Non que ça ne veuille rien dire Anis Gras 5 avril


Collectif Impatience/ Perrine Mornay, d’après Brefs entretiens avec des hommes hideux de David Foster Wallace

Nous sommes assis face à face en demi cercle convexe, les acteurs sont parmi nous et se lèvent au fur et à mesure de cet étrange spectacle. L’un d’eux évoque un souvenir d’enfance : « Il y a quelques années, j’ai vu mon père agiter sa bite sous mon nez, j’avais 8 ou 9 ans !  Je me souviens de quelque chose de menaçant, j’ai bougé la tête dans tous les sens…C’est la seule fois où mon père a fait un truc pareil. Le regard qu’il m’a lancé m’a foutu hors de moi. ! ».

A l’autre bout du cercle un acteur déclenche un four à micro ondes. Une actrice déclenche une batterie et se met à danser avec le fils. Un troisième la prend en sandwich. « Voilà le bras qui a changé son fusil d’épaule ! ». Un personnage chantonne au micro de façon ridicule. « Est ce que c’était une bonne chose l’holocauste ? Non ! C’était comment la souffrance dans les camps ? (…) Si je te disais que ma propre femme s’est faite violer plusieurs fois ? C’est une question de choix d’être un être humain . Si c’était pas des juifs pendant l’holocauste ? »

On crève des ballons dans l’obscurité, à l’autre bout un homme vide une bouteille. On sort un gâteau avec une bougie allumée que l’on fait souffler par une spectatrice, un homme plonge sa tête dans la crème et se relève, droit et digne.  « J’ai commencé à me rendre compte que mon père avait oublié toute l’affaire… ». Les acteurs partagent le gâteau.

On reste circonspect sur le sens de ce spectacle bizarre qui porte bien son titre.

En ouverture, on pouvait visiter l’étrange exposition démonstration de François Delbecque avec des visites dans trois salles,  une centaine de photographies, des films, une vingtaine de sculptures et sept chariots machines insolites dans la cour manipulées par des acteurs avec les commentaires de l’artiste.

http://www.françoisdelebecque.com

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PAS PLEURER Le Colombier de Bagnolet 2 avril


Conception et mise en scène Anne Monfort librement inspirée de Lydie Salvayre, création vidéo Julien Guillery, avec Anne Sée et Marc Garcia Coté, production day-for-night.

Cette rêverie autour du roman de Lydie Salvayre nous plonge dans la révolution espagnole de 1936 vécue par sa mère. C’est un dialogue entre cette femme d’un certain âge et un jeune homme d’aujourd’hui qui recueille son témoignage douloureux. Leur conversation s’engage sur le 19 juillet 1938, autour d’un tapis de verres et de bouteilles qu’ils dégustent longuement en évoquant la montée du fascisme porté par Franco. « Elle ouvre sa gueule pour la première fois de sa vie  (…) Bernanos s’engage auprès de la droite» affirme le jeune espagnol .,

Un dilemme en espagnol, la révolution espagnole ! On rêve à un paradis où les femmes seront des gens de la haute !

Le 23 juillet 1936, la guerre se mène vers Saragosse: « Créons une commune, nous ne voulons plus de la putasserie des possédants, reprenons les terres qu’on nous a volées, Giuseppe est un coeur pur, un caballero. »

On voit des projections de paysages splendides, « les paysans, ils partent pour leur dernier voyage ! ». On voit une ville au crépuscule. « La révolution de 1936, qu’est ce qu’on en a retenu, le problème, c’est l’incompatibilité complète entre les anarchistes et les communistes ! ». On étale de plus en plus de verres par terre en évoquant la liste des évêques complices du fascisme, Paul Claudel s’y était associé, après une expérience libertaire.

Comment la mémoire traverse les générations, ce beau duo sur un plateau nu traversé par des images filmées à partir d’un roman nous touche profondément.

