FESTIVAL INTERNATIONAL DE THÉÂTRE DE RUE D’AURILLAC 2014

Trente ans bientôt de Festival d’Aurillac ! Les «je me souviens » se mélangent depuis 1986, où parmi une dizaine de compagnies, le Théâtre de l’Unité invité par Michel Crespin avait ouvert les Festivités, avec la 2 CV Théâtre, le Théâtre pour chiens et la Femme Chapiteau sur le Cours Monthyon, qui n’était pas encore envahi par les forains. Très vite les compagnies de passage se sont invitées en marge du Festival, de plus en plus nombreuses chaque année, plus de 500 cette année, aux côtés des 25 compagnies officielles. Plus d’une vingtaine d’Éclats d’Aurillac (l’ancien nom), avec quelques découvertes fracassantes et le souvenir du Beau Parleur, quotidien du Festival que nous avions publié sous la direction de Nicolas Roméas, voilà une quinzaine d’années.

DOCTEUR DAPERTUTTO Teatro del Silencio, 21 août
Direction artistique et mise en scène Mauricio Celedon, composition et direction musicale Jorge Martinez Flores

Régulièrement invité au Festival d’Aurillac-on se souvient de Taca Taca mon amour et de Malasangre entre autres- Mauricio Celedon fait une ouverture fracassante du Festival avec le défilé d’une foule dépenaillée hurlante, poussant de grandes cages avec des prisonniers, environnées de flocons de neige savonneuse. Docteur Dapertutto, c’est le surnom adopté par Vsevolod Meyerhold, immense metteur en scène qui fit son miel de la révolution d’octobre, bouleversa radicalement les conceptions et les théories du théâtre et finit assassiné par Staline en 1940, en dépit ou plutôt à cause de son engagement total dans cette Révolution. Douze acteurs acrobates et une trentaine de stagiaires formés en quelques jours, entraînent notre foule dans une geste émouvante, vers la place des Carmes ou se déroule à 17 h, la représentation prise d’assaut très à l’avance par des centaines de spectateurs.
D’abord gênés par la foule, nous avons pu apercevoir les acrobaties poétiques et musicales sur d’immenses trapèzes, la mise au grill dans des flammes de deux personnages au lointain, avec des élans généreux. La voix de Julie Byreye accompagnée par Jean-Paul Beirieu et François Morel aidaient l’envol des artistes. Impossible de relater dans les détails cette vibrante épopée de la vie de Meyerhold inspirée par le livre de Béatrice Picon-Vallin, simplement de restituer l’émotion provoquée par ce Docteur Dapertutto !
http://www.teatrodelsilencio.net

VIVE LA RETRAITE Compagnie du Deuxième 89

À la recherche d’un autre spectacle, nous échouons par hasard dans une cour à proximité du théâtre, où une femme est au volant d’une voiture chargée de valises. Elle tombe en panne et fait appel à une assistance de deux réparateurs qui ne sont pas des plus légers. Mauvais diagnostics, fumées et explosions en nombre, la retraitée n’est pas près d’utiliser sa voiture. C’est plein d’effets colorés des plus lourds, plus c’est gros plus le public explose de rire, mais pas nous.

CHOIR Materia Prima 21 août
Écriture, trajectoire et mise en scène Didier Manuel

Créé en 1992 par Didier Manuel plasticien, comédien et metteur en scène, Materia Prima Art Factory s’est installé en 1999 dans une friche artistique et culturelle de 6000 m2, le Totem, dans laquelle elle vit, travaille et organise des événements, soirées, festivals, colloques.
Choir se joue dans un immense espace, sur le parvis d’un grand centre commercial. Au fond de l’espace un plateau surélevé d’où partent les musiques et les commentaires qui orchestrent la soirée. Au jardin, une rangée de caddies et une grosse berline autour de laquelle un chauffeur s’affaire. On vient demander à des spectateurs de venir pousser des caddies, et de porter des sacs de supermarché. Et puis une quinzaine d’acteurs s’emparent à leur tour de caddies, se mettent entièrement nus, hommes et femmes et entreprennent une bacchanale commerciale, une ronde sans fin d’une soixantaine de caddies, chorégraphiée avec rigueur, au rythme des musiques chorales envoyées du plateau. Certains acteurs sont tatoués des pieds aux épaules. L’émotion surgit parfois de cette singulière performance qui se termine sur l’arrivée de deux immenses élévateurs qui emportent les danseurs à une dizaine de mètres de hauteur. La dimension critique sur notre monde jetable reste malheureusement absente de cette belle performance musicale et chorégraphique.
http://www.totem.totem.com

CINÉRAMA Opéra Pagaï, 22 août
Conception, écriture et mise en scène Cyril Jaubert

