LA PAROLE ERRANTE A LA MAISON DE L’ARBRE DE MONTREUIL 13 novembre

Trois soirées sont consacrées à la Parole errante, créée par Armand Gatti disparu l’an dernier, après une vie de combattant. Jean Jacques Hocquard son compagnon de toujours accueille Gabriel Garran qu’il a connu il y a des lustres au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Hocquard avait fondé une revue avec Lucien Attoun qui fait partie de la maigre assistance d’une vingtaine de personnes dans cette grande salle un peu froide. Garran avait monté Coriolan.

Stéphane Gatti intervient : « Mon père avait été arrêté. Notre rapport était resté familier, il y avait des femmes, des enfants et des chats, il n’était jamais seul avec son verbe et son corps On se retrouvait très vite. avec lui en état d’exception. »

Gabriel Garran :. « Il voulait écrire pour transformer le passé, c’était un écrivain internationaliste, il a joué un rôle conséquent dans l’ouverture du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. . Il nous a lu le texte de Chant public devant deux chaises électriques, j’ai beaucoup aimé ce texte, c’était un auteur dissident engagé ! Un 25 juin, il a eu trois parrains Jean Dasté, Gabriel Garran et Antoine Vitez, son théâtre est un théâtre d’affrontements et de débats. Quand j’ai fondé le Théâtre International de Lanque Française, c’était avec Gatti en premier avec La passion du général Franco qu’il avait créé à Toulouse. Un peu plus tard au TILF, nous avons accueilli Kateb Yacine. Pendant trois ou quatre ans, je présentais un texte tous les mois, j’ai produit avec Monique Blin L’Enfant Rat. C’était comme le studio de Méliès à la fin du XIXe siècle, Armand était un personnage fantastique. Sa diffusion s’appelle La parole errante.. L’âme humaine, c’est une représentation de Gatti. Il faut considérer la Parole Errante comme un flambeau erratique.
Je l’ai connu dans un bistrot rue de Charonne, nous avions rendez vous avec Pierre Meyrand qui n’est pas venu., nous avions passé la soirée ensemble. Il était dans un moment important ayant reçu le prix Albert Londres. Il avait interviewé Marlon Brando pour Jours de France en 1959, on le rapprochait de Vilar qui avait créé Le crapaud buffle. Gatti m’a présenté des textes, l’actualité l’intéressait, il voulait écrire le théâtre de son temps, c’est ainsi qu’il a écrit L’enfant rat.
Mon père a été arrêté, j’ai fait le concours des jeunes compagnies, notre rapport est resté familier. Il y avait chez lui des femmes, des enfants et des chats. Il n’était jamais seul avec son verbe, avec son corps, on se retrouvait très vite aves lui en état d’exception : « J’étais, je suis, je serai ! », il voulait écrire pour transformer le passé, c’était un écrivain internationaliste, il a joué un rôle conséquent dans l’ouverture du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Il nous a lu le texte de Chant public devant deux chaises électriques, c’était un auteur dissident, engagé. qui écrivait un théâtre d’affrontements, de débats. Quand j’ai fondé le Théâtre International de Langue Française, c’était avec La Passion du Général Franco. Bien plus tard au TILF, nous avons publié Kateb Yacine. Trois ans plus tard j’ai présenté Les rayons de l’an 2000 et j’ai co produit avec Monique Blin L’Enfant Rat ! J’ai assisté à sa toute dernière rencontre.

Stéphane Gatti : Les trajets de mon père sont de grands trajets d’écriture. En 1966 Gabriel Garran monte L’Instruction de Peter Weiss, je vois ce spectacle, j’ai 16 ans, je suis surpris par cette écriture théâtrale, je dis à Gabriel Garran : »vous avez copié Gatti ! » Or Erwin Picador avait monté ce texte en posant les principes d’écriture. Tout le travail de Gatti, c’était de chercher des outils pour reconstruire le monde. Sa théorie du théâtre documentaire lui permettait de construire l’imaginaire de l’après. Les principes de Picador sont restés des invariants de l’écriture de Gatti, on a l’impression de lire un scénario.
Lucien Attoun a fondé Théâtre Ouvert sur les principes de l’écriture, il a fait un grand travail de recherche iconographique, un travail documentaire exhaustif, il a documenté la parole poétique performative comme « le mot chien aboie-t-il « .
Peter Weiss avait publié L’esthétique de la résistance, on se souvient de Marat Sade et de L ‘Instruction.
Il n’y a ni biographies, ni bibliographie à la Parole Errante, il faut rassembler des moments d’histoire. Gatti était anarchiste dans une banlieue communiste Montreuil. Pendant un an il y a eu des ateliers de lecture en Seine Saint Denis, « une fois le livre fermé, tout est donné à faire ».

Gabriel Garran : « j’ai passé des vacances avec Peter Weiss, le même jour en Allemagne, 14 théâtres le jouaient. Dans ma mise en scène de L’Instruction, les mêmes acteurs jouaient les nais et les déportés! »

Valérie Bousquet lit un poème de Gatti « Nous vivons des centaines de vies à la fois et nous ne nous souvenons que d’une seule ! »
Gatti : « Si nous écrivons, c’est toujours dans l’espoir de renaître dans un autre monde »

On nous projette un film de Gatti intitulé INRI : Intellectuel Nocif Révolutionnaire Immigré. Je morigène, je m’horripile. Le théâtre documentaire a eu 18000 spectateurs dans les années 70.

