MIRANDA Opéra Comique de Paris, 2 octobre

Semi-Opéra d’après Shakespeare et Purcell conçu par Raphaël Pichon, Katie Mitchell et Cordelia Lynn

Après une première collaboration sur des cantates de Bach, Katie Mitchell et Raphaël Pichon poursuivent leur exploration du répertoire baroque, en collaboration avec la librettiste Cordelia Lynn, dans une optique contemporaine.

Dans une église anglaise du XIXe siècle, les fidèles sont rassemblés pour assister aux obsèques de Miranda, fille de Prospero, que l’on croit disparue en mer. Le cercueil que l’on installe est vide. Ferdinand le veuf de Miranda est en pleine dépression, leur jeune fils Anthony ne parle plus qu’à Anna la jeune épouse angoissée de Prospero. On arrange des fleurs pour la cérémonie et Prospero irrité sort pendant que les fidèles arrivent. Anthony, Aksel Rykkvin magnifique haute contre rend un hommage funèbre à Miranda, puis se sauve. On recouvre le portrait de la défunte, puis une mariée masquée fait son entrée, elle est agressive, on veut la faire sortir. C’est Miranda qui n’est pas morte.
Difficile de se repérer dans ce scénario compliqué, où l’on voit Anna, la jeune épouse enceinte de Prospero lui rappeler qu’ils doivent regarder l’avenir. On a du mal à repérer les personnages tous habillés en noir, mais on se laisse emporter par les accents de cette musique sublime de Henry Purcell interprétée par d’excellents chanteurs !

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LE BRUIT DES ARBRES QUI TOMBENT Théâtre de la Bastille 2 octobre

Conception, mise en scène et scénographie Nathalie Béasse avec Estelle Delcambre, Karim Fatihi, Éric Gerken, Clément Goupille

« Ce sera aussi au public de se raconter son histoire ! » déclare Nathalie Béasse. ce spectacle d’une absurdité flamande, commence avec une gigantesque toile plastique qu’on élève et fait retomber au dessus du plateau qu’on craint de voir recouvrir le premier rang. Les quatre personnages font un petit ballet comique, puis se déshabillent et se rhabillent l’un après l’autre. L’un d’eux se dessine un coeur sur la poitrine. On évoque une famille en été, en hiver. Un garçon et une fille sont scotchés à la la verticale, ils évoluent lentement, puis se dégagent. L’un d’eux est assis sur sa valise, on lui verse de l’eau sur la tête. Un sac de terre tombe des cintres, une valise pleine de pierres s’ouvre, la fille recharge celles qui sont répandues sur le plateau. Les acteurs portent des bassines pleines de terre qui se répand sur le plateau, ils la versent aussi sur un homme qui enterre sa veste. Il s’écroule, se fait rattraper par la fille qui lui enlève son pantalon …
« Je cherche des fulgurances comme si les acteurs sortaient du plateau, comme s’ils étaient des êtres qui habitaient la matière même du théâtre » Cette succession d’images absurdes et souvent drôles nous désoriente et nous captive en même temps.
Théâtre de la Bastille jusqu’au 14 octobre à 20 h, relâche les dimanches
tél 01 43 57 42 14

LE QUATRIÈME MUR Théâtre Paris Villette 30 septembre

D’après Sorj Chalandon, mise en scène Julien Bouffier, scénographie Emmanuelle Debeusscher et Julien Bouffier, création vidéo Laurent Rojol, avec Diamand Abou, Nina Bouffier, Alex Jacob, Vanessa Liautey.

Cette plongée onirique dans la tentative désespérée de monter Antigone à Beyrouth en septembre 1982 au sein de la guerre Syro-Libanaise nous emporte dans un flot d’images où le théâtre ne parvient pas à surmonter la réalité. Samuel, sur son lit d’hôpital, demande à son ami Georges de le remplacer pour monter Antigone d’Anouilh. Le théâtre est détruit, les acteurs dispersés, on sort des massacres de Sabra et Chatila, mais il faut tenter l’impossible, réunir une distribution, trouver un endroit pour jouer au moins une fois. Dans un flot incroyable de troublantes images audiovisuelles, cette guerre de théâtre nous emporte dans une émotion bouleversante. Ils sont cinq à l’image qui nous font franchir ce quatrième mur avec seulement quatre acteurs dont une émouvante fillette au plateau. Elle chante au milieu de l’horreur, on nous décrit les victimes. C’est la dernière représentation du festival Spot qui a présenté huit spectacles singuliers au Paris Villette depuis le 15 septembre.

