LES ÉVAPORÉS Studio Théâtre de Vitry 16 octobre

De Delphine Hecquet, Compagnie Magique Circonstancielle, spectacle en japonais surtitré.

Onze acteurs japonais, dont un français qui décide de partir à la recherche des disparus qui s’évanouissent souvent pour des questions d’honneur, laissant leurs familles sans nouvelle, abandonnées au désespoir. On voit un personnage écrire une lettre sur un tas d’ordures au pied d’une colonne.Au Japon plus de cent mille personnes s’évaporent chaque année, sans laisser la moindre nouvelle. Le sens de l’honneur y est intraitable.

Le journaliste français arrive à Tokyo en octobre 2017. Il cherche d’abord vainement son hôtel Osaka. Il trouve un disparu, sa fille est interviewée par un commissaire de police intraitable, qui lui demande si elle reconnaît les objets dans son sac. Elle n’ pas le droit de les toucher. Le journaliste filme une femme qui a perdu son père, elle ne veut plus le revoir ! Une fille s’adresse à sa mère qu’elle a quittée depuis neuf ans. « Je voudrais qu’elle meure une bonne fois pour toutes ! ». Une autre revient, sa mère ne veut pas la croire ! Un vieux pleure au commissariat, il parle à sa fille qui ne lui répond pas. Un autre compte jusqu’à 10 avant de se tirer une balle dans la tête. « Tu es une prêtresse et moi le seul homme perdu du coin. Une autre hurle après son père qui l’a abandonnée…

Un vrai choc culturel sur les différences des civilisations. Avec de belles projections, des effets de miroir au travers d’une porte transparente coulissante, ce spectacle nous laissent interdits sur nos sièges.

La compagnie Magique Circonstancielle installée en Nouvelle Aquitaine, a bénéficié de l’aide à la production, de la SPEDIDAM, l’ADAMI, l’ARCAL, du Cent Quatre et la Colline et d’une résidence d’écriture de la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon.

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MINI FESTIVAL DE LERNÉ 14 et 15 octobre

Compagnie Les Grooms

Voilà 32 ans que les Grooms, nés sous l’aile du Théâtre de l’Unité à Saint Quentin en Yvelines, ont écumé les 5 continents avec de grands opéras dans la rue. Ils sont installés depuis des années au pays de Rabelais, à Lerné joli petit village déserté par tous ses commerces de proximité.
La première journée est consacrée à un repérage des différents lieux du village, à partir de l’ancienne école fermée, attenante à la mairie, où l’on peut désormais trouver un dépôt de vêtements, un bar ouvert ponctuellement qui préservent une vie sociale. On fait escale au château dont on visite les douves, on repère les fenêtres d’où vont pouvoir s’élever des chants surprenants. L’intendance pour tous les participants est assurée par François, magnifique cuisinier qui assure les repas d’un trentaine de convives.

Le 14 octobre la caravane s’ébranle devant la mairie, les musiciens et les chanteurs sont suivis par une petite centaine de personnes dans les rues désertes du village. De la cour de la mairie, aux fenêtres, jusqu’à la cour du Château, le plus grands airs d’opéras s’élèvent de la façon la plus insolite. De Purcell à Verdi en passant par Mozart, le public peut se régaler et rire des mises en scène étranges des musiques qui surgissent. On termine dans la cour de l’école où nous attend la compagnie Escale.
https://www.lesgrooms.fr

D’UN SOUFFLE TU CHAVIRES Compagnie Escale création collective de et avec Grit Krause, Hughes Hollenstein et Guillaume Druel, masques et peintures de Lara Manipoud.
Librement inspiré d’Isabel Allende, ce spectacle étrange raconte une épopée de la traversée du Chili où l’amour finit par triompher d’une répression féroce. Les étranges masques qui sont manipulés par les deux acteurs accompagnés par la musique de Guillaume Druet, sont effrayants et attendrissants à la fois. Les masques qui ne sont pas complets laissent apparaître les visages par instants, donnant un grande humanité à cette histoire vécue. On se souvient Est ou Ouest, Procès d’Intention, spectacle décapant vu en 2009 au Festival d’Avignon.
http://www.escaletheatregestuel.net

LE MARCHAND DE VENISE Théâtre 71 de Malakoff 11 octobre

Business in Venice d’après William Shakespeare, mise en scène Jacques Vincey, scénographie Mathieu Lorry-Dupuy, Centre Dramatique National de Tours

