MAI, JUIN, JUILLET Opéra Grand Avignon, 18 juillet

MAI, JUIN, JUILLET (124) Opéra Grand Avignon, 18 juillet

De Denis Guénoun, mise en scène Christian Schiaretti

Pour ceux qui ont vécu le Festival d’Avignon en 1968, participé aux manifestations parisiennes, l’occupation de l’Odéon Mai, Juin, Juillet offre d’étonnantes réminiscences. Sur le grand plateau de l’Opéra d’Avignon, une trentaine de chaises vides, Jean-Louis Barrault apparaît dans son théâtre de l’Odéon, il s’adresse à Jean Vilar qui vient de préparer le Festival d’Avignon avec des compagnies étrangères puisque les grèves paralysent tout le pays en mai. Marcel Bozonnet a des vraies ressemblances avec le directeur de l’Odéon tout comme Robin Renucci avec celui du Festival d’Avignon. Optimiste irréductible, Barrault a laissé envahir son théâtre par les enragés qui se sont engouffrés au moment où le public sortait d’un spectacle de danse. En l’absence de consignes venues de l’Élysée, Barrault accueille favorablement la foule de jeunes  hurlant depuis les corbeilles de part et d’autres du plateau. Mais la situation dégénère, la foule qui a envahi son théâtre refuse de laisser place aux spectacles programmés, tient des débats violents, vit dans les loges, sur le plateau dont la surcharge inquiète les techniciens. « Plus jamais Claudel ! » hurlent les promoteurs de la « révolution ». Madeleine Renaud avec son ombrelle quitte la salle, révulsée au bras de Jean Louis. A l’Élysée le Général de Gaulle (remarquable Philippe Vincenot) ne veut rien entendre des conseils de ses ministres (Stéphane Bernard les interprète tous avec brio) ne veut rien céder. On finit par fermer le rideau de fer.

Juin, la deuxième partie dépeint le Congrès de Villeurbanne où les directeurs de Centre Dramatiques se sont réunis, reprend leurs débats compliqués et interminables. On s’amuse à repérer les directeurs en costumes cravates, du nom de leurs villes, qui font des propositions lumineuses : « Je propose  que nous n’acceptions de discussions que collectives (…) Nous ne pouvons ignorer que la coupure culturelle est profonde. Si nous n’intégrons pas le non public, nous serons rejetés (…)  Je voudrais un Festival de toutes les contestations (…) Je ne suis chez moi que sur scène, le pouvoir aux artistes ! » Malheureusement on s’enlise un peu dans la loghorrée interminable de ces débats vaseux qui ont paradoxalement donné naissance à la bureaucratie institutionnelle de la décentralisation au détriment des compagnies !

Juillet plus mélancolique présente un Vilar errant la nuit dans les rues d’Avignon, dialoguant avec une jeune fille venu découvrir « l’Américain » (Julian Beck et son Living Theatre). Vilar est fatigué et déjà malade, il tient bon devant le Cloître des Carmes assiégé par les enragés qui veulent y pénétrer gratuitement, au mépris de toute consigne de sécurité.  « Le théâtre est dans la rue ! » hurlent les manifestants, le théâtre est gratuit ! » mais pas pour tout le monde .Vilar a payé les cachets du Living pour 18 représentations, ils quittent Avignon n’en ayant donné que 5. La jeune fille revient accompagnée de 2 amis, elle n’est pas convaincue pour les arguments du maître du Festival qui mourra deux ans plus tard en 1971.

Arbitré par 3 actrices incarnant Mai, Juin, Juillet, le spectacle se termine par une parodie républicaine. Malgré une durée de 3 h 50, l’attention reste en permanence éveillée.

Opéra d’Avignon 19 juillet à 18 h
http://www.tnp-villeurbanne.com

 

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