LES ENIVRES Théâtre de la Tempête 19 septembre

de Ivan Viripaev, mise en scène Clément Poirée, scénographie Erwan Creff

En exergue de cette pièce bizarre, un citation de Baudelaire : « Pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez -vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie , de vertu à votre guise ! ».

C’est une étonnante promenade de 9 ivrognes qui commence dans les rangées de spectateurs en chantant « bois du vin, bois du vin, sois un coquin ! ». Le musicien tombe dans les gradins en chantant en anglais : »Je vais m’enivrer jusqu’à mon dernier jour ! ». Sur le plateau tournant bordé de panneaux transparents, un homme cherche à sortir, un fille tombe dans le fossé, elle parvient péniblement à s’en extraire. Marta agresse le directeur du cinéma international, il la gifle. « Celui qui n’a jamais eu peur d’attraper ce putain de cancer, qu’il se lève ! ». Deux filles saoules « tu ne peux pas me pardonner, je n’aime que toi ! (…) C’est toi qui m’a casée ici, je vais tout réparer !« . La musique vibrante s’arrête, les acteurs s’allongent sur un fauteuil, ils tombent par terre. « Oui Magda, tout dans cette rue est décidé d’avance, oh mon coeur, ne te souviens pas de ce triste monde, ma mère n’est pas morte, elle est vivante ma mère ! ». Ils renversent la table : « Nous devons répondre de chaque mot qui sort de notre bouche, à genoux, mets toi à genoux devant moi ! (…) Tu es le seigneur dieu, mon pote, j’ai couché avec ta femme (…) Je veux te tenir un langage sans parole ! ».

Des hommes en tutus se tiennent sur le plateau qui tourne de plus en plus vite.. « Comment tu t’appelles Rosa quand tu n’es pas prostituée ? » On entend frapper quelqu’un enfermé dans une malle. « Vous êtes de toute évidence en plein délirium tremens, l’amour c’est du sexe, du flan à la con (…) Les gens ivres n’ont droit à aucune aide, le monde est une perle dans un morceau de merde ! Je ne boirai plus jamais, mais je ne désavouerai pas ! (…) Vous voulez être libres, libres de quoi, libres de quoi ? (…) L’essentiel est de ne pas se pisser dessus de trouille dit le seigneur, grand boss de la mafia cosmique (…) C’est pas facile de rendre, mais c’est facile de prendre ! ».

Ce trop long flot de propos incohérents est bien interprété par de bons acteurs tremblants sur leurs jambes, nous sommes égarés dans cette apocalypse d’ivrognerie, on est heureux d’être libérés de ce cauchemar éveillé. Il faut saluer la scénographie d’Errant Creff.

C’est pour moi le premier spectacle de Clément Poirée, le successeur de Philippe Adrien au Théâtre de la Tempête

Théâtre de la Tempête jusqu’au 21 octobre, du midi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h, Tél 01 43 28 36 36

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1830 TOUT COMMENCE… Théâtre Essaion 17 septembre

Mise en scène et écriture Manon Montel, avec Stéphane Dauch, Thomas Marceul et Manon Montel

Les trois acteurs incarnent Victor Hugo, Honoré de Balzac et George Sand… Ils parcourent leurs oeuvres et s’affrontent pendant cette révolution avortée de 1830. La peau de chagrin absurde et monstrueuse comme Hernani, Charles X suspend la liberté de la presse, Balzac est jaloux, il incarne un prêtre séduit par Esmeralda qu’on torture. En juin 1932, il y a une insurrection populaire, Le roi s’amuse d’Hugo est retiré de la scène. Manon incarne Juliette Drouet : « Votre mère n’est pas folle, elle est seulement méchante ! (…) Une femme doit toujours aimer un homme supérieur…»

Honoré de Balzac fonde la société des gens de lettres en 1842 : « Les êtres vulgaires m’intéressent plus qu’ils ne t’intéressent ». En 1844 George Sand crée L’éclaireur de l’âme. « Comme on dit en France, on se relève de tout, même d’un canapé ! ».

On assiste à travers un dialogue entre les trois personnages à un parcours historique, des milliers de morts, 25000 en gestation ! « Notre président ici c’est un bric à brac ! (…) Il n’existe pas de grand talent sans grande volonté ! ». Honoré de Balzac meurt le 18 juin 1859.

