CONTAGION Théâtre Paris Villette 6 juin

De François Bégaudeau, mise en scène Valérie Grail Théâtre Italique, avec Raphaël Almosni et Come Thieulin

François Bégaudeau a publié plus d’une vingtaine de pièces et plusieurs romans. On se souvient notamment de son roman Entre les murs, réalisé au cinéma par Laurent Cantet en 2008.
Valérie Grail, metteur en scène et scénographe, a travaillé avec Cartoun Sardines et au Théâtre du Soleil, elle a aussi joué avec Marcel Maréchal, la Cie Blaguebolle et Jean-Louis Hourdin…

On voit Stéphane adolescent écrire sur son ordinateur. Dans la première séquence, il observe l’explosion du réacteur de Fukushima qui contamine sur des centaines de kilomètres. On disait qu’il allait y avoir plus de 10 000 cancers.

Son professeur lui rend visite, les échanges sont plutôt agressifs : « Les vidéos, c’est de la manipulation pure, tu confonds enquête et théorie (…) Le 11 septembre est un lobby des américains. Le désir de croire au complot relève d’un désir d’ordre. »
« Détends toi, t’es plus mon prof. Remonte un petit robot. Parfois les choses sont vraies, Fukushima par exemple. »
Dans la deuxième séquence, on aborde la radicalisation. « Donnons les moyens à l’Islam de France de se développer. Les gens ont peur, ils veulent comprendre. »

Malheureusement cette conversation ne parvient pas à faire décoller le théâtre et on décroche du texte.

Théâtre Paris Villette jusqu’au 18 juin du mardi au jeudi à 20 h, vendredi 9 à 19 h, vendredi 16 à 20 h 45, samedi à 20 h, dimanche à 16 h
Du 7 au 29 juillet Artéphile Festival d’Avignon Off tous les jours à 16 h 10, relâches le mercredis 12, 19 et 26
8 et 9 mars 2018 au CDN de Sartrouville.

CEUX QUI AVAIENT CHOISI Théâtre de la Contrescarpe 5 juin

De Charlotte Delbo, mise en scène Boris Herszbojn, avec Olga Grumberg, Gabriel Perez, Louve Reinich-Larroche, Rainer Sievert

Un homme et une femme se rencontrent sur une terrasse de café à Athènes, une vingtaine d’années après la fin de la deuxième guerre mondiale. Elle c’est Charlotte Delbo autrefois secrétaire de Louis Jouvet pendant ses tournées en Amérique, qui a survécu. Son mari y a perdu la vie. Lui, c’est un Allemand professeur d’histoire, resté en Grèce pendant la guerre, concentré sur l’histoire ancienne : « C’est difficile d’être allemand aujourd’hui ! Notre destin était de mourir dans la guerre, ou de survivre dans la honte. J’ai du apprendre à lire dans la légende des siècles. »

Il y a un autre couple français, Paul interné à la prison de la Santé le 23 mai 1942 et sa femme Françoise qui doit lui faire ses adieux avant qu’il ne soit exécuté.

Charlotte Delbo et l’Allemand regardent la scène des adieux, l Françoise crie : » J’ai cru défaillir en pensant que moi, je continuerai à vivre ». Et lui : « Il nous ont proposé la vie sauve si nous acceptions de rentrer dans les jeunesses hitlériennes ! ».

L’Allemand : »Je voudrais vous parler de Hilde, ma femme. Elle a été déporté avec les juifs. Ce n’est pas un cadavre. On cherche les vivants qu’on a aimés (…) Hitler n’est pas arrivé du jour au lendemain. Moi j’étais plongé dans l’histoire grecque. C’est parce que j’étais enfoui dans l’histoire ancienne que j’ai ignoré celle qui se passait sous mes yeux. La guerre avait tué ce qui était immortel, quand les écailles me sont tombées des yeux, j’ai tout perdu. Jeune, j’ai vécu en vieillard. »

L’Allemand pris de remords pour avoir perdu sa vie dans les livres est ému par Charlotte Delbo : « En vous écoutant tout à l’heure, j’étais inondé de tendresse ! ». Mais elle le repousse. Une belle interprétation des deux couples.