« Shakespeare écrivait pour son temps, nous voulons écrire pour la nôtre; Shakespeare écrivait pour sa troupe, nous voulons écrire pour la nôtre (…) L’historicisation ne doit pas servir ici de cache sexe : l’antisémitisme, même transformé, perdure; l’économie, même transformée continue de diriger le monde. (…) Le marchand de Venise est une comédie contemporaine qui mord férocement sur l’actualité de son temps, notre réécriture le sera aussi» , déclare Jacques Vincey !
En effet, on est d’abord déconcerté par le décor de supermarché dans lequel se joue le premier acte de cette tragédie. « On ne va pas jouer Le marchand de Venise, c’est une adaptation de 1584 en 2017. Le temps, c’est de l’argent. En perdant ce temps, est-ce qu’on ne serait pas en train de gagner de l’argent ? Donner de l’argent, c’est donner de l’amour ! ».
La loi de l’argent s’impose à Venise où Bassiano qui veut épouser Portia, est contraint d’emprunter une grosse somme, au juif usurier Shylock que garantira Antonio, un riche armateur. En garantie Shylock réclame une livre de chair si Bassiano ne parvient pas à le rembourser en temps et heure. Malheureusement, les trois navires d’Antonio auraient fait naufrage, il n’est pas en mesure de rembourser l’usurier qui réclame son dû sans pitié, malgré l’argent que lui prose Bassiano.
Tout est bien qui finit bien pour les amoureux, mais Shylock est impitoyablement rejeté par la bonne société vénitienne, après bien des surprises dans un jugement controversé. Malgré une transposition plastique trop littérale, ce spectacle donne une modernité étonnante à une pièce vieille de 6 siècles, Il faut saluer l’interprétation de Jacques Vincey redoutable et pitoyable Shylock et de Jean-René Lemoine, émouvant Antonio.

Théâtre 71 de Malakoff jusqu’au 20 octobre à 19 h 30 mer, jeu, sam/ mar et ven à 20 h 30, Dim à 16 h, tél 0155 48 9100.

PETITE SOEUR Théâtre Dunois 11 octobre

De Jon Fosse, mise en scène Béatrice Venet, avec Jeanne Lepers, scénographie de Cassandra Boy, Compagnie Rêve Mobile.

Nous sommes assis au dessous d’un immense champ d’herbes blanches suspendu au dessus de nos têtes. « C’est bien ennuyeux de rester là immobile. Peut être que son père et sa mère l’emmèneraient se baigner ? » L’herbe est plus haute qu’elle, elle s’y engouffre , se couche sur le dos et reste à regarder le ciel, ses yeux se ferment . Au son de la musique, elle lève les bras et les jambes, se tortille au rythme de la musique. Elle se lève et avance à grandes enjambées, elle danse en traversant l’espace. Pourquoi il rit, l’homme avec le gros ventre et sa femme,seuls comme les vagues ?
Ce solo onirique fascine les jeunes spectateurs rassemblés autour de l’espace scénique.
Théâtre Dunois jusqu’au 22 octobre. Tél 01 45 84 72 00

DÉMONS Le Monfort Théâtre 10 octobre

Librement inspiré de Lars Noren, mise en scène Lorraine de Sagazan, avec Lucrèce Carmignac et Antonin Meyer Esquerré, compagnie la Brèche.

En exergue, une citation d’Imre Kertész : « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes ».
Un grand dadas chevelu en imperméable entre sur le plateau avec un sac en plastique. Il est accueilli par sa compagne : « Ah, c’est toi, tu rentres tard. J’ai eu la nausée, j’ai vomi, je vais prendre une douche. ». Elle casse un verre, ils se disputent. « Ou on se sépare, ou on continue comme ça, je t’aime, tu le sais et en même temps, je ne peux pas te souffrir. ».
Lucrèce se présente au public, va serrer des mains. Antonin les questionne, sert de la vodka, fixe un spectateur dans les yeux : « Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous avez choisi cette personne parmi les milliards qui existent ? Quelqu’un ici, a-t-il fait l’erreur de vivre en couple ? ». Il s’adresse à Jeanne une «  spectatrice » qui rit beaucoup, l’invite à danser, Lucrèce s’indigne. Le couple se dispute, on renverse le bouquet de fleurs. Lucrèce répand les cendres de l’urne funéraire de la mère d’Antonin ce qui le révolte.
Cette étonnante scène de ménage emporte l’enthousiasme d’un public plutôt jeune et mélangé, avec de nombreux rappels au salut.
Après une résidence au Théâtre de Vanves et au Cent Quatre, Lorraine de Sagazan est devenue artiste associée au CDN de Rouen dans le cadre du Pôle Européen de création. Son premier spectacle « Ceci n’est pas un rêve » a été créé à La Loge en 2014.
Le Monfort du mardi au samedi à 19 h 30 à la cabane jusqu’au 14 octobre Tél 01 56 08 33 88

