DIX HISTOIRES AU MILIEU DE NULLE PART L’Atalante 11 décembre

De Svetlana Alexeivitch, adaptation et mise en scène de Stéphanie Loïk, coproduction Théâtre du Labrador, Anis Gras Le lieu de l’autre, Tropique Atrium Scène Nationale

Dix histoires en milieu de nulle part raconte la vie de femmes et d’hommes dans la Russie et la Bielorussie d’aujourd’hui sous l’ère de Wladimir Poutine et d’Alexandre Loukatchenko.
Nous voyons dans la pénombre 6 silhouettes se balancer qui chuchotent. Une fille se renverse, elle rampe. Tous s’allongent dans la pénombre : « Ils l’ont torturé, pourquoi, je n’en parle plus ! (…) Il y avait 8 jours qu’ils me marchaient dessus, tranquillement, comme si j’étais morte.» On voit une pyramide de corps qu’on relève. « Mon grand père disait qu’il avait rencontré des êtres humains, uniquement pendant la guerre. On construit des mosquées partout, je les hais tous ! Il y avait tous les jours des assassinats, ce sont des Tadjiks et des Moldaves qu’ils vont égorger (…) Des sacrifices humains comme dans les temps anciens (…) La Russie se vide de ses cerveaux, se remplit de travailleurs immigrés. Personne ne respecte la loi, que ce soit en haut ou en bas. »

Sous l’Union Soviétique, ils faisaient partie du même peuple, avec l’éclatement ils se sont haïs et entretués. L’amour entre communautés est devenu impossible, des centaines de milliers de personnes ont dû fuir leur pays pour échapper à d’immondes massacres. « Avant nous étions tous des soviétiques. Tous les Arméniens de Bakou sont partis ! ».

Un travail choral par six jeunes acteurs de l’Académie de Limoges dans des lumières soignées de Gérard Gillot, nous cloue sur nos sièges, tant l’horreur de cette réalité méconnue est terrifiante.

Théâtre de l’Atalante jusqu’au 22 12 2017, mercredi, samedi à 20 h 30, jeudi et samedi à 19 h

http://www.theatre-latalante.com

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Atelier de Curiosité Urbaine Deuxième Groupe d’Intervention Malakoff 10 décembre

ON ÉCRIT SUR TOUT CE QUI BOUGE

Emma Drouin qui fit ses premières armes au sein de la compagnie OFF de Saint Pierre des Corps, a créé en 2001 le Deuxième Groupe d’Intervention à Malakoff. Installée au Local, boutique de 180 m2 de la place Stalingrad, elle lance des initiatives originales , en bénéficiant d’un budget moyen de 130 000 €, avec de 1 à 15 salariés ponctuels. Depuis Les Majorettes sa compagnie a créé une quinzaine de spectacles. Emma Drouin questionne in situ l’espace privé et l’espace public, avec le soutien de la DRAC Ile de France, de la ville de Malakoff, d’un CNAREP. Elle réalise des sessions d’écriture collective avec son public, comme On écrit sur tout ce qui bouge sur les traces du futur métro du Grand Paris, voilà 2 ans. Ses partenaires de jeu sont des écrivains, des photographes, des constructeurs.

Elle a invité dans sa boutique Jacques Livchine et la jeune Lucile Tanon venue de Besançon pour déclamer La prose du Transsibérien de Blaise Cendrars. Nous sommes une dizaine à goûter ce long poème proféré avec volupté par les deux comédiens, puis on évoque le parcours de ce Deuxième Groupe d’Intervention avec des projections de photos.
Plus tard une deuxième profération du poème de Cendrars est troublée par 2 jeunes adolescents munis de leurs téléphones qui rôdent désoeuvrés dans le quartier. La place Stalingrad qui doit être rénovée en prévision du métro du Gand Paris, n’est pas toujours bien fréquentée, mais Emma Drouin a l’habitude, elle n’a pas froid aux yeux. Elle sait où elle veut aller.

http://www.deuxiemegroupe.org

CABARET INTRUSIF La Poudrière de Belfort 8 décembre

Par le Théâtre de l’Unité avec Jacques Livchine et Hervée de Lafond, Gaspard Herblot, Fantasio, Lucile Tanon, Benjamin Dreyfus, Johnny alias Mario Rémy, Catherine Fornal, Julie et le chien Marriol.

