LA BELLE ROUGE, Festival de Saint Amant Roche Savine 29 au 31 juillet

C’est le 11e festival organisé par la dynamique compagnie Jolie Môme qui présente ses spectacles depuis 20 ans, dans ce joli village de 900 habitants du Massif Central, à proximité d’Ambert. Le dynamisme de la municipalité y a préservé un collège avec un pensionnat, une poste, une boulangerie épicerie. Il y a aussi un Village Vacances Famille qui accueille les salariés d’EDF, GDF et bien sûr un camping largement utilisé par les festivaliers.Tout le village reste d’une étonnante propreté pendant la Belle Rouge qui mobilise plus d’un millier de spectateurs. Michel Roger et sa bande mobilisent chaque année 80 à 120« brigadistes » ( termes plus toniques que bénévoles), pour monter les 3 chapiteaux, organiser l’accueil pour les spectateurs qui acquittent leurs forfaits, faire une cuisine variée toujours délicieuse. Seuls une cuisinière, les artistes et les techniciens professionnels sont rémunérés. Deux fois par jour on peut prendre ses repas dans la cour du collège, dont André Chassaigne l’ancien maire toujours député du Puy de Dôme a été le principal. Des débats et des concerts sous le chapiteau politique, des stands de RESF, beaucoup de livres militants, des stands de boissons et nourriture bio, des films notamment sur la fermeture de PSA Aulnay et des spectacles in et aussi off à travers le village. Le public très mélangé, beaucoup de vieux militants, leurs petits enfants souvent très jeunes, et aussi des jeunes gens, se presse aux portes des débats, des concerts et des spectacles toujours pleins. Pour lancer la Belle Rouge, Jolie Môme lance en juin un appel d’offres pour acheter des forfaits, il en faut 600 pour lancer le festival et chaque année le record est pulvérisé.

D’abord un débat avec le Réseau Éducation sans Frontières, qui évoque une quarantaine de jeunes internes à la rue à Clermont Ferrand pendant les week-ends et les vacances. Ils sont soumis à des tests osseux illégaux, qui les font renvoyer dans leurs pays d’origine au delà de 18 ans. L’aide sociale à l’enfance ne représente que 5% du budget, alors que le budget militaire est passé de 37 à 52 millions.
Le chanteur Sébastien Guerrier et sa guitare nous ramènent dans les années 70.

C’EST BIEN D’HUMANITÉ DONT NOUS PARLONS de et par Victor Bruno, compagnie Les yeux fermés (off)

Il se dit fils d’agriculteurs, il jongle avec des massues. Il s’harnache en soldat de la 7e compagnie du 3e régiment d’infanterie de l’armée du Nord. Il faisait des travaux manuels, a déserté et doit monter à l’échafaud.

CAKE WALK La Crieuse (off)

C’est sur l’art et la fin du manger. Nous prenons 55000 repas dans une vie. Madame Paloma affirme que nous creusons nos tombes avec nos dents. La gastrosophie gourmande diffère de la gastrologie qui équivaut au sexe. Elle coupe des légumes pendant que la marionnette tombe en pâmoison. Elle évoque Arcimboldo, il faudrait devenir végétarien. L’ogresse incarne les dangers de l’avidité orale incontrôlée. Elle compose les enjeux symboliques du manger.

Après Comme des lions un film sur la fin de PSA Aulnay sur la lutte pendant 2 ans des ouvriers, perturbé par une grêle intense au cours de la projection, nous pouvons rejoindre le grand chapiteau pour voir le 3e spectacle de Nicolas Lambert après Elf la pompe à fric et Avenir radieux une fission Française.

LE MANIEMENT DES LARMES de Nicolas Lambert 29 juillet.

Cette fois, ils sont 3 pour incarner 22 personnages compromis dans l’attentat de 2002 à Karachi. De Bernard Cazeneuve alors député-maire de Cherbourg, à Ziad Takieddine homme d’affaires franco-libanais intermédiaire dans les contrats d’armement, en passant par Mouammar Kadhafi guide de la Jamahiriya arabe lybienne de 1969 à 2011, Brice Hortefeux ministre de 2005 à 2011 et Thierry Gaubert ancien conseiller du maire de Neuilly Sarkozy et membre du cabinet de Balladur en 1993 et d’autres comparses, on voit que tout est fait pour développer le commerce des armes qui enrichit la France, au mépris de toute morale humaine.

La complexité de ces invraisemblables magouilles politiques ne rend pas très lisible le spectacle qui dénonce les turpitudes des pouvoirs en place, de quelque bord qu’ils s réclament. On se rappelle tout de même que la campagne présidentielle de Sarkozy a été financée par Kadhafi qui a ensuite été assassiné par des bombardements auxquels la France a participé. Tant d’hommes politiques, parfois dits de gauche ont été compromis dans les affaires de ventes d’armes qu’on n’ose pas y croire. Nicolas Lambert excelle toujours dans ses portraits de Sarkozy et aussi de Balladur et de Rocard. On comprend à la fin que les ventes d’armes restent secret défense et que les électeurs dits de gauche n’ont pas leur mot à dire. C’est un peu long et trop complexe pour des non initiés.