Ces trois personnages que tout opposait en politique, en amour en littérature, s’affrontent dans un dialogue imaginaire. On a un peu de mal à démêler les personnages et leurs oeuvres à travers nos souvenirs confus de lectures, mais on se plonge avec plaisir dans cette évocation de rencontres à travers leurs oeuvres.
« Féministes, républicains, monarchistes, mais avant tout humanistes ! »

Théâtre Essaion jusqu’au 15 janvier tous les lundis et mardis à 21 h, Tél 01 42 78 46 42

LES TRIBULATIONS D’UN MUSULMAN D’ICI Théâtre des Déchargeurs 10 septembre

Jeu et texte Ismaël Saidi

Seul en scène Ismaël Saidi impose son étonnante présence d’un jeune marocain installé en Belgique. Sa famille a répondu à une annonce : « Travailleurs, vous êtes bienvenus en Belgique ! ». Son père Mohamed Ali né en 1946 avait laissé sa mère au Maroc. En geek, il enregistrait des cassettes qu’il échangeait avec sa mère. Il fréquente différentes écoles, à âge de six ans, il suit l’école arabe, se fait fouetter. Il passe ensuite du Coran à la Bible. « C’était bien l’école communale, mais ce qu’on préférait, c’est quand ça s’arrêtait ! » Il voyage au Maroc pour les vacances, chez lui il n’y avait pas de téléphone, il fallait téléphoner à l’épicerie voisine cinq jours avant de partir. « j’étais effrayé par les toilettes marocaines, y avait des rats qui remontaient des chiottes ! ». Un an en Belgique, un mois au Maroc, « je me suis fait passer pour un libanais auprès des filles ! (…) J’étais devenu l’écrivain public ! ».

Il monte sur sa chaise, s’y accroupit, évoque une vieille dame qui l’aimait morte à cent ans. «  j’ai arrêté l’école arabe, car j’étais fan de Jean-Jacques Goldman, il n’y avait qu’un seul endroit pour répondre à mes questions, je n’écoute pas vos conneries ! » A la mosquée, il apprend le métier de flic, Un jour, il est mûté à la brigade criminelle. Avec la vieille dame qui l’accueillait, il avait découvert la force des mots. Il quitte la police et commence à écrire cinq ouvrages et des pièces qu’il interprète et qui sont publiées. Ses pièces Heureux qui comme Ulysse présenté en 2010 au Théâtre de la Balsamine, Ceci n’est plus un couple à l’Espace Toots en 2012, Géhenne au Théâtre de Liège de Bruxelles en 2017, Djihad Espace Pôle Nord en 2014 et les Tribulations d’un musulman d’ci au Théâtre de Liège en 2017, rencontrent un franc succès. Il a aussi réalisé aux longs métrages et quatre courts métrages et trois films pour la télévision.
Un spectacle singulier à ne pas manquer !

Théâtre des Déchargeurs les lundis à 21h30 jusqu’au 17/12 tel 01 42 36 00 50

MOME AMOR Théâtre de l’Epée de Bois 9 septembre

Solo danse Butô-tThéâtre -Cirque création, interprétation, cirque Shiraz Pertev

C’est un hommage à Edith Piaf dans ses relations avec Marcel Cerdan. L’actrice est prostrée dans un rideau de velours rouge, elle évoque ses rendez vous avec son amant : Mardi 24 mai 1941 : « Comme j’ai mal supporté cette absence ! Méfies toi mon amour, défends toi des autres salauds. Elle s’élance en haut sur la corde, parle en minaudant, effeuille une rose voluptueusement, chante Milord, évoque d’autres rencontres. Un solo décoiffant !

Tél 01 48 08 39 94

LE ROI ARTHUR Théâtre de l’Epée de Bois 9 septembre

Mise en scène de Jean Philippe Bèche, Compagnie du Rameau d’Or

Onze acteurs, comme chez Shakespeare, accompagnés par une batterie sonore pour interpréter cet étrange Roi Arthur, . Dans la salle en pierre de l’Epée de bois, ce spectacle prend une bizarre résonance. Le roi en toge rouge, supplie Merlin de l’aider « : Sans doute, tu n’es qu’un homme, mais,foi de Merlin, tu sera roi ! ». Une veuve entre : »Il s’agit de meurtre et de trahison. Un homme est venu vers moi, il avait les traits de mon mari. Je lui ai remis l’enfant, il l’a élevé, le voici, c’est Merlin ». Aujourd’hui Morgane abandonne Merlin. « Merlin, je ne pourrai rien pour la Tempête qui se prépare. Ne construis ton nom que sur l’amitié ».
« Mon roi, vous offrez mon bras à Genièvre, gagner et ne pas mourir !  Que Lancelot gagne, tout faire et ne pas vous suivre !»

De très belles entrées et sorties des acteurs accompagnés à la batterie, mais on a bien du mal à suivre l’intrigue.

