LA COMMUNE LIBRE D’ÉTOUVIE Cirque Jules Verne d’Amiens, 10 janvier 2015

Par le Théâtre de l’Unité et des Étouviens, Le Hangar et le Centre socio-culturel d’Étouvie, mise en scène avec Sybille Luperce. En 2007, pour les 30 ans des Fêtes d’Amiens, Jean-Pierre Marcos, leur fondateur devenu directeur du Pôle National du  Cirque et des Arts de la Rue, avait invité le Théâtre de l’Unité à créer avec les habitants La Tour Bleue, incroyable cérémonie qui devait préluder à l’effondrement d’une immense tour squattée par ses habitants refusant de partir. Discours officiels,  fanfare, révolte des habitants hurlant leur refus d’évacuer le sommet de la tour, GIGN, intervention du maire de la ville perché sur une grue, les plus naïfs ont cru jusqu’au  bout à l’effondrement sous les yeux de la foule éberluée, le soir même. Plusieurs mois de travail avaient été nécessaires pour cette création, la Tour Bleue n’est plus,  mais elle ne s’est pas effondrée avec ses habitants qui sont restés debout et continuent à s’exprimer grâce à leur dynamique Centre Socio-Culturel. Le Théâtre de l’Unité a été de nouveau sollicité  pour réaliser un nouveau projet de longue haleine au cours de la saison 2013-2014 pour créer avec 75 habitants un spectacle en deux actes sur la commune libre d’Étouvie, L’immeuble transparent et l’Assemblée, présenté en plein air  le 20 juin 2014 pour la 37e édition de La Rue est à Amiens (voir ce blog). Réalisé dans des conditions techniques improbables sur une structure métallique à étages, le spectacle répété au cirque ne prenait pas toute sa dimension, mauvaise sonorisation, soleil aveuglant, bruits des autres spectacles qui traversaient le quartier… Avec cette reprise dans ce beau cirque Jules Verne rénové, le spectacle prend foute sa dimension. Les séquences conçues à partir de la vie quotidienne dans ce quartier d’Étouvie, se succèdent à un rythme rapide, les gosses devant la télé, le père qui ne bouge pas doit les mettre en pyjamas, une adolescente tente de faire ses devoirs à côté de sa mère qui épluche les légumes, on épluche beaucoup et de tous les côtés, surtout les femmes. Un mari envoyé acheter du pain fait escale chez une belle voisine noire, il est faible, après avoir pris son plaisir, il refuse de divorcer et se fait renvoyer par sa femme à son retour. On assiste à de convaincantes démonstrations de lingerie  fine chez des femmes émerveillées qui se lancent dans des essais grotesques, à la fête des 15 ans de mariage avec un concert du sosie de Johnny offert par sa grosse épouse à son petit mari plein de tendresse…. Et clou final du spectacle, les restaus du coeur , que les habitants finissent par dévaster devant l’intransigeance agressive de certains bénévoles. Tableaux émouvants tirés de la vie de ce quartier, inventés avec les habitants. Après un entracte où l’on nous offre une soupe populaire délicieuse, c’est l’Assemblée populaire. La chorale et l’orchestre prennent place sur le plateau, on nous a distribué les paroles de l’hymne d’Étouvie dont nous devons chanter les refrains : « Habitants d’Étouvie/Nous n’avons qu’une envie/Ton destin t’appartient/Et celà dès demain/ C’est à nous de choisir/Notre avenir ou périr /De la Tour à Amiens/Ce quartier c’est le mien ! » Hervée Delafond, Madame la Provisoire, perchée sur une haute chaise d’arbitre, doit accepter ou refuser les lois proposées par les habitants. On commence par un texte de Victor Hugo clamé dans la salle, la première loi adoptée c’est la gratuité du pain, des loyers et des transports en commun. Puis l’obligation des élus d’habiter pendant trois mois dans les lieux qu’ils doivent représenter. Les vélos d’appartement pour les obèses est rejetée. Des envolées poétiques rafraichissantes avec Victor Hugo, Prévert et d’autres poètes, surgissent aux quatre coins de la salle parmi des lois rejetées comme l’épilation obligatoire pour les hommes ou adoptées comme le droit de ne pas savoir, celles contre la solitude, ou encore le droit de corriger les enfants, et le droit des femmes à ne pas jouir. De loin en loin, la fanfare et la chorale entonnent  l’hymne d’Étouvie. On rit, on est émus par cette humanité fragile et réjouie. Les animatrices du Centre socio-culturel se sont données à fond pour cette belle aventure qui se termine par un repas collectif dans les écuries du cirque.  À la sortie, on entend la mère d’une des animatrices raconter comme elle a été vilainement frappée par son mari  si sympathique à l’extérieur, pendant des années, qui vient heureusement de quitter son foyer au début octobre. Jean-Pierre Marcos à pied d’oeuvre depuis 1978 dans cette ville rayonne de cette émouvante aventure humaine qu’il continue à mener à bien.

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