Une belle émotion dans ce quatuor qui survit au delà de la mort.

Théâtre de la Contrescarpe 6 juin à 20 h, réservation 01 42 01 81 88

À 2 PAS DE LA PORTE Maison des Métallos 12 mai Biennale Internationale des Arts de la Marionnette

Conception et interprétation Laurent Fraunié, scénographie de Grégoire Faucheux, Compagnie Label brut

Devant de grands panneaux blancs qui s’ouvrent par moments, Laurent Fraunié est assis devant une fenêtre. On entend des gens qui s’expriment sur ce qu’ils aimeraient être : footballeur, acteur, pilote de voiture de courses, docteur, président., boulanger. Devant cette porte dans un mur derrière lequel il va se cacher par moments, cette recherche sur les troubles obsessionnels compulsifs, perte des clefs, oublis divers en quittant sa maison, reste un peu nébuleuse malgré l’agilité impressionnante de l’interprète. Un paysage connu, devenu effrayant ! On peut toujours s’interroger sur ce qu’on croit connaître le mieux …Il s’endort et nous endort.

http://www.labelbrut.fr

LE PAVILLON DES IMMORTELS HEUREUX (89) Maison des Métallos, BIAM 12 mai.

De Marcelle Hudon et Maxime Rioux, environnement sonore de Maxime Rioux

On déguste lentement ces installations minuscules métalliques, petits automates délicats qui diffusent de fines musiques percussives que les vieilles oreilles ont du mal à percevoir. Papillons, animaux fantastiques, ombres vibrantes nous fascinent un long moment. On a du mal à quitter cette grotte étrange et poétique.

FESTIVAL PARADES de Nanterre 2 et 3 juin

Depuis des années ce Festival de rue illumine les rues de la vieille ville. Une quarantaine de compagnies avec 250 artistes s’y déploient pendant 3 jours. Des installations, des performances, des marionnettes …Pour 2017, 7 spectacles vus sur ces 2 journées !

SÉRIE C Kumulus Burkina Faso France

Sept acteurs se drapent de tissus couleur de terre orangée, ils restent prostrés, puis se tortillent et se déploient aux rythmes de tambours et de percussions. Un chanteur blanc entonne une mélopée. Les femmes trois burkinabés et une blanche, se dévoilent en gémissant, se tordent les mains, elles dansent, font une ronde. Une grosse fille saute, « entrez dans la danse ». Une fille se fait chevaucher, les autres rigolent. Trois cages métalliques sont érigées, chaque fille s’y enferme, s’y suspend. On assiste à la tragédie de l’enfermement et de l’excision des femmes : « la mort vaut mieux que l’excision ! ». Elles chantent en miré, dioula français, se rassemblent, s’étreignent, on les enferme dans les cabanes qu’on a préalablement scotchées. Elles y étendent le linge, ce qui donne un aspect joyeux et coloré, presque carnavalesque. Il faut résister où que l’on soit ! Il y a de la joie, une force de vie qui surgit bizarrement de cette oppression féminine. De jeunes enfants assistaient avec nous à cette avant première, ils semblaient comme nous, fascinés.

Après Les squames, Tout va bien, Bail à céder… Kumulus qui sort d’une résidence au Burkina Faso vient de réaliser l’un de ses meilleurs spectacles, porteur de l’énergie incroyable de l’Afrique.

LA NUIT A SON EXISTENCE par Lucile Rimbert Lu2 compagnie
chorégraphie pour un spectateur

Je suis d’abord conviée à m’asseoir sur une chaise où l’on me coiffe d’écouteurs qui délivrent un message énigmatique oublié. Un rendez-vous est fixé pour le lendemain. Un jeune femme m’invite à pénétrer dans une voiture garée en face de la chaise d’écoute. Elle se tourne et se retourne sur le siège de l’arrière, exhibant ses jolies jambes nues. Elle parle de son sommeil qui ne parvient pas à la saisir. Elle ne dort pas au sein des rumeurs de la ville.