Théâtre de l’Epée de Bois , tel 01 48 08 39 94

MOME AMOR (138) Théâtre de l’Epée de Bois 9 septembre

SUBIR LES JOIES D’AUTRUI avec la compagnie Gérard Gérard La Générale 14 av Parmentier Paris 8 septembre

Alexandre Moisescot de la compagnie Gérard Gérard introduit la soirée avec Combien ça rapporte : »Je vais présenter l’artisan de votre futur, ma mère est morte en me donnant la vie ». Il présente i cloud IA, un système d’exploitation avec un boitier sans assistance électrique, l’I phone Z ! ». Marie gagne un téléphone, Alexandre lui prend l’ancien, on lui prend tous ses codes, elle proteste. Le nouveau a une reconnaissance vocale, visuelle, salivaire. On lui annonce qu’elle va mourir dans 5 minutes, sur l’écran on voit défiler le compte à rebours. Elle signe et meurt sur l’Ave Maria. 2 hommes en masques à gaz la ressuscite en agitant un bout de plastique. Elle vacille pendant que ses sauveurs s’enduisent d’argile, de falaise de sang. On entend une musique funèbre et on voit de la fumée sur l’écran.

Puis on a droit à un concert de Blair, un concert autour du centralisme radical : 4 musiciens, guitares, claviers, batterie, chant qui se relaient aux instruments. On annonce le second livre des rois, c’est un groupe cher car ils ont joué pour le premier ministre. « Je ne serai pas Michel Berger, car je joue trop mal au tennis ». Une femme chante.

Les Tout de Suite entrent en scène dans des tenues affriolantes, l’homme comme la femme, ils viennent toucher et embrasser les spectateurs, micros en main, ils parlent, chantent : « Bonsoir Marseille, j’espère que tu te sens bien, je ne croyais plus à l’amour et je t’ai rencontrée, Mes couilles se dilatent ». La femme se dénude en se roulant par terre et sur certains spectateurs, une pluie multicolore tombe, le couple s’étreint, se rapproche des spectateurs : « Quand tu me baises j’aime, j’adore. J’ai rencontré tous tes amours ». Avec un jeu subtil d’éclairages portés par des hommes masqués, ces déhanchements érotiques sont excitants.

Une soirée troublante !

http://www.la générale.fr

LE DERNIER JOUR DU JEÛNE Théâtre du Soleil 5 septembre

Premier volet d’un diptyque de Simon Abkarian, production Ki M’aime me suive, avec Simon Abkarian Théos/ Ariane Ascaride Nouritsa/ David Ayala Minas,/Assad Bouab Aris,/Pauline Caupenne Elias/ Delia Espinat-Dief Sofia/ Marie Fabre Vava/ Océane Mokas Vava/ Cholé Réjon Astrig/ Catherine Schaub-Abkarian Sandra/ Igor Skreblin Xenos.
Décor Noëlle Ginefri-Corbel

C’est le début d’une évocation de la tradition en pays musulman où les femmes n’égaleront jamais les hommes, mais elles n’ont pas leur langue dans leur poche ! Sur une musique orientale dans une cuisine Sandra philologue invoque le ciel : »il fait jour, debout les morts ! ». La mère de famille entre en tenue légère pour faire le ménage, sa soeur arrive elles minaudent et se révoltent. Les hommes veulent savoir qui va sauver le monde. Les femmes fument « pénurie de la pensée engendre la peur du ventre vide ! ».
On déploie la maison pour faire apparaître la ville. Une fille invoque le ciel pour trouver l’âme soeur, les femmes s’étreignent. Le fils raconte son rêve en chevauchant un cheval à tête de chien.
Les cinq femmes s’affrontent : « la main du temps t’a piqué la pomme et toi tu rêves de la croquer.. » Le père arrive, sa fille se blottit contre lui.. Un jeune moustachu drague une fille, ils s’embrassent et s’enfuient. Dans sa boucherie le gros Minas veuf vitupère : « Penses à te taire avant de parler. La mère polémique avec son futur gendre. Le boucher que son fils a quitté, boit deux apéritifs : »peuple rassasié jamais ne se soulève ! (…) Manger sans boire, c’est se battre sans condition ! ». La tante aux cheveux blancs méprise le mariage, l’une des soeurs est amoureuse de l’étranger, les rencontres de fiançailles sont aigres douces.
L’étranger cueille des pommes suivi par son amoureuse qui la prend dans ses bras : « Quand tu me dis j’ai envie de toi, si je meurs, je partirai tranquille ! ».

Le père prend sa fille dans ses bras, il la prend pour sa défunte femme et la viole. Toute l’assemblée porte un toast, c’est la rupture du jeûne !
Avec des changements de décors rapides et spectaculaires manipulés par les onze acteurs, cet étrange spectacle fascine le public qui salue d’applaudissements nourris.

Théâtre du Soleil jusqu’au 14 octobre du mercredi au vendredi à 19 h 30 en alternance avec, les 2 spectacles en intégrale samedi à 16 h et dimanche à 13 h L’envol des cigognes le mercredi et le jeudi sauf le 19 septembre.Tél 01 43 74 24 08