LE FANTÔME DE BENJAMIN FONDANE La Vieille Grille 14 octobre

Poèmes et textes de Benjamin Fondane par Jacques Kraemer

Vu le 16 novembre dernier à la Vieille Grille, la reprise de ce solo de Jacques Kraemer me bouleverse en ce jour de mon 71e anniversaire. On a beau voir certains spectacles plusieurs fois, les émotions sont toujours neuves. Avec ce grand poète assassiné par les nazis, on retrouve le problème majeur et obsédant de notre temps, celui de la négation de l’autre. Fondane nous aide à lutter.

« Les émigrants grimpent dans la nuit jusqu’à la fin du
monde ! » écrit Benjamin Fondane. Jacques Kraemer qui fit les beaux jours du Théâtre Populaire de Lorraine dans les années 70, avec Splendeur et Misère de Minette la Bonne Lorraine et bien d’autres spectacles dynamiques et militants, nous plonge dans les écrits de ce fulgurant poète d’origine roumaine, découvert dans une bouleversante exposition à la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Seul en scène sur le minuscule plateau de ce chaleureux petit théâtre, Jacques Kraemer nous emmène dans le foisonnement poétique du poète assassiné avec sa soeur qu’il n’avait pas voulu quitter, au bout de l’avant dernier convoi pour Auschwitz, le 2 octobre 1944. On aimerait pouvoir enregistrer en mémoire tous ces poèmes dont la plupart sont extraits du Mal des fantômes publié aux éditions Verdier : « Je hais la mort, je hais la vie / J’ai si grand pitié des hommes / Je me hais et je m’aime / Pardonne moi d’être vivant et d’écrire des poèmes. / Je suis encore vivant, mais je parle aux fantômes !  (…) Les émigrants ne cessent d’escalader la nuit / ils grimpent dans la nuit jusqu’à la fin du monde. / Nous portons en nous le poids d’une race d’ancêtres / Qui ont trop aimé cette terre / pour ne pas la haïr ». Et dans Amérique, Amérique : « Aie pitié de ces pauvres et sales migrants / qui se déplacent lents, avec leurs dieux anciens ! / Je suis un étranger, je le sais…/ Je n’ai pas de patrie collée à mes souliers / plus rien qui me retienne à quelque quai du vide… ».

Peu importe si ces poèmes ont été proférés ou non par Jacques Kraemer pendant la représentation. Il nous a ouvert les portes des oeuvres de Fondane qui témoigne de l’incroyable beauté poétique des souffrances humaines. Seul sur un plateau nu, avec pour tout décor l’ouverture d’un oeil noir dans la deuxième partie.
Théâtre de la Vieille Grille jusqu’au 21 octobre, jeu et ven à 20 h 30,sam à 18 h, mer à 19 h 1 rue du Puits de l’Ermite métro Monge Réservations 01 47 07 22 11, la salle n’a que 50 places, il est prudent de réserver.

Le Mal des Fantômes de Benjamin Fondane, Verdier de Poche, nouvelle édition 9,50 €, http://www.editions-verdier.fr

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