On pourra voir Le quatrième mur au Kiasma le 10 octobre, au Festival des Liberté Théâtre National Wallonie Bruxelles les 20 et 21 octobre 2017 et aux Quinconces-L’Espal Scène nationale du Mans le 8 février 2018.

STADIUM Théâtre de la Colline 29 septembre

Performance documentaire de Mohamed El Khatib, avec 53 supporters du Racing Club de Lens, Collectif Zirlib

« On dit traditionnellement que les supporters du Racing Club de Lens, qu’ils sont le meilleur public de France. Ce titre honorifique historiquement vérifié pour des raisons évidentes de fair-play, d’ambiance et d’amour inconditionnel, nous a incités à organiser une rencontre inédite : confronter le public du théâtre au meilleur public de France ! » déclare Mohamed El Khatib. Jamais un spectacle de théâtre n’a déployé une aussi singulière explosion de joie !
Un trompettiste sonne le début du match Lens Reims au stade Bollard. On voit des projections d’images du stade, des témoignages de supporters, les groupies sont assis au jardin, il y a une cellule pour les éléments de langage, Clémentine témoigne : « Mon grand-père a toujours voulu qu’on disperse ses cendres sur le stade de Lens. » Un joueur arrêté pour violence sur le stade, fredonne une chanson de Sardou. Corinne Dada, femme de ménage, est évacuée par le metteur en scène qui l’installe dans la baraque à frites. « La honte, c’est un sentiment puissant pour comprendre !».
On entend un dialogue sur l’ambiance du stade, les matchs et les accidents. Mohamed El Khatib interroge les supporters sur les gradins. Ils sont une trentaine qui chantent. « En 1998, la France est championne du monde, c’est l’année de la mort de ma mère. »Des pom pom girls défilent avec leurs plumeaux avant la mi temps très joyeuse où le public peut aller sur le plateau manger des frites et boire de la bière.
En 1990 c’est la fermeture des mines, des usines de textiles. « Le plus dur, c’est pas les 40° sous le costume, c’est quand tu rentres chez toi et que ta fille te demande quel est ton métier ! ».
Trois énormes mascottes se dandinent. On assiste à l’entrée du dernier maire communiste du Nord Pas de Calais. Le match est perdu, il y a une révolte contre les CRS, en 2012 Hollande remporte 72 % des votes, en 2016 c’est le FN qui obtient le même score. « On n’attend rien du nouveau gouvernement, ni du prochain ! (…) Est-ce que le théâtre a un effet sur le réel ? ».
Et bien oui, ce Stadium est en prise comme jamais aucun autre spectacle, sur la réalité de notre temps. Témoignage joyeux, jamais désespérant, c’est une performance pleine d’une vie irrépressible.
Festival d’Automne à Paris, Théâtre de la Colline jusqu’au 7 octobre à 20 h 30, dimanche à 16 h, relâche lundi. En tournée en France jusqu’au 26 mai 2018

LORENZACCIO Théâtre de l’Aquarium 26 septembre

mise en scène Catherine Marnas Théâtre national Bordeaux Aquitaine

Sur un plateau jonché d’or, la valeur suprême de ce XVIIIe siècle qui n’est pas sans rapport avec la nôtre, le jeune Lorenzo étale sa corruption dans laquelle il s’est enfoncé pour pouvoir s’approcher du tyran Alexandre de Médicis qu’il veut assassiner pour libérer Florence. Il se dissimule sous une perruque blanche pour pouvoir capter des proies, hommes et femmes qu’il livre au duc dont la sensualité qu’il finit par partager, semble sans limite. Le frère s’approche de sa soeur qu’il finit par déflorer. « Rien n’est péché quand on s’adresse à un prêtre de l’église romane ! »
Avec de belles montées musicales, la sensualité sans limite de ce siècle s’étale avec complaisance. Lorenzo qui a perdu son âme pour s’approcher du tyran auquel il va livrer sa propre soeur, finira par l’assassiner. Peine perdue, c’est Côme de Médicis, le cousin du tyran, qui prendra le pouvoir , sans changement pour le peuple.
Une belle distribution interprétée par 8 comédiens dans une scénographie impressionnante de Catherine Marnas.