La salle est pleine, on tente de trouver une place pour s’asseoir et Jacques introduit la soirée : « Je suis un pré décédé comme Johnny Halliday. Nous sommes arrivés Hervée de Lafond et moi avec notre Théâtre de l’Unité en Franche Comté en 1991 à la direction de la scène nationale de Montbéliard que nous avions baptisé Centre d’Art et de Plaisanterie qui s’est déployé pendant dix ans sur la région. Nous sommes restés en Franche Comté en nous installant à Audincourt qui nous a accueillis.

Nous répondons à une commande de Jean Paul Roland qui est aux Trans Musicales de Rennes.

En cette soirée de disparition de Johnny Halliday, Mario interprète un Que je t’aime, dont les paroles doivent être soufflées par le public. Une panne d’électricité survient et l’on doit éclairer les acteurs avec des projecteurs sur piles. On a droit à un poème improvisé à partir de mots lancés par le public.
Hervée de Lafond raconte une tentative de viol chez elle, elle a réussi à en triompher en parlant pendant quatre heures à son agresseur qui a fini par s’enfuir.
Lucile Tanon avait six ans dans une maison d’amis de sa mère, un homme l’a plaquée par derrière, il lui a donné une pièce de cinq francs, elle l’a jetée.
Fantasio chante, un choeur reprend avec des bruits de bouches.
Jacques entonne un poème de Gherassim Lukas, Fantasio l’interrompt, on entend La charogne de Baudelaire.
Fantasio raconte des histoires d’enfants autistes.
La fête a horreur du confort, on récite la chanson de d’Alain Souchon Carrément méchant, Jacques et Lucile interprètent le Trans Sibérien.

Jacques et Catherine se livrent à un combat de poèmes hurlés repris à la contrebasse par Fantasio.
Une soirée insolite où l’on déguste la chaleur humaine à travers l’amour complice des poètes.

MÉLANCOLIE(S) Festival d’Automne Théâtre de la Bastille 6 décembre

Création et adaptation collective à partir des Trois soeurs et d’Ivanov d’Anton Tchekhov, Collectif In Vitro, mise en scène Julie Deliquet.

Une grande table est mise dans un jardin sous de grands vélums, les rideaux blancs sont agités par le vent. Deux personnages lisent dans des transats en attendant les convives. Nicolas arrive au milieu d’un groupe d’amis qu’il se réjouit de retrouver : « Votre père a été mon professeur, allez on va boire un coup ! ». Ils boivent et Camille s’éloigne avec son futur pour aller voir la mer. « J’ai envie de vivre, je serai bientôt vieux, le bonheur sera pour mes enfants… ». On boit du champagne pour le feu d’artifice. « J’ai un mal de tête continuel, oui j’ai hypothéqué la maison (…) jusqu’à quand mon père et ma mère me haïront ils ? (…) Ma maison me fait horreur, c’est pire que le bagne ! »

Dans la deuxième partie, le plateau est débarrassé, les personnages vont et viennent, Nicolas affirme qu’il se sent coupable, il n’aime plus sa femme Anna qui est en train de mourir. Après avoir exprimé ses remords, il se tue.

Interprété par une troupe de 8 comédiens complices, Mélancolie(s) nous fait parcourir un voyage émouvant dans l’oeuvre de Tchekhov.

Jusqu’au 22 décembre 2017 à 21 h et du 8 au 12 janvier 2018 à 21 h, relâche le dimanche tél 01 43 57 42 14

EXTREMOPHILE L’Échangeur de Bagnolet 4 décembre

Texte et collaboration artistique d’Alexandra Badea, mise en scène Thibault Rossigneux Compagnie Le sens des mots avec Samuel Churin, Katarzyna Krotk, Anthony Roulier, création musicale Christophe Ruetsch et Jules Poucet

C’est un dialogue sur l’art et la science, sujet choisi par Thibault Rossigneux pour développer ses recherches avec Binôme créé en 2009 au Festival d’Avignon à partir d’un travail avec la Cité des Sciences .

Trois personnages, un chef de cabinet de l’Union Européenne ambitieux et refoulé, un pilote de drones qui lance ses bombes sans avoir conscience des milliers de morts qu’il provoque et une jeune scientifique qui a abandonné ses recherches au profit de l’industrie. Tous trois en noir, équipés de micros, ils se déplacent avec des passerelles d’avions qu’ils gravissent au fur et à mesure du spectacle, accompagnés par moments de musiques assourdissantes et de projections indistinctes. Une histoire d’amour homosexuelle provoque la séparation d’un couple marié. « Personne ne peut voir en dehors de son périmètre, partons au loin, oublions le monde.(…) Tu es couverte en technologie sur tout le vol ! Notre système d’enseignement est malade (…) Chacun fait sa guerre isolé pendant les heures de vol ! (…) Le langage est rusé ! ».