THANK YOU TEZUKA, Mime japonais

Tezuka déballe tout son matériel, dans un fatras bizarre, un petit ventilateur, des poupées, une valise. Il tourne autour avec des lunettes ridicules, joue le sumo, se masque, se démasque, coupe un citron. Il se déguise en femme en revêtant un justaucorps argenté, roule des mécaniques. C’est plutôt incohérent, ça fait rire les petits enfants. C’est dit-on, très japonais !

REGARDS EN BIAIS Compagnie la Hurlante

Noël Folly court dans la rue distribuant des tracts. Une femme enceinte est terrorisée. L’homme tape sur les poubelles et sur les portes. « Le travail, j’ai l’attitude relax ! ». Une femme nettoie les vitres. En face une autre clame : « Voyez, ils vont venir me chercher ! » On s’installe au café pour prendre l’apéro pour les 15 ans de mariage de Nadège à Nîmes. On porte un toast. La soeur suicidaire s’arrache les sourcils : »Si toi tu dérailles, c’est moi qui m’écroule ! La folie, ça fait toujours peur. J’ai connu la psychiatrie. Sur la folie, j’ai plein de chose à vous dire. Le monde devient malhonnête. Je suis un jardinier paysagiste ! ». On peut voir comment la folie a traversé nos vies. Pour moi qui ai perdu ma soeur, suicidée à 23 ans, j’en avais 19 et n’en suis toujours pas remise 50 ans plus tard, ce regard en biais me bouleverse.

LA TERRIBLE HISTOIRE DE THOMAS SANKARA Brigitte Burdin et Gilles Rhode

Brigitte et Gilles Rhode laissent quelques jours leurs prodigieux spectacles aériens de Transexpress- Les Maudits Sonnant, Lâchers de Violons etc-pas moins de 50 représentations sur plusieurs continents d’ici la fin de l’été- pour interpréter la vie de Thomas Sankara sur une boîte à images, comme celle du Théâtre à Bretelles.

Gilles évoque le pays d’ailleurs avec des arbres gigantissimes, la grande forêt de l’est qui s’est peu à peu transformée en savane, appelé la Haute Volta dans les années 50. Thomas Sankara devient médecin.-« Pour la chirurgie, c’est mal barré pardi ! « – Puis élève officier à Madagascar. Il rêve de créer in nouveau pays Libertaïa. « Obéir, c’est bien, mais il fut comprendre à quoi sert l’ordre ! »
Au Burkina Faso, « le pays des hommes intègres « ça chauffe ! D’abord ministre de l’information et de la culture, Thomas Sankara est viré et déporté. Les caméléons et les chacals le mettent en prison. Il faut rester une semaine à planter des arbres dans le Sahel. On édifie 32 barrages en 4 ans, 2,5 millions d’enfantts sont vaccinés en 15 jours. Thomas Sankara est exécuté, « on peut flinguer les hommes, on ne tue pas les idées ». Brigitte et Gilles se multiplient avec humour pour faire vivre cette étonnante boîte à images.

JACQUELINE ET MARCEL AU FIL DU TROTTOIR Compagnie l’Art Osé

La pluie a noyé le festival, nous nous sommes réfugiés à la Maison de la Musique. Le couple se présente , on les acclame: « Vous étiez venus voir les lions? «  Ils jouent L’Ours de Tchekhov. Un couple s’affronte, l’homme porte une rose à sa boutonnière. Élena Ivanovna Popova, jeune veuve, entame avec lui un échange des plus agressifs, rythmé par un violoniste dans la salle, avant de tomber sous le charme de cet ours qui la demande en mariage.
http://www.artose.com

PARLEMENT DE RUE Assemblée citoyenne du Théâtre de l’Unité

Le Théâtre de l’Unité a préparé son parlement de rue après d’habitants de Nanterre qui ont déposé leurs propositions de lois. Comme il pleut, les lois sont examinées dans la grande salle de la Maison de la musique où règne tout d’abord un brouhaha confus qui se remplit et se calme peu à peu.
Beaucoup d’enfants prennent part au débat. Les propositions sont acceptées ou rejetées par Madame la provisoire perchée sur sa grande chaise d’arbitre et mises en musique par les 2 belles Chochottes en tenues de soirée et par Didier Super, humoriste décapant aux grosses lunettes scotchées qui proclame « Les extra terrestres sont tous juifs ! ».

