MARGUERITE DURAS LES TROIS ÂGES, Théâtre de l’Atelier, 10 février

 

Mise en scène Didier Bezace

 

Didier Bezace  vient de quitter après 16 ans la direction du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, après des adieux retentissants proférés par la cinquantaine d’acteurs de ses différents spectacles rassemblés sur le plateau par Catherine Dan, sa directrice adjointe, partie diriger la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. Il  présente un savoureux triptyque des oeuvres de Marguerite Duras, au Théâtre de l’Atelier.

 

  Quelques souvenirs des rencontres avec Didier Bezace : Avec le Théâtre de l’Aquarium dont il fut membre de 1970 à 1997, et dix autres compagnies dont le Théâtre de l’Unité, le Théâtre Populaire des Pyrénées, le Théâtre Populaire de Lorraine, Le Théâtre Populaire des Yvelines, nous avions  organisé Six jours pour le Jeune Théâtre, au Théâtre du Soleil qui venait d’investir la Cartoucherie de Vincennes. L’Aquarium y jouait Les Évasions de Monsieur Voisin. Quelques beaux souvenirs remontent entre autres  : son spectacle sur Héloïse et Abélard, le Piège d’Emmanuel Bove, La femme changée en renard avec Serpentine Tessier, Chère Elena Sergueïevna et surtout Que la noce commence d’Horatiu Maelele son dernier spectacle présenté au Théâtre de la Commune.

 Marguerite Duras et moi, c’est une grande histoire d’amour : Entre autres, la lecture fiévreuse, très lointaine de Barrage contre le Pacifique, le livre de Laure Adler et Agatha dans une mise en scène de Daniel Girard que nous avions programmée au Théâtre 71 de Malakoff . Elle y était venue au bras de Yann Andréa, une grande émotion m’avait saisie en la voyant arriver. Et elle m’avait appelée pour que j’aille voir Le square monté par Alain Astruc qui se jouait à Colombes, je n’en ai pas gardé de grands souvenirs.

 

MARGUERITE ET LE PRÉSIDENT, avec Jean-Marie Galley et Loredana Spagnuolo

« Il fut un temps où les intellectuels aimaient la politique et les politiques aimaient les artistes et les écrivains. C’est le cas de ces deux -là, que le théâtre réunit ici pour le plaisir d’un échange inattendu » déclare Didier Bezace.

François Mitterrand et Marguerite Duras avaient des relations anciennes, c’est François « Morland » qui avait arraché Robert Antelme, le mari de Marguerite, des griffes de la mort, en allant le chercher à Dachau. Ils s’étaient perdus de vue, avaient grandi dans leurs fonctions, elle devenue femme de lettres célèbre, lui Président de la République. 

Le 25 juillet 1985, quelques jours après la publication de « Coupable, forcément coupable », un article de Marguerite Duras dans Libération sur l’affaire Villemin, elle invite le Président Mitterrand à déjeuner chez elle, rue Saint Benoît. Didier Bezace a transposé leur échange au palais de l’Élysée, le rôle de Marguerite étant interprété avec un sérieux imperturbable par une délicieuse petite fille blonde, celui du Président par Jean-Marie Galley, étrangement proche de son modèle. Il lui sert le thé, lui tartine des confitures, pendant qu’elle disserte avec le plus grand sérieux sur des sujets graves, et déclare » avoir appris des tas de choses sur des sujets que je ne connaissais pas ». Mitterrand se livre à des confidences, il est le cadet d’une vieille famille berrichonne, son père était chef de gare. Il évoque la guerre, la nécessité de s’armer : »ce n’est pas pour faire la guerre que nous construisons des sous-marins, c’est pour faire la paix ! ». Elle s’étonne : « Dites, vous connaissez bien les Français ? ». Il répond « Les Français sont des Gaulois, les Gaulois étaient des paysans ! »…

On rit, on est émus par cette conversation insolite entre cette immense femme de lettre et un président déjà brisé par une maladie tenue secrète.

 

LE SQUARE avec Didier Bezace et Clotilde Mollet

Marguerite Duras avait publié ce roman en 1955. Ce texte avait été monté au Studio des Champs Élysées en 1956 et en 1965 au Théâtre Daniel Sorano par Alain Astruc qui l’interprétait avec Évelyne Istria. De lointains souvenirs plutôt décevants remontent de ce spectacle vu à Colombes en 1986, toujours avec Alain Astruc, mais sans Évelyne Istria.

Didier Bezace interprète un voyageur de commerce  chargé d’une grosse valise pénétrant dans un parc où une jeune femme tente de tuer le temps  en promenant un petit garçon. Une conversation très cérémonieuse s’engage d’abord à distance, chacun témoigne de son ennui, de sa solitude, en conservant tout de même le lointain espoir qu’un changement soit au bout de chemin. Elle s’inquiète pour lui, mais il a toujours tout accepté, parvenant à vivre tant bien que mal de son commerce, ne restant jamais plus de deux jours dans la même ville.  Elle survit à sa solitude en allant chaque samedi au bal de la Croix Nivert. L’enfant les interrompt, elle lui sert à boire et la glace rompue, ils se mettent à valser tous les deux. Et puis ils se séparent, mais on ne sait pas, peut-être se retrouveront-ils ? Ces deux grands acteurs nous emmènent dans un passé lointain, celui on s’appelait encore Monsieur et Mademoiselle…

 

SAVANNAH BAY avec Anne Consigny et Emmanuelle Riva

 Savannah Bay avait été créé au Théâtre du Rond Point en 1983. C’est une conversation entre deux femmes, l’une âgée en proie à des pertes de mémoire, l’autre très jeune qui vient l’assister pour la vie quotidienne.

  Emmanuelle Riva, hiératique et superbe fait son entrée  sur un solo de saxophone. Une jeune femme, sa petite fille, lui apporte son petit déjeuner, elle lui beurre ses tartines, l’assiste dans ses moindres gestes : « c’est vous que j’aime le plus au monde  !  » Mais l’aïeule se refuse d’abord, « Je voudrais être seule ici, que personne ne vienne plus « . La jeune femme lui réplique : « vous ne comprenez plus que très peu ce qu’on vous dit (…) vous pensez à Savannah Bay »…La chaleur amicale monte avec une robe dans laquelle la vieille femme accepte de se draper. Et là on dirait deux adolescentes ravies de leurs chiffons. On retrouve la grande actrice d’Hiroshima mon amour, et d’Amour avec Jean-Louis Trintignant.

« Savannah Bay est l’histoire magnifique de la conquête d’une grand- mère par sa petite fille » écrivait Laure Adler dans son beau livre sur Duras. 

 

Théâtre de l’Atelier jusqu’au 9 mars, à 19 h Le square et Marguerite et le Président, à 21 h Savannah Bay, tél 01 46 06 49 24

 

 

 

 

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