Malgré une réalisation technique sophistiquée, et une interprétation solide, nous ne parvenons pas à nous laisser aller à l’émotion dans ce dialogue art et science qui reste trop technique.

L’Échangeur de Bagnolet jusqu’au 7 décembre 2017 à 20 h 30, tél 01 43 62 71 20

ADIEU FERDINAND Théâtre de l’Athénée 3 décembre

Création de Philippe Caubère Clémence (La Baleine et le Camp naturiste)

Long solo énigmatique en deux parties, ce spectacle de Philippe Caubère, pilier du Théâtre du Soleil de 1970 à 1977, puis s’imposa dans une carrière personnelle, d’abord acteur avec Ottomar Krejca puis dans Le Roman d’un acteur des seuls en scène, joués pendant dix ans, nous laisse sans voix.

Il est seul sur un plateau nu devant une chaise, il ose le ridicule dans une suite de gesticulations incompréhensibles. Il s’agirait de la première trahison sexuelle de Clémence par Ferdinand avec une comédienne du Théâtre du Soleil pendant la création de l’Âge d’or…Impossible de saisir un fil cohérent qui puisse nous maintenir concentrée.

Après un bref entracte, on retrouve Philippe Caubère dans un camp naturiste en compagnie d’une troupe de Belges. « Je déteste tout le monde, je n’aime plus que Marcel Proust ! ». Il nous en livre quelques extraits, il s’est brûlé au quatrième degré, il faut l’emmener à l’hôpital de Bordeaux ! Seuls Marcel Proust, Charlie Chaplin et un couple de Bordelais pervers tenteront d’en distraire Clémence et Ferdinand, nos deux enfants du Soleil en leur narrant les origines nazies de ce temple du naturisme…À n’y rien comprendre malgré quelques images réussies !

À la sortie, nous retrouvons des familiers du Théâtre du Soleil enthousiastes, irréductibles amis de Philippe Caubère. Il nous avait pourtant bien souvent éblouis.

Création de trois contes en deux soirées jusqu’au 14 janvier 2018 , mardi à 19 h, mercredi, vendredi, samedi à 20 h, dimanche à 16 h au Théâtre de l’Athénée, Tél;01 53 05 19 19

FESTIVAL MIGRANTS/SCÈNES Villa Mai d’Ici Aubervilliers 2 décembre

Une association qui s’occupe des réfugiés organise avec Culture et Démocratie une journée de débats et de spectacles pour réfléchir comment faire avec la pratique de l’art à ce sujet. RESF depuis 2009 s’occupe des jeunes majeurs menacés d’expulsion. Les premiers spectacle ont été diffusés dans des réseaux militants depuis 2009. Il y a eu dans la journée des ateliers d’écriture.

Clowns sans frontières créé en 1994 pendant la guerre en ex Yougoslavie, fait part de son expérience. Leur action consistait à aller dans les endroits de catastrophe pour donner du rire et du rêve aux enfants. Les professionnels y étaient bénévoles. Depuis 22 ans, le travail s’est déroulé à l’étranger. Ils ont été appelés à Calais par Médecins du Monde, y ont beaucoup travaillé. À Paris, dans le XIXe, des enfants dorment dans la rue et se font enlever par la police. C’est un travail de lanceurs d’alerte en France, ils ont donné des places gratuites dans différent théâtres… Il faut se faire entendre en pratiquant l’art.
Valérie de Saint Do évoque le travail de Good Chance Theater, les représentations qui ont permis des rencontres entre les réfugiés.. Comment passer des témoignages à un plaidoyer politique ? Comment arrêter des ordres ignobles ? Il faut garder espoir, on peut jouer un rôle. Des milliards sont consacrés à la construction du Grand Paris qui va repousser les gens. Il n’y a pas d’argent pour l’humain.

Le Nimis Groupe en Belgique, travaille avec les sans papiers. Ils ont créé une pièce donnée pour impossible pour interpeller les politiques au Centre Ouvert de la Croix Rouge : Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut être pas vu, ce spectacle sera présenté à Vitry les 8 et 9 mars 2018 à Calais et à Belfort. L’Art peut rendre visible ce qui est invisible !

Il faut que les artistes amateurs aient droit de cité dans les lieux officiels. Les chiffres ne savent pas rendre compte de la valeur du symbolique.