Parmi les lois votées : « Détruire les horreurs architecturales, Aimer son ennemi, l’Aïd fête nationale,, une alternative à la prison ». Lucile et Catherine escaladent les sièges pour tendre le micro aux orateurs.
Entre les ouvertures musicales Jacques Livchine clame les poèmes de Michaux et de Victor Hugo.

LIEBMAN RENÉGAT, mon père juif et pro-palestinien MAISON DES MÉTALLOS 31 MAI

Conception, texte et interprétation Henri Liebman en collaboration pour la mise en scène David Murgia, composition musicale et interprétation Philippe Orivel

Riton Liebman a passé son enfance à Bruxelles, très jeune à 13 ans, il se présente contre l’avis de sa mère à un casting de Bertrand Blier Préparez vos mouchoirs. Il est pris et c’est le début d’une longue carrière, dont Allons z’enfants d’Yves Boisset, La tête dans le sac de Lauzier et beaucoup d’autres. Il écrit son premier spectacle Dirk le rebelle qui se joue au Théâtre de Poche et se remet à tourner au cinéma.

Entre théâtre et cinéma, il présente cette confession politico-familiale, qu’il interprète avec une belle complicité sur la musique de Philippe Orivel.
Riton Liebman raconte son enfance avec son père disparu : « 56 ans c’est jeune ! Je n’ai pas envie de vivre dans un pays où le juifs se trouvent entre eux ! » Beaucoup d’humour dans ce dialogue singulier avec le musicien qui fait résonner ses paroles.

Maison des Métallos jusqu’au 3 juin à 20 h, samedi à 19 h

LA THÉORIE DU CROCODILE Théâtre Dunois 31 mai

avec Delphine Bachacou et Jean-Philippe Costes Muscat (danse) et Ben Rando (piano), Compagnie les Ouvreurs de Possible.

« Comment se faire rencontrer publics, danseurs, musiciens et comédiens au sein d’espaces quotidiens ou bien d’espaces scéniques ? » C’est la question que se posent ces artistes qui développent des projets artistiques de territoires et des projets pour la scène.? Ce spectacle fait partie d’un triptyque explorant les neurosciences, la dérive des continents et la tribologie, étude des frottements.

On voit entrer un pianiste en habit qui s’assied au clavier, un crocodile au museau transparent entre et vient ramper aux pieds de la danseuse qui tourne sur elle-même. Museau renversé, il étreint la danseuse qui tourne autour de lui, elle s’allonge, ils dansent un swing, sont pris de tremblements, d’halètements, elle va s’allonger sous le piano, le pianiste la traîne autour du plateau. Des moments insolites, parfois terrifiants qui fascinent les très jeunes enfants présents dans la salle.

Théâtre Dunois jusqu’au 11 juin 2017
http://www.lesouvreursdepossible.fr

NICHT SCHLAFEN Alain Platel Ballets C de la B, MC 93 de Bobigny, 27 mai

C’est le spectacle inaugural pour la réouverture de la MC 93 de Bobigny après 3 ans de travaux , invisibles pour ceux qui l’ont beaucoup fréquentée, mais avec de réelles améliorations techniques, paraît-il…Pendant ces 3 années, la MC 93 avait multiplié des interventions dans de petits lieux avoisinants,hôpital, maisons de quartier etc… touchant un nouveau public, femmes voilées, petits enfants, qu’on ne retrouve guère dans dans cette salle…

Au centre du plateau des cadavres de chevaux, une tenture brune déchirée en fond de scène. Les 9 danseurs de déchaînent, une fille est dévêtue, on entend des coups de feu, des danses convulsives à répétition dans le silence. Il y a des affrontements violents, parfois drôles, des moments forts comme ce danseur allongé sur un cadavre qui finit par se relever après avoir été traîné à travers le plateau. Une danse des surgissements impressionnants, où l’on ne retrouve pas, malgré d’étonnantes performances des danseurs, les émotions de Let’s Op Bach, de Bernadetje ou de Tous des Indiens, créées voila une dizaine d’années. Alain Platel, paraît-il aurait voulu arrêter la danse qui l’avait rattrapé.