17 ANS À AUDINCOURT Espace Japy d’Audincourt 7 et 8 octobre

17 ANS À AUDINCOURT (185 à 190) Théâtre de l’Unité, Espace Japy Audincourt 7 et 8 octobre

Pour fêter dignement les 17 premières années passées à Audincourt, après avoir quitté de leur propre chef la direction du Centre d’Art et de Plaisanterie de Montbéliard, le Théâtre de l’Unité a mis les petits plats dans les grands. Ils se sont installés en plein air sur l’Île aux Oiseaux jouxtant la Maison Unité, où ils ont installé le confortable salon de leur maison, autour du joli stand de Gourmandisiaque où Valérie officie, servant des mets délicieux, des blinis, des nems préparés par Hervée Delafond née au Viet-Nam et un bortsch épluché toute la journée sous la direction de Nathalia, qui cuit dans une grande marmite. On peut se restaurer et acheter pour quelques euros des livres de l’immense bibliothèque dont l’Unité n’a plus l’utilité. Dans l’allée qui jouxte le Doubs, des dizaines d’étiquette accrochées aux arbres avec les noms de toutes les compagnies qui ont bénéficié de l’hospitalité du Théâtre de l’Unité, pour répéter au Château d’Hérimoncourt. On pourra assister pendant ces deux jours à 7 spectacles qui y ont été répétés.
On assiste au discours de Martial Bourquin, sénateurs maire qui les a accueillis pendant ces 17 ans.

RE-BELLES de Latifa Djerbi Les Faiseurs de Rêves de Genève, 7 octobre

Nous avions pu voir une première ébauche l’an dernier au Festival d’Avignon où Latifa préparait son pain dans les rues d’Avignon. Elle a décidé de ne pas remettre en chantier un nouveau one woman show, s’enduit de harissa, déclare qu’elle a fait un stage d’écriture en Suisse, « En dehors de moi, je ne connais que moi ! Je suis enceinte de moi-même (…) La dévalo, c’est quand tu te sens indigne d’être aimée. Le toi du moi, c’est le moi autour de toi, J’ai décidé de me donner. ». Elle hurle : « J’ai entendu dire quand j’étais petite, que nous les Arabes, on volait le pain des Français. J’ai décidé de me donner, de pardonner. Je vais faire un acte psycho-magique en faisant du pain. Comme disait mon père, la farine est au pain, ce que le ciment est au parpaing ! » Elle mélange la farine blanche à la farine de sarrasin, pétrit la pâte furieusement. « Il suffit d’un peu d’amour, elle met le pain à cuire, il n’y a plus qu’à attendre. « Je suis comme tout le monde, j’ai peur des Arabes. Tout s’achète en Suisse, il faut être validée par un Suisse ! »
Elle offre du pain à un complice et chante : « J’avais dit que je ne ferais pas de monologue, mais je n’ai pas pu me retenir ! ».
Toujours aussi ébouriffante, Latifa Djerbi ébouriffée nous fait crouler de rire.

LA MÉCHANCETÉ de et par Catherine Fornal, 7 octobre

Déjà vu la saison dernière, ce spectacle de Catherine Fornal, complice du Théâtre de l’Unité dont elle avait suivi les cours au lycée de Montbéliard, s’avère aussi décoiffant. Elle se présente comme Hilda Berg avec un fort accent germanique : « Je cumule plusieurs maladies, dont le syndrome d’Alice au pays des merveilles. La deuxième, c’est la synesthésie multimodale, la musique qui évoque des formes et des couleurs ». Après une danse ridicule, elle évoque la maladie de Paso, l’hyper activité de la glande thyroïde. Elle bouscule son assistante Céline qui ne lui a pas trouvé de médicament. « La bonté n’existe pas. Il y a une graduation dans la méchanceté. Le racisme se situe à différents niveaux. Est-ce que quelqu’un peut me donner une définition de la bonté ? Est-ce que la tentation du bien n’est pas plus destructrice que la tentation du mal ? Si tu veux aider quelqu’un, ne lui donne pas un poisson, apprends lui à pêcher ! Nous sommes tous méchants ! ».

L’ASSEMBLÉE NATIONALE EST MORTE, VIVE L’ASSEMBLÉE Compagnie la Grenade de Lyon, 7 octobre

Les débats tumultueux, parfois ridicules de l’Assemblée Nationale, où les députés ne cessent de se couper la parole. Les spectateurs entrent, 3 députés s’asseyent à la table, lorgnant le public. « Moi j’ai tout vu, je n’ai rien fait. Nous apprenons le décès de l’Assemblée Nationale ! (…) Nous souhaitons la reconstruire.(…) Nous allons nous présenter, honneur aux dames. Pour une démocratie vivante, il faut prendre le temps. Vous n’avez rien fait pour le peuple. Pourquoi ont-il tué Jaurès ? ».
Une actualité des plus vivante en ces temps où la démocratie peine à s’affirmer.

