CONSTRUCTION Studio des 3 Oranges Audincourt 20 avril

CONSTRUCTION (69) Studio des 3 Oranges Audincourt, 20 avril 

Crash test après une résidence d’une semaine de Thibault Gautier et Anne-Lise Huet

Les deux comédiens se lancent chacun de part et d’autre d’une paroi angulaire : « Cela ne va pas, tu vas te calmer, si tu m’humilies, je te défonce ! ». Elle : « Je vais partir ! ». Sur un grand écran au jardin, des images défilent, des photos de vacances en mer, les jours de la semaine, mercredi, jeudi, minuit : « Il me demande de passer l’aspirateur (…) Rends moi les clefs de la maison ! ». On voit un dessin de la vie familiale, été 1996 destination les Antilles. Anne-Lise se met au piano. « Les résultats scolaires, option bâtiment depuis tout petit (…) Il a encore frappé Hélène avec ses peluches (…) J’irai en vélo à l’école (…) Le jour où ma soeur est née, mon père pour la première fois m’a emmené au supermarché : Tu peux choisir ce que tu veux ». Il reste perplexe devant un mur de jouets. La salle de sports : »Oui je suis gay, oui je couche avec une fille, on est libres. (…) Huit ans de cours du soir et les samedis matins d’examens ».  On voit le film d’un mariage et d’une communion solennelle.

Après la représentation les spectateurs se livrent à une critique : Le rythme est à reconstruire, il faut moins expliquer, suggérer dans cette traversée d’une histoire. Anne-Lise Huet est professeur d’anglais, Thibault Gauthier ingénieur.

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FEDERATION DES ARTS DE LA RUE MARSEILLE 17 et 18 avril


Marseille 

14 maquettes de 14 apprentis en deux jours 

 dans 14 lieux, c’est le final FAIAR,

le marathon de la maquette 

On dit que ce sont des esquisses etc 

comme d’habitude 

les directeurs de CNAR et Festivals  sont à l’affût 

sait -on jamais… s’il y avait une perle ?

D’autres viennent pour dénigrer… 

Et quoiqu’il  en soit l’hypocrisie est de mise 

On applaudit même quand on n’en n’a pas envie 

on fait dans le compliment plat. 

Merci beaucoup. 

Très bien

Parfois même vingt minutes peuvent nous paraître  longuettes 

On a vu défiler  tous les styles 

Cette année on a eu  en vrac 

les Castelluci 

 les Fellinis 

Les Despentes 

les poétiques 

Les façon  Artaud 

les sans textes 

les trop de textes 

les ésotériques 

Les obsessionnels 

les personnels 

les “j’ai peur de la fin du monde “ 

les  “l’amour   sauvera le monde “ 

on a vu toutes sortes de lieux 

les hangars de la cité des arts de la rue 

le parking souterrain d’un hôtel de luxe  le Toyokoto

une rue  en pente de Belsunce, les petites Maries je crois 

le parvis d’une église  de Cucuron 

un petit théâtre écrin plein de charme le théâtre de l’oeuvre

Parfois  ce fut pour une jauge de 19 personnes 

parfois pour 300

Les pros à la terrasse des cafés ou à table faisaient malgré eux des classements et bavassaient 

 A chaque fois on dit pareil …trop de solos 

A chaque fois on dit : ce n’est qu’une maquette 

Hervée de Lafond, la marraine et fière de son titre avait prévenu : vous allez jouer devant des hyènes et j’en suis une  et pas la moindre.  

Les hyènes s’attablaient ensemble par catégorie, les CNARS avec les CNARS, les anciens apprentis avec les anciens apprentis, les historiques avec les historiques. 

J’étais souvent d’accord avec Fred Michelet et Dominique Clerc le dramaturge, 

Jean Pierre Marcos, l’ex d’Amiens et le président d’Artcena était comme d’habitude généreux et ouvert 

Parfois je sentais Gwenaelle d’Artcena décontenancée, je lisais dans ces yeux ses réserves, les inspecteurs du Ministère ne lâchaient pas une once de leurs pensées. 