Théâtre de l’Aquarium du mardi au samedi à 20 h jusqu’au 15 octobre
tél 01 43 74 99 61

ALLUMAGE DE SAISON Collectif 12 de Mantes la Jolie 23 septembre

Chaque année le Collectif 12 de Mantes la Jolie qui mène depuis une vingtaine d’années un travail fondamental sur la ville qui rayonne sur toute la région, en termes de création et de formation, lance sa saison avec un événement original. Une dizaine de compagnies, auteurs, metteurs en scène, interprètes, nous livrent des extraits de leurs ateliers, des jeux et un buffet délicieux dans la cour de leur lieu accueillant. Nous sommes d’abord rassemblés devant l’abri de bus devant l’entrée du collectif 12, des chaises sont disposées, on nous sert à boire. Des danseuses apparaissent sur le toit de la maison et on nous invite à pénétrer dans la cour.
Nous allons pouvoir assister à une présentation de Portraits Utopiques, ateliers animés depuis la dernière rentrée par Éric da Silva de l’Emballage Théâtre. Une actrice livre son expérience amoureuse, ses échecs : « Je suis séparée (…) j’ai mal vécu le coup de foudre, j’ai beaucoup de mal à passer à autre chose mais je suis ouverte par nature, j’ai l’avant goût du bonheur ! ». Elle trébuche, Éric da Silva qui a le texte en mains lui souffle : « Une première au théâtre, la découverte de mon clown, sur scène je me sens vivre l’instant présent. Tous les matins, je fais 6 kilomètres à vélo ! ».
Une autre actrice prend le relais : « J’adore travailler en psychiatrie, la Kabylie c’est pas un pays pour les féministes femmes ! Je ne sais pas bien quand je suis née (…) Denis Lavant qui crache le sang et court partout est un acteur que j’adore. »
Un autre : « Mon premier rôle Godot. Je jouais l’aliénation, je n’écoute personne quand je joue, j’échappe à la routine. Je suis dans le quartier mais je suis un excentrique extra- terrestre. J’ai vécu dans pas mal d’endroits mais je reviens toujours comme un aimant sur Mantes. ».
L’assistance pose des questions aux membres du Collectif 12 : « Est ce que tu ne te sens pas en concurrence avec les autres ? Est ce que tu te sens punk dans l’âme ? C’est quoi l’intimité ? C’est quoi être public de théâtre ? C’est être seul, carnivore ! » Il y a un projet d’écrire une pièce de théâtre sur Mantes la Jolie.
Une musique assourdissante retentit dans la cour, où des ballons et des parachutes tombent par terre;
Éric da Silva reprend les mêmes portraits utopiques, cette fois les acteurs ne trébuchent plus.
Ensuite nous sommes conviés à un jeu de l’oie. Nous sommes 5 et nous devons lire les cases qui nous sont attribuées. On retombe agréablement en enfance. Les souvenirs de cette soirée dynamique se diluent.
http://www.collectif12.org

LA MORT DE TINTAGILES Théâtre de la Tempête 22 septembre

De Maurice Maeterlinck, mise en scène Géraldine Martineau, avec Sylvain Dieuaide, Évelyne Istria, Ophelia Kolb, Agathe Lhuillier, scénographie de Salma Bordes, compagnie Atypique Utopies.

Tintagiles, enfant est menacé par la mort. Sa soeur Ygraine veille sur lui, elle veut le protéger. Dans une pénombre opaque on voit les autres soeurs clamer leur attachement, leur pitié douloureuse. Tintagile lutte de toutes ses forces, il ne parvient pas à retrouver Ygraine dont un mur le sépare. Aglovale et Bellangère les autres soeurs, ne pourront rien pour empêcher la mort du petit Tintagiles. Malgré un travail plastique très fin, la pénombre qui règne sur le plateau nous empêche de captiver notre attention.

Théâtre de la Tempête, salle Copi du mardi au samedi à 20 h 30 jusqu’au 22 octobre