Le texte du spectacle établi par Nicolas Lambert, Erwan Temple et Karl Laske de 123 pages a été publié par les éditions L’Échappée, comme ceux des 2 précédents spectacles de Nicolas Lambert beaucoup plus lisibles
info@lechappee

LES SONNETS de Shakespeare 30 juillet

Compagnie Ton und Kirschen

Magarethe Biereye et David Johnston qui ont conçu cet étonnant spectacle sur les Sonnets de Shakespeare ont d’abord accompagné le Footsbarn Theatre né en Cornouailles Anglaise en 1971, installé en France à la Chaussée dans le Massif Central en 1984, et rayonnant dans le monde.
Ils ont fondé Ton und Kirschen Wandertheater en 1990, à la frontière des 2 Allemagnes au moment de la réunification et monté une douzaine de spectacles qui ont rayonné dans le monde entier, jusqu’en Colombie. On se souvient de Jean Lachance de Brecht qu’ils avaient présenté à la Belle Rouge en 2013 (Voir ce blog).

8 chaises sont face à face devant leur Chariot Théâtre dissimulé derrière un rideau de cordes. 6 acteurs dont 2 femmes jouent avec Shakespeare. Un premier poème chanté en anglais, l’acteur se lave les mains, on lui verse du sel. Il parle du temps dévorant « mais malgré toi, mon amour restera toujours jeune ! » Margarethe chante accompagnée par la guitare et le violoncelle. Une fille se balance « ne voudrais pas changer avec les rois ! ». Un vieux accompagné par un orchestre se fait aider pour monter sur le plateau accompagné par l’orchestre. Une danseuse et un requiem : « Pour moi mon bel amour, tu ne vieilliras pas ! ». Les 6 cuivres jouent une marche guillerette, Margarethe chante en allemand, les hommes se font face en miroir. « Moi je suis ce que je suis, tous les hommes sont mauvais et leur méchanceté règne ! ». À la fin de cette errance à travers une vingtaine des 154 sonnet de Shakespeare, les acteurs renversent les chaises, détruisent le plancher du théâtre. « L’art est muselé par l’autorité (…) Fatigué de tout cela, je voudrais tout quitter si mourir n’était pas laisser mon amour esseulée ! » On voit une paire de bottes traverser la scène.

Une promenade ludique, pleine d’humour d’une très grande et modeste compagnie internationale qui fascine le public assis sur la colline.

Vendredi 19 août à Postdam (Allemagne). Coeur de chien et Jean Lachance sont également au répertoire et joués en tournée.

CABARET ÉTAT D’URGENCE Jolie Môme 30 juillet

Aucune distribution n’est précisée, ils sont une vingtaine qui proclament les textes, chantent, jouent de la musique (trompette, violon, trombone, accordéons, batterie) en brandissant les drapeaux rouges sur une pyramide de caisses. C’est Michel Roger le fondateur venu voilà plus de 20 ans du Théâtre de l’Épée de Bois, entouré de ses fidèles, qui tient la plume pour la scène et sur le plateau, accompagné de son accordéon. Il travaille l’hiver et termine le spectacle sur le plateau avec ses comédiens.

État d’urgence commence avec Manuel Vals, « Rien à dire, rien à comprendre, car comprendre c’est déjà excuser ! Ceux qui n’ont rien à dire le font savoir». Plusieurs citations célèbres souvent mises en chansons avec une énergie des plus toniques : « Les Rroms, ils font leurs mauvaises têtes parce qu’ils ne sont pas invités (…) Les Africains, ils ne sont pas assez entrés dans l’histoire (…) Intervention, guerre, guerre, guerre (…) certains ne voient pas la mer, tellement il y a de pétrole dessus (…) Quand partout on compte les morts, elle est passée où l’Internationale ? ». On voit des projections de ruines, des migrants, puis une discussion entre François l’État et Pierre MEDEF : « C’est l’argent qui crée l’opinion ! ». Puis l’histoire de la Cagoule avec Madame Bettencourt et Pierre Gattaz…
« L’État d’urgence, on n’en veut plus avec ou sans papiers ! ». On voit un reportage sur la destruction d’un hôpital, « donnez l’espoir pour les enfants du monde entier (…) Si loin, si proche, la guerre est dans toutes les têtes ».
Une revue revigorante interprétée par une troupe soudée, complice de cette belle aventure humaine de la Belle Rouge à St Amant Roche Savine depuis tant d’années. Un beau climat de liberté dans cet étonnant village, aucun contrôle à subir, et pas une ligne sur ce magnifique festival dans la Montagne, le journal de la Région.

La Belle Rouge se termine par in concert de la Rabia, « du rock combattif et sombre, touchant et révolté » dirigé par un ancien membre de Jolie Môme.

http://www.cie-joliemome.org

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Une réaction sur “

  1. Bonjour, merci pour ce quelques mots qui me ramènent au plaisir éprouvé quelque semaines en arrière. J’ajouterai que j’ai également vu un spectacle plein d’humour et tonique sur les pirates, devant l’église, sous un soleil de plomb. Il y avait également une mini-troupe qui m’ont fait flipper dans un enclos complètement fermé et qui racontaient l’état des rapports humains. Et puis, il faut dire aussi la chaleur des relations humaines. On ne vient pas uniquement à St Amand pour « consommer » du spectacle, fût il de bonne qualité. On s’y frotte, on s’y confronte, on échange, on discute, on s’engueule. Je suis toujours reparti de ce village avec de nouvelles connaissances et heureux d’avoir passé un moment avec des autres humains. Enfin, ça fait toujours chier pour un festival qui se passe en plein air, mais il pleut régulièrement. Cette année, c’était particulièrement le cas, avec d’impressionnants orages. Donc pour les ceusses et celles qui envisagent de s’y rendre à l’avenir, ne pas oublier un Kway et/ou un parapluie. Georges, festivalier depuis 4 ou 5 ans, grâce aux recommandations d’un copain, bien inspiré.

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