La présidente de la FAIAR, la très distinguée Laure n’est restée qu’un jour, j’ai trouvé cela dommage, car pour se faire une vraie idée de la promotion il fallait les deux jours. 

On entendait la marraine Hervée murmurer : “je vais leur souffler dans les bronches, je veux du propos, il n’y  pas de propos”. Et puis d’un seul coup elle a lâché  : là ouiiiii, là je dis oui….

il était 16 H 55   on est sorti du festival de convulsions et de souffrances,  un certain César Roynet  est apparu. C’était fort, clair,  simple, énergique, drôle, rempli d’auto -dérision et de tendresse, et quand à la fin peinturluré en noir  il vint embrasser le curé  africain de l’église devant laquelle il avait joué, l’émotion était maximale. 

Ce qui s’est passé ensuite, j ’ai honte de  le raconter. 

J’ai pris  Morgane après sa présentation  dans mes bras et j’ai pleuré sans pouvoir m’arrêter. 

Depuis la mort de Ghislaine Roche du CSC d’Amiens   et de ma soeur Annie, il y a quatre ans, je n’avais pas pleuré. 

Mais c’était des flots de larme, comme si un barrage avait cédé. 

Jamais cela ne m’était arrivé devant un spectacle.

Elle parlait de ses origines algériennes et des galettes de semoule que sa grand -mère faisait à merveille, elle souriait, aucune nostalgie dans ses propos, elle était lumineuse.

Alors pourquoi ai je craqué ?  Pourquoi  l’ai je serrée quasiment aussi fort comme on le fait dans les enterrements. 

J’avais revécu la  petite madeleine de Proust : “à l’instant même ou la cuillère mêlée des miettes du gâteau toucha le fond de mon palais, je tressaillis  attentif à ce qui venait de  se passer d’extraordinaire en moi”. 

Toute la mémoire olfactive des mes origines russes m’avait envahi, 

ma mère, ma grand mère étaient remontées d’un seul  coup travers  ces galettes de semoule qui s’étaient pour moi transformées en blinis, ces blinis qui dès que j’en fabrique me jettent dans un état second  comme si  la vie triomphait de la mort. 

Faut il émouvoir  ?   est ce le but du théâtre ? Je pose la question à ma voisine. Elle me répond : bien- sûr le théâtre doit émouvoir par les rires ou les larmes. 

Finalement nous sommes tels  des serrures,  les spectacles sont des clés, certains ouvrent toutes nos portes, nous fissurent d’autres n’y parviennent pas et nous lassent insensibles. 

Je n’étais pas le seul ému, heureusement. Mais quasiment abasourdi par cette réaction incontrôlable 

On était à Cucuron. Johnny a fait lire  un communiqué. Il devait jouer à Marseille, mais on lui avait prescrit des conditions de sécurité si contraignantes, qu’ennemi des barrières et des fouilles, il avait décidé de jouer dans ce village en toute liberté. 

L’atmosphère était délicieuse. 

Un spectateur s’exclama, ici ça respire l’amour.  Une spectatrice s’enthousiasma, mais bien sûr, rien n’est supérieur à l’amour,  et dans un nuage de fumée Johnny apparut en Cupidon:  mes chéris mes agneaux, et en une minute chrono  tout le public  formait des grands cercles en se tenant par la main , même le maire, et l’inspectrice du ministère, Johnny nous faisait  faire un exercice de participation amoureuse sans précédent. Il nous avait  tous embarqué. 

Hervée avait vite reconnu dans la fausse spectatrice notre petite Audrey Lopez qui lycéenne faisait du théâtre avec nous. retrouvailles: Audrey, c’est toi ! 

Romaric Matagne, directeur du grand ménage de printemps  se régalait, Antoine le Menestrel était accroché sur le haut du clocher de l’Eglise, Maya servait son tajine, le rosé coulait à flot. 

Jean Sebastien Steil le directeur de la FAIAR me glissa :  je n’ai pas parlé de Crespin, mais tu as bien vu qu’il était là au milieu des débordements d’amour.