HAPPY TOGETHER Compagnie Non Négociable Besançon 8 octobre

Trois filles arrivent en voiture, elles installent un piano avec difficulté, se disputent pour la méthode. Laurence présente Véronique et Marie-Paule qui s’occupe de la lumière : « la jeunesse est en détresse, les enfant vont mal à Louvigner ». Des disputes incessantes qui font éclater de rire le public. entre Lili Douard, Inès Lopez et Sigrid Metatal. Elles veulent initier les enfants à la musique et leurs disputes ridicules semblent plutôt désespérées.

JEAN-PIERRE, LUI, MOI (189) Pocket Théâtre 8 octobre
De et par Thierry Combes

Ce sol décoiffant avait déjà été accueilli en résidence par le Théâtre de l’Unité au cours de la saison dernière (voir ce blog). Un joli dispositif circulaire en bois bloc a été construit, nous sommes assis sur de petit tabourets triangulaires plutôt inconfortables, avec une bonne visibilité. Thierry Combes évoque son enfance avec son frère Jea-Pierre handicapé. Il se sert des notes épinglées au dessus du bureau. Il s’agit pour lui de prendre la parole sur le handicap « avec des chaussures orthopédiques ». C’est son histoire qu’il raconte, aux côtés de ce frère qu’il interprète avec un naturel étonnant : »À quoi ça sert un frère handicapé, pourquoi ça m’amuse dans le fond ? (…) Mon frère ne regarde jamais la télé, il n’en a pas besoin pour être handicapé mental ! Il est handicapé, il n’est pas un petit peu autiste. On se demande s’il est pareil au foyer et à la maison. Juste au moment où j’ai allumé la télé, il a mis sa musique ! (…) Pour l’anniversaire d’Anthony, handicapé, on lui a servi du biscuit salé à la confiture de fraise ». Nous somme fascinés par ce dédoublement comique et spectaculaire d’un drame vécu dans cette famille.

PETITES PIÈCES D’URGENCE (190) 8 octobre

Joli mélange de professionnels et d’amateurs de la région. avec Fabien, Stanislas,, Pauline, Chantal, Vincent, Michèle…
« Qu’est-ce qui te fait sortir de ton trou, faire un pas de côté ?. Je me suis faite agresser, quatre mecs me sont tombés dessus, c’était des rebeus. Mon voisin Mustpha, il est bien, j’aurais dû intervenir, chaque acte est important. L’étranger d’aujourd’hui est l’autochtone de demain, pour les demandes d’accueil, il y en a trop. L’oubli n’est-il pas confortable. Il faut prendre le temps de perdre son temps, Choisir c’est renoncer, mais il faut choisir pour avancer. Pour se déplacer dans les 72 communes du Pays de Montbéliard, il faut chercher la simplicité…. »
LES CANCOYOTE GIRLS (191)
Complices depuis 5 ans du Théâtre de l’Unité, Clotilde Moulin, La Lue et Maguy Bolle nous régalent de leurs savoureuses chansons Franc-Comtoises.

INCULTURES Conférence Gesticulée, OCTOBRE BOUGE Théâtre 71 de Malakoff 4 octobre

par Franck Lepage

Longtemps consacré au Ministère de la Culture, Franck Lepage a tout abandonné pour se retirer en Bretagne pour se consacrer à l’agriculture. Il entre en scène en short avec un arrosoir et un poireau dans les mains. Il nous raconte ses déboires avec un naturel confondant : « Cette histoire de culture, c’est la révolution ! (…) les droits de l’homme, la limitation du droit de propriété, s’appellent le socialisme. Le capitalisme c’est le droit d’accumulation (…) Bourdieu nous a appris que l’école reproduit les rapports sociaux : 3% d’enfants d’ouvriers sortent des grandes écoles, il y a 30% d’ouvriers et dix millions de chômeurs en France, le cinquième pays le plus riche du monde ! (…) Les maisons de retraite coûtent de 3000 € à 6000 € ! ».

Après avoir évoqué ses déboires au Ministère de la Culture où il avait tenté de retrouver des traces de la défunte Éducation Populaire auprès de Mademoiselle Christiane Faure,institutrice résistante en Algérie pendant la dernière guerre, il nous entraîne dans ses échecs agricoles pour faire pousser sans succès divers légumes qui poussent très bien dans les jardins avoisinants.
Il évoque aussi avec humour les transformations du langage officiel. On parlait autrefois de cotisations patronales qui sont devenues des charges sociales. Cette privatisation rampante des politiques publiques nous menace tous.
Déjà vu l’an dernier dans le cadre de ce Festival de la rentrée à Malakoff, ce spectacle est toujours aussi savoureux.