Le Colombier de Bagnolet à 20 h 30 jusqu’au 6 avril, relâche le jeudi 4, dimanche 7 avril à 17 h, Tél 01 43 60 72 8

NEST CDN transfrontalier de Thionville grand est, 5e festival Ado, semaine extra 1e avril

NEST CDN transfrontalier de  Thionville grand est, 5e Festival Ado semaine extra 1e avril

Chaque année le NEST réunit des jeunes qui partagent idées et énergie pour imaginer la prochaine édition des la semaine extra. Cette saison ils sont venus à 22 au théâtre une fois par mois pour construire leur festival. Nous avons eu le privilège d’assister au deuxième jour de ce week-end extra.

PRONOM d’Eva Placey, mise en scène Guillaume Doucet, jeu Chloé Vivres, Guillaume Trotinon,  Jeanne Lazar,Marie Lévy, Géraud Cayla, Glenn Marausse, Morgane Vallée. Théâtre en bois.

Cette compagnie bretonne mène des actions toute l’année en direction des adolescents.  C’est une histoire d’amour entre deux lycéens, l’un Dean est né dans un corps de fille mais s’est toujours senti garçon. Il a pris la décision d’entreprendre une transition pour changer de genre aux yeux de tous. « Tu peux me dire pourquoi tu portes une robe ? ». Il se fait maquiller, il se pique, se bande les seins, s’habille en garçon pour pouvoir vivre le sexe qu’il a choisi. Interprété avec un humour salutaire, cette pièce soulève l’enthousiasme. Soutenu par de nombreuses structures en Bretagne, en PACA et en Belgique et ailleurs,  ce texte a été lauréat de la commission d’aide à la création de textes dramatiques d’Artcena.

MASTER De David Lescot, mise en scène Jean Pierre Baro,  musique de Jean Pierre Leroux, avec Amine Adjina et Rodolphe Blanchet, lycée Colbert

Une étrange interrogation écrite avec un faux professeur qui remonte aux origines du mouvement dans la décennie des années 80. Le prof fait une interrogation écrite, puis orale, se baladant goguenard entre nos rangs : « Vous n’avez pas révisé, vous espérez ne pas être interrogés ! (…) Dis nous ce que tu as retenu du mouvement dans ces années ? La France n’est pas ma spécialité, la matière que j’enseigne, c’est le rap et le hip-hop ! » . Il trace un schéma au tableau projeté : 1981 Beat Box Rap, Graph, Break Dance DS sing ! Le rap commence dans le circuit commercial, les noms des groupes sont écrits au tableau. Le hip hop français a connu une jeunesse difficile, le rap est réfractaire à tout ce qui est autoritaire.

En vers de mirliton, Amine répond au prof qui met de la musique en continuant à rimer. Face à face, ils secouent leurs têtes, le prof monte sur la table et se déguise en pirate. Toute la classe autour, frappe et veut les faire danser. Master apparaît en lettres capitales au tableau, « le passé, c’est la racine du présent, à la différence de clash et battle, le graphe on ne le laisse pas inachevé ! le rap, c’est la musique de la contestation. » .

Ce spectacle a connu 280 représentations avant d’être présenté dans ce festival.

LES IMPOSTEURS texte Alexandre Koutchevsky, mise en scène Jean Boillot, avec Isabelle Ronayette et Régis Larroche,  Théâtre en Bois

Dans un petit cabanon, on projette une photo de classe d’Isabelle Ronayette en 1986. « J’avais 15 ans, j’étais dyslexique, le théâtre était le seul endroit où je me sentais vivre pleinement. Ton personnage ne doit pas savoir, mais toi, tu sais ! (…) le regard, la parole et le geste ! » . Ils entament un dialogue sur les personnages joués dans la compagnie, « Je suis Hamlet, je suis Régis Larroche (…) là c’est moi en 1986 ! (…) Profite de ta jeunesse, la vie passe comme un éclair. Nous passons notre vie à jouer, nous ne savons plus, nous avons oublié. Pourtant en grandissant, on arrête d’inventer des histoires ! ». 