Hervée répétait en boucle : l’immersion des apprentis dans ce village a été fondamentale,  c’est ça la rue, vivre en harmonie avec des habitants, ça donne cette qualité inestimable. 

L’image de César serrant le curé dans ses bras

 me poursuivait. 

Le théâtre de rue c’est  cette immense affection pour le quotidien, les gens simples, la vie. 

Les apprentis ont dansé toute la nuit, 

et le lendemain, la marraine leur a fait ses remontrances et ses retours, sans doute à sa manière fantassin de Napoléon. 

C’était une séance à huis clos 

je n’y étais pas 

J’ai dit à Hervée : c’est ta vérité, avec tes valeurs, ce n’est pas LA VERITE 

le théâtre c’est comme ça, il y autant de façons de le percevoir que de grains de sable à Deauville

Mais alors à la FAIAR, on y apprend quoi ? quelle vérité ?

Ce ‘est que le début de l’histoire, on me fait savoir que l’on va retrouver les 14 apprentis en octobre à l’Unité  … 

Hors FAIAR

Jacques Livchine plus exercé que la moi pour ce blog 

KAPOUCHNIK n° 138 Studio des 3 Oranges Audincourt 13 avril


C’est le dernier Kapouchnik de la saison, car il fait trop chaud dans la salle à partir du mois de mai. Douze comédiens rompus à l’exercice avec le retour de Christophe Allwright qui n’était pas venu depuis longtemps. Douze sketches avec Youssri El Yaacoubi en Castaner , en dictateur du Soudan dans Rwanda 94 bizarrement hilarant, Francoua Garrigues en diable et Catherine Fornal déchaînée dans Résister à la tentation. La salle bourrée comme d’habitude leur fait un triomphe.

Les locations sont prises d’assaut une demi heure après l’ouverture par téléphone. Prochain kapouchnik le samedi 28 septembre 2019 à 20 h 30.

Tél 03 81 34 49 20

L’ATLAS DE L’ANTHROPOCENE : à la recherche des canards perdus Monfort Théâtre 10 avril


De et par Frédéric Ferrer, Vertical Détour

Ce recueil ironique de cartographies a été lancé par Frédric Ferrer en 2010. C’est une série de conférences sur le réchauffement climatique, de vraies fausses conférences interprétées par le metteur en scène. armé par un grand écran, un vidéo projecteur, un chevalet avec une surface blanche effaçable.

Une projection de la banquise : »La glace a diminué plus que ce qu’on avait prévu. C’est le moteur de la climatisation mondiale ! Nous n’avons aucun moyen de voir ce qui se passe sous la glace. Il faut faire appel à la NASA pour récupérer les informations. Ils ont envoyé six sondes qui n’ont pas été retrouvées, d’où l’idées de les remplacer par des canards jaunes en plastique. En 2006, un canard a été sauvé du naufrage. 90 canards ne peuvent franchir un barrage. 27 ans de dérives, le canards ont été jetés en septembre 2008 ! J’ai mené mon enquête. ». Au tableau, il fait une improbable démonstration sur les chemins parcourus par les canards. La démarche scientifique échoue, l’expérience de la NASA est un échec total. 15 degrés de réchauffement climatique sont bien à l’oeuvre. Le but de l’opération est de légitimer la présence américaine sur le territoire pour accaparer les ressources minières ! ».

 L’agilité ironique de Frédéric Ferrer nous tient en haleine. On pourra assister aux 4 autres cartographies jusqu’ai samedi 20 avril au Monfort Théâtre jusqu’au 20 avril  à 19 h 30.

Tél 01 56 08 38 88 

ZAUBERLAND Théâtre des Bouffes du Nord 9 avril


Musique de Robert Schumann et Bernard Foucroulle, Texte de Henrich Heine et Martin Crimp, mise en scène Katie Mitchell, avec Ben Clifford, Natasha Kafka, Raphaël Zari, au piano Cédric Tiberghien.

Ce pays enchanté relie les terribles migrations forcées de notre époque, notamment issues d’Alep en Syrie, et celles vécues par Heinrich Heine qui ne put échapper aux attaques antisémites pendant toute sa vie, malgré sa célébrité avec ses Dichterliebe, quintessence du romantisme allemand.

