LE FAISEUR DE THÉÂTRE Centre Dramatique National de Besançon, 15 avril

De Thomas Bernhard, mise en scène Juliat Vidit

De cette hallucinante pièce de Thomas Bernhard, je garde un souvenir très fort de la mise en scène de Jean-Pierre Vincent au Théâtre de la Ville en 1988, où Bernard Freyd interprétait ce faiseur de théâtre, pater familias irascible dégorgeant un long monologue dans une auberge perdue, où avec sa famille, il s’apprête à jouer une de ses tragédies. Thomas Bernhardt avait publié cette pièce en 1985, elle avait failli être interdite pour ses attaques sur les relents de nazisme du pouvoir autrichien avant sa disparition quelques mois plus tard.

La jeune Julia Vidit qui avait monté Mon cadavre sera piégé en 2008 au Parvis de Tarbes, n’a pas eu froid aux yeux en s’attaquant à cette pièce magistrale avec une solide distribution où François Clavier interprète Bruscon, ce faiseur de théâtre qui s’auto-analyse en permanence, brutalisant ses enfants qui s’ingénient à installer le plateau, à satisfaire ses moindres caprices et sa femme secouée par une toux incessante. Il a accepté sur les instances de sa famille, de partir en tournée d’été et loué une auberge à Utzbach, village de 280 habitants, qu’il méprise, regrettant ses succès passés dans des localités plus importantes. Un gros aubergiste (excellent Étienne Guillot) s’affaire à débarrasser les tables, à tout nettoyer quand Bruscon arrive avec sa canne en vitupérant. Il harcèle la famille qui gère l’auberge de demandes incessantes, mettre sa malle là et pas là, exigeant l’extinction de l’éclairage de secours, l’installation d’une table sur le plateau, réclamant sans cesse du bouillon à l’omelette. Il se plaint de l’incompétence de sa famille, des femmes -« faire du théâtre avec les femmes est une catastrophe ! ». L’aubergiste range, gratte le plancher, mais l’acteur réclame qu’on enlève tous les tableaux accrochés au mur : « je ne jouerai pas au milieu de ce reproductions hideuses , (…) N’est-ce pas un portrait d’Hitler qu’on aperçoit là-bas ? » Il réclame qu’on le garde ! Il déblatère pendant que l’aubergiste, sa fille et sa femme traversent sans cesse le plateau, les bras chargés de viande sanglante, c’est le jour du boudin ! Ferrucio, le fils de Bruscon qui a le bras droit dans le plâtre, comme « les grands potentats tous estropiés (…) tu es ma grande déception » s’affaire néanmoins à tout installer, Sarah sa soeur masse les pieds de son père qui la prend sur ses genoux, hurle après tout le monde sans lever le petit doigt, réclame de l’eau qu’on s’empresse de lui apporter : « L’eau minérale, le grand art ou l’alcoolisme ! J’ai opté pour le grand art (…) Je déteste la musique au théâtre ! (…) De nos jours souvent, nous retombons dans l’amateurisme » . Le moment venu de la représentation, tout est enfin installé les quatre acteurs sont prêts derrière le rideau, le père se tait enfin prêt à déclamer, mais la salle est vide !

Cette belle métaphore d’une chute qui hanté nombre de compagnies ayant embrassé cette difficile et passionnante aventure, est interprétée par une distribution solide où François Clavier dont le rôle est de monopoliser la parole, devient quelque peu fatiguant dans la deuxième partie. On rit souvent de ses outrances, c’est son rôle qui l’exige nous dira-t-on, son talent n’est pas en cause, mais il y a là un problème de direction d’acteur, au moins ce soir du 15 avril à Besançon, dans une salle remplie de très jeunes gens.

Centre Dramatique de Besançon, 16 et 17 avril à 19 h, 18 avril à 20 h, Tél 03 81 88 55 11

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