Régis Larroche prend un élève sur son dos : « Les vieux portent leur enfance assassinée sur leurs dos. Je suis payé aussi pour faire des silences. Et bing ! » Il chante, elle danse, tous deux tentent de comprendre le chemin parcouru pour savoir ce qu’ils sont devenus.

BLANCHE NEIGE OU LA CHUTE DU MUR DE BERLIN  Grande salle du Théâtre de Thionville

Mise en scène Samuel Hercule et Métilde Weyergans compagnie la Cordonnerie

Huit acteurs pour cette étrange Blanche Neige qui danse et que la méchante reine qui se regarde sans cesse dans son miroir dans son HLM , la plus grande tour du royaume, une cité HLM à l’orée d’un bois à Berlin, tente de détruire au moment où on lui révèle qu’elle n’est pas la plus belle. Heureusement Blanche Neige s’enfuit dans la forêt et rencontre ses 7 nains qui vont la protéger. Avec des passages animés sur grand écran, et les joyeux petits nains, Blanche parviendra à survivre et même à supporte sa belle mère dans la grande ville d’abord coupée en deux et finalement réunie. Les projections filmées alternent avec la présence vivante des comédiens.

9 structures nationales se sont réunies pour co-produire ce spectacle interprété par 10 comédiens.

Ce festival singulier qui  rassemble un public diversifié avec de nombreux jeunes spectateurs nous convie dans des lieux pas toujours adaptés au théâtre, disséminés dans la ville. Loin d’en souffrir, tous ces spectacles sont révélateurs d’une vie sociale qu’on ne trouve pas toujours dans les institutions nationales. Cette cinquième semaine extra du NEST pour les adolescents organisée par le Centre Dramatique de Thionville qui va  bientôt remplacer le directeur Jean Boillot, est un véritable jubilé !

nest-théâtre.fr tel +33(0) 3 82 82 14 92

JAKOB LENZ Théâtre de l’Athénée 29 mars


Opéra de Wolfgang Rihm, vidéo et mise en scène Nieto avec le Balcon, choeur Parveen Savart, avec Vincent Vantyghem Jakob Lenz, Damien Pass Oberlin, Michaël Smallwood Kaufman.

Jakob Lenz, cet opéra fait une transmission entre trois génies de la tradition allemande, Georg Büchner, Lenz et l’écrivain Michaël Froling  qui transforment leurs oeuvres en livret surprenant et éthéré. Un choeur à six voix répond à trois violoncelles, complétés par des instruments à vent , des percussions et un clavecin. « Une seule vérité pour moi, l’incertitude ! ».

Wolfgang Rhim est le dernier jeune homme d’une tradition qui travers les siècles et retranscrit à merveille la diversité des voix  intérieures qui tourmentent Jakob Lenz. Un choeur de six voix auquel répondent parfois trois enfants aux paroles déchirantes. «  Tout ce que je fais tombe dans un puits sans fond (…) En tout, j’exige la vie, la terre est ronde, il n’y a rien de durable ! » . Avec des projections surprenantes qu’on a du mal à visualiser entièrement, ce Jakob Lenz nous emmène dans un grand voyage. C’était malheureusement la dernière représentation.

Théâtre de l’Athénée 01 53 05 19 19 

MACBETH TITRE PROVISOIRE Le Tarmac 27 mars


De Gustav Akakpo d’après William Shakespeare, mise en scène Paola Secret, production les Moutons Noirs

Etrange mélange que ce spectacle qui voyage entre Aimé Césaire et Shakespeare, interprété par une troupe Les Corsaires qui manque d’argent pour parvenir à monter la production. Un riche mécène se présente car il veut interpréter le rôle titre qui est déjà pris. Il devrait y renoncer, un combat s’engage entre les protagonistes, on n’y comprend plus grand chose : « C’est quoi, le prix de nos renoncements ? ». Ce dialogue entre les textes de Shakespeare et Akakpo  interprété avec une belle fermeté par les six comédiens nous égare à travers l’histoire et perd notre attention à la recherche de souvenirs perdus de tant de mises en scène de ce Macbeth originel.