Julia Bullock appuyée au piano, chante, deux hommes lui enlèvent son manteau, elle en embrasse un, le serre dans ses bras. L’homme s’allonge, il est recouvert d’un suaire qu’on arrache. On ne cesse d’habiller et de déshabiller la chanteuse, qui s’assied entre ses partenaires. On lui offre un bouquet, on apporte deux arbres en pot. Difficile d’écouter la musique et de saisir les paroles projetées de part et d’autre du plateau en allemand et en Français. Une phrase terrible « Je me suis excisé l’âme et je l’ai jetée par là ! ».

Un vrai régal musical qui reste un peu obscur quant à sa théâtralité.

Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 14 avril, Tél 01 46 07 34 50

L’AMOUR EN TOUTES LETTRES questions sur la sexualité à l’Abbé Viollet Théâtre de Belleville 8 avril


Mise en scène Didier Ruiz avec 10 acteurs en alternance, les lundis à 21 h 15, les mardis à 19 h 15

C’est la 384e représentation de ce spectacle que Didier Ruiz avait conçu en 1996 en découvrant un recueil de lettres  de femmes désireuses de respecter les consignes de l’Eglise dans leurs vies sexuelles pendant les années 1930. Onze comédiens se relaient les lundis et les mardis jusqu’au 28 mai, pour proférer ces lettres restées sans réponse retrouvées au Sacré Coeur.

Le 16 octobre 1939, une employée de bureau qui avait un projet de mariage, l’avait consommé avant d’être abandonnée. « J’ai été malade et le suis encore ! ». Une autre qui avait déjà 8 enfants ne savait comment se soustraire à la concupiscence de son mari qui ne voulait rien entendre : « il faut être une sainte pour observer la loi ! ». La méthode Ogino est faillible !

« Dans les couvents on élève les filles beaucoup plus pour en faire des bonnes soeurs que de bonnes épouses ». 

3 janvier 1935, 3 garçons, 3 filles : « Quel dommage que les hommes ne puissent se marier entre eux. Sans le secours du vin, mon amour pour les jeunes gens devrait reprendre ! ».

Une fille : « Je deviens aux trois quarts folle, mon mari me dit qu’il prendra immédiatement une maîtresse car il ne supporte pas de s’abstenir ! ». Un autre : « Je porte le 11e et mon ainé a 13 ans  (…) Il me déclara que j’étais la cause des fautes de mon mari (…) Le 10 mars 1931 , croissez et multipliez vous, tout pour l’homme, rien pour la femme, la femme est à la merci de l’homme !». 

Ces lettres hallucinantes énoncées avec un beau talent, nous plongent dans le passé lointain de nos premiers émois. Le catholicisme, religion misogyne avait déjà fait des dégâts, quand on ne parlait pas encore de prêtres pédophiles 

Théâtre de Belleville jusqu’au 28 mai tel 01 48 06 72 34

C’EST SIGNE IVT 6 avril


Spectacle trilingue dans et musique, écriture et mise en scène et jeu Barbara Boichaut, avec Maggy Dupa, Bachir Saïfi, Yoann Lebroc, Thumette Léon, Goran Juresix, Rosemary Lejay, Sylvie Gubinski 

Joyeux spectacle que C’est signé, interprété par des acteurs qui mélangent l’expression orale et la langue des signes, la musique et la danse. Deux danseurs, deux comédiens et un musicien répondent à une commande de spectacle sur la Renaissance. Ils jouent avec une belle célérité et l’on ne parvient pas toujours à repérer les malentendants de ceux qui entendent. Comment font ils pour danser aux rythmes des musiques qui ne leur parviennent pas ? C’est une belle réconciliation urbaine et IVT est un lieu de joie chantée et silencieuse.

IVT 7 cité Chaptal 75009 Paris, jusqu’au 14 avril, jeudi à 19 h, vendredi et samedi à 20 h, dimanche à 16 h, tel 01 53 16 18 18