Nous sommes attablés sur une place d’Aurillac et on vient nous distribuer des écouteurs que nous devons partager pour devenir voyeurs et comprendre ce qui se passe dans le quotidien de cette ville. Deux scénaristes sont en train de préparer leur film, invisible pour qui n’entend pas les commentaires, mais hilarant pour ceux qui les entendent. Tout tourne autour du départ à la retraite de Tony, garçon de café aimé de ses clients, qui n’a jamais été augmenté pendant toute sa carrière. Un ouvrier se fait refuser un prêt à la banque, il est poursuivi amoureusement par l’employée qui le lui a refusé. Un chanteur amateur empêché d’aller répéter par sa compagne vieillissante et aigrie, qui se radoucit et se fait tout miel. Un amoureux éperdu tentant de charmer une apparition à la fenêtre…Des amis réunis au café, rien que de très ordinaire, mais hilarant pour ceux qui entendent alors que les autres ne voient rien. Et on revient régulièrement à l’écriture du scénario en cours, que retenir, que choisir ? Les sept acteurs qui viennent saluer nous ont régalés. Après Safari Intime, vu voilà deux ans à Aurillac, Cyril Jaubert réussit un coup de maître. Intégré dans le quotidien de la ville d’Aurillac, ce théâtre invisible et léger triomphe sans forfanterie.

ERSATZ Constance Biazoto, Elsa Mingot

C’est une recherche sur l’effondrement des modèles ! Dans un espace jonché de petits bouts de bois, trois actrices se précipitent à tour de rôle pour tirer d’un bocal des situations acceptées ou refusées par les deux autres : Reconstruire, se défouler, faire table rase. Les tableaux à peine esquissés se succèdent sans réussir à éveiller l’intérêt ! Une seule séquence émouvante, le récit d’une soeur disparue et retrouvée au bout de vingt ans, sans un mot de commentaire sur son absence. Le plat est encore bien mal cuit et des plus indigestes. Faut-il vraiment affronter un public avant d’avoir terminé un spectacle ? Cet Ersatz porte bien son nom !

HAGATI YACU Compagnie Uz et Coutumes

Direction artistique Dalila Boitaud-Mazaudier et Cécile Marical

Dix acteurs blancs pour évoquer en trois épisodes la terrible tragédie du Rwanda, survenue voilà vingt ans. Nous les suivons jusqu’à une cour intérieure et nous asseyons sur des claies de bois devant et derrière une petite cabane où les personnages commencent à s’affronter. Les menaces se font de plus en plus pesantes ! les personnages se mélangent au public dispersé autour de l’aire de jeu, grimpent sur des murs en ruines et sur des palissades : « Un voisin, c’est quelqu’un avec qui on peut cohabiter en bonne intelligence (…) ça peut être un ami ou un gêneur (…) voisin c’est un mot occidental (…) pour moi, un voisin, c’est la discrétion !  (…) Ne dispersez pas vos forces dans des tueries désordonnées, ils doivent tous mourir ! (…) Réjouissons nous les amis, les cafards sont exterminés !». Le texte comme le jeu paraissent bien faibles devant l’horreur absolue de cette tragédie dont la France porte une responsabilité. Cette première séquence est bien pâle devant les souvenirs de Rwanda 94 du Groupov, vu à Rungis voilà des années.
http://www.uzetcoutumes.com

HABITACULUM (142) Kamchatka

direction artistique Kamchatka et Adrian Schwarztein

Nous sommes accueillis par des acteurs silencieux et souriants à l’orée du parc d’un petit manoir, qui nous dépouillent doucement de nos sacs et de nos manteaux, nous donnent des valises vides à porter, deux par deux jusqu’à l’entrée du manoir. En rentrant nous piétinons un parterre de clefs et nous sommes conviés doucement à presser des citrons et à en déguster quelques gouttes. Au pied de l’escalier, des enfants sont occupés à râper du polystyrène et nous devons enlever nos chaussures en haut de l’escalier avant de pénétrer dans des pièces avec des installations poétiques et étranges, branches d’arbres nimbés de blanc, vieux tissus chamarrés, armoires et coffres mystérieux. Des êtres silencieux et souriants entretiennent avec vous un dialogue muet presque amoureux, jamais gênant. On peut rester le temps qu’on veut dans ce calme étrange, d’un autre siècle, errer d’une pièce à l’autre, on peut aussi partir une fois nos chaussures retrouvées. On descend et avant de quitter le manoir, on nous charge de valises vides et aussi d’un manteau. Ce parcours silencieux apaise, on peut s’allonger dans le parc avant de redescendre dans le tumulte du festival.
Kamchatka, basée à Barcelone, rassemble des artistes de diverses nationalités et de plusieurs disciplines artistiques.
http://www.kamchatka.cat

ANIMAL SENTIMENTAL l’Illustre Famille Burattini

Madame Rita est à la caisse revêche, elle vitupère contre les spectateurs qui font la queue longuement avant de pénétrer dans le bel espace derrière la caravane, sous les arbres. Burattini raconte ses exploits, ses tournées fantastiques, mais c’est Rita qui tient le haut du pavé. C’est elle qui installe, qui manipule, qui assure les effets magiques avec les animaux savants et qui se perd dans une émotion larmoyante à l’évocation de sa défunte grand mère. La magie du théâtre forain opère toujours grâce à la gouaille magistrale de ce couple étonnant, mais ce spectacle encore fragile doit encore mûrir pour trouver son équilibre. Les représentations au Festival d’Avignon ont été perturbées par la pluie.

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