Gustav Akakpo, écrivain, comédien, illustrateur est artiste associé au Tarmac, scène internationale francophone, toujours menacée de disparition à la fin de la saison. 

Le Tarmac tel 01 43 64 80 80

LES CHAISES Théâtre de l’Aquarium 26 mars


D’Eugène Ionesco, mise en scène Bernard Lévy, avec Thierry Bosc, Emmanuelle Grangé, Michel Fouquet, scénographie Alain Lagarde

Voilà bien longtemps que nous n’avions pu voir une pièce de Ionesco découvert dans nos jeunes années. Les chaises nous ont permis de retrouver Thierry Bosc, un des fondateurs du Théâtre de l’Aquarium qui vient de changer de direction, après celle de  François Rancillac qui n’avait pourtant pas démérité !

Mr Smith est occupé à ranger des feuillets dans un tiroir. Sa femme aussi vieille que lui va l’aider à accueillir les invités imaginaires en disposant des chaises. Elle aime son mari tendrement, le serre dans ses bras en affirmant « tu aurais pu être un roi ! ». Une chaise, deux chaises, trois, dix, une vingtaine de chaises vont peu à peu s’aligner devant le panneau vitré qui sépare la scène de la salle. Mr Smith affirme : « Un seul invité pour moi, l’incertitude ! ». Il continue à accueillir chaleureusement des ombres imaginaires dans le couloir, les présentant au public : « un homme en chaise, sans profession ! ». A-t-il perdu la mémoire, la tendre complicité de sa femme qui ne rechigne pas à aligner les chaises, le réconforte. A 94 et 95 ans, ce vieux couple remâche les mêmes histoires, ils finissent devant les fantômes qu’ils ont accueillis en imagination par se jeter par la fenêtre au moment où un orateur sourd en chaise trace au tableau des hiéroglyphes invisibles.

Une interprétation rigoureuse pour faire surgir une angoisse  bizarrement comique d’une pièce écrite en 1951 par cet artiste roumain qui s’est imposé avec force.

Théâtre de l’Aquarium du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h, tel 01 43 74 99 21

CACHAFAZ Etoile du Nord 25 mars


Carte blanche  à Stéphane Auvray-Nauroy d’après des textes de Copi, mise en scène Eram Sobhani, avec Cécile Chatignoux, Fabio de Domenico, Sarah Labrin, Santiago Montelequin, Thomas Nolet, Eram Sobahni.

Etrange spectacle que ce pot pourri des textes du célèbre auteur argentin Copi, qui mélange des bouts de ses textes dans un ordre improbable, des plus étonnants : « Ton Cachafaz, c’est une ordure, les mais sanglantes, il a tué un flic ! (…)  ». Son ami lui suce le sang, « Nous sommes tous des opprimés, nous sommes pour eux des moins que rien. Si on regarde droit devant nous, l’avenir aussi, c’est du passé, vive Cachafaz !  ». On enlève les balles sanglantes dont il a été criblé : « De sa viande on peut faire 80 jambonneaux, on vient de fonder un petit commerce, si on vous tue, c’est pour manger, pas pour faire des funérailles ! ». Une distribution qui n’a pas froid aux yeux !

Difficile de retrouver le fil de cet étrange spectacle pour faire la fête à Copi émigré en France depuis 1963, dont nous avons pu déguster beaucoup de spectacles étonnants. « Face aux visages de la dictature, dans les bas fonds de Montevideo, les machos sont pédés, les pédés sont des femmes, les gros machins sont des vagins, quand on crève la dalle, on s’attaque sauvagement aux flics et l’on nourrit les gosses avec leurs tripes. Cette révolution finit très mal, mais elle n’en reste pas moins nécessaire. »

On pourra assister à des spectacles, des lectures et une exposition sur Copi jusqu’au 30 mars.

Etoile du Nord tel 01 42 26 47 47 , http://www.etoiledunord.com