Endroit sec et sans eau et Une guerre personnelle, invités en France. La compagnie travaille sans subvention, les cinq membres vivent de petits boulots, sans planning précis pour présenter des créations abouties, « conditions extrêmement favorables pour tout artiste » !

Je suis, spectacle sur l’oubli, retrace l’itinéraire des familles déchirées, anéanties, séparées par la révolution soviétique, dont les aïeux survivants s’engloutissent dans la maladie d’Alzheimer et aussi dans la légende de la construction de Komsomolsk sur Amour. Soit disant bâtie par la vaillante jeunesse communiste, mais en réalité par  des déportés au goulag et plus tard par des prisonniers de guerre, Komsomolsk sur Amour continue à célébrer somptueusement l’anniversaire de sa naissance, sans que les élus prononcent un mot à la mémoire des constructeurs, morts à la tâche.

Construit sur la superposition irréelle d’images audiovisuelles, sur le plateau et dans la salle, Je suis retrace la généalogie des protagonistes, les babouchkas, les diedouchkas, arrêtés, exilés, dépouillés de leurs biens, dont beaucoup disparaissent. Il y a aussi la maladie de la mère de Tatiana qui s’obstine à vouloir retourner chez elle, alors qu’elle est aux côtés de sa fille qu’elle ne reconnaît plus. Les souvenirs anciens remontent, la robe qu’elle a eu le droit de se coudre pour tout salaire après des mois de travail, les efforts pour élever les enfants, envers et contre tout : »J’ai fait ce que j’ai pu pour que ton frère et toi ne soient pas des mauviettes ! ». Le jeu de petits portraits dessinés qui se superposent et disparaissent donnent une dimension ludique et émouvante à ce terrible massacre, qui connaît encore des résurgences. Le cauchemar n’est pas oublié à Komsomolsk sur Amour et ce n’est pas le régime actuel qui parviendra à le résorber ! Une belle émotion…

Théâtre de Poche de Genève, 7 rue du Cheval blanc, jusqu’au 1e décembre, lundi, vendredi à 20 h 30, mercredi, jeudi, samedi à 19 h, dimanche à 17 h, relâche mardi.

Réservations+44 (0)22 310 37 59

http://www.lepoche.ch

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