On projette un film sur Jack Ralite parlant de Jean Vilar et d’Armand Gatti : »Il n’y a pas d’ordre du théâtre, il y a d’abord un désordre, je pense la même chose en politique ». Skier au fond d’un plat disait Ralite comme Michaux, Margarethe Von Trotta, Camille Claudel.

Une soirée décapante, deux autres ont suivi les 15 et 16 novembre rue François Debergue à Montreuil métro croix de Chavaux à 20 h

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MEET FRED Le Mouffetard Théâtre des arts de la marionnette 13 novembre

MEET FRED (180) Le Mouffetard théâtre des arts de la marionnette 13 novembre

Cies Hinjix Theatre and Blind Summit dans le cadre du festival Imago-Théâtre et Handicap
Mise en scène Ben Petitt Wade, scénographe Gareth John, manipulation et voix de Fred Dan Mac Gowan, interprétation Morgan Thomas, Sam Harding, Jess Mabel Jones, Lindsay Foster, Richard Newnam.

Deux compagnies britanniques Blind Summit spécialisé dans le Bunraku et Hinjix dans le handicap se sont associées pour créer pendant deux ans ce spectacle émouvant , sans que jamais le mot de handicap soit prononcé. Fred est une marionnette à tiges aux formes très simples, une tête en petite boule de chiffon, des bras et des jambes en tiges de bois, animée par trois manipulateurs, décline avec un humour très britannique, ses difficultés pour se mouvoir dans la vie. Une carte dessinée sur ses parcours surplombe le plateau, le texte ironique joué par les acteurs en anglais est sur titré en français. Fred se débrouille comme il peut, il est malin, même quand perd ses jambes, il parvient à s’en sortir. Une très belle émotion envahit la salle bourrée de lycéens de seconde, d’abord bruyants puis figés dans l’émotion et les rires discrets. Cette tournée est dédiée à Martin Wick, clown renommé qui avait fait partie de la distribution et qui est mort d’une attaque en 2016.

@hinjixtheatre/ info@hinjix.org.uk

PIANO PARADISO Théâtre des Déchargeurs 12 novembre

Spectacle conçu par Alain Bernard et Gil Galliot, jeu Alain Bernard

Alain Bernard est assis au piano, il bat la musique sur une oeuvre de Georges Delerue. Il commente la taille des pianistes et des compositeurs de musiques de films. Il reçoit l’appel d’un commanditaire : « Un maximum d’inspiration pour un minimum de pognon ! ». Le piano électrique chauffe la salle, il faut rendre hommage aux maîtres des classiques. Il joue un prélude de Chopin écrit en 1835 à Majorque. Le public tape dans ses mains. «  J’étais pas un élève exemplaire au cours de ces interminables auditions pour les parents. J’adorais les mélodies d’Elton John et de Paul Mac Cartney. « Il joue Michel Fugain, Michel Berger, Polnareff, des oeuvres populaires que le public puisse reconnaître, « même si vous ne connaissez pas le film, vous connaissez la musique, dans la pub, y sont jamais contents (…) Comment faire pour être dans la peau d’un chef d’orchestre ?, je me demande si vous n’êtes pas entrés dans l’orchestre par piston ? (…) Une autre activité m’a permis de gagner ma vie, c’est le piano bar (… ) Camille Saint Sens en 1908, Claude Debussy et ses belles arabesques, Fauré et sa pavane. Charles Henri Pérlissier né en 1908 avait un père forgeron et une mère musicienne ». Il voyage dans les chansons populaires…
Alain Bernard a une longue carrière derrière lui, il a composé beaucoup de musiques, travaillé à la radio et dans de nombreux théâtres, écrit des musiques de films et créé Piano Rigoletto qu’il a joué pendant 6 ans. Gil Galliot qui a créé une soixantaine d’oeuvres théâtrales l’a aidé à construire ce seul en scène qui reconstitue sa carrière dynamique.

Théâtre des Déchargeurs les lundis à 19 h 30 jusqu’au 17 12 tel 01 42 36 00 50

ON CHANTAIT A L’ARRIERE AU FRONT 1914-1918 Salle des fêtes de Sainte Suzanne 10 et 11 novembre

Mise en scène Hervée Delafond et Jacques Livchine, chorale Choeur à Choeur et les enfants de l’école, dirigée par Véronique Mettey accompagnement piano Julie Chamouton, accordéon Daniel Bordy

« On chantait de l’arrière au front ! ». Douze enfants sur le plateau agitent de petits drapeaux tricolores. Sur les murs il y a des guirlandes de drapeaux, des photos de militaires, au fond de la salle des batailles, Verdun , Craonne… Au bord du plateau des drapeaux tricolores lacérés. Hervée explique la guerre aux enfants, les 35 nations qui se battaient, ont fait 11 millions de morts. La chorale costumée entre en scène, plus d’une quarantaine de vieux d’un âge respectable, ils chantent la Madelon qui sert à boire.. On annonce que Fernand qui avait disparu depuis des mois est décédé. On fait la queue pour embrasser sa femme. Les enfants chantent la Marseillaise de la paix, puis It’s a long way to Tiperary. On entend des bruits de bombes, une femme annonce les disparus. On chante Adieu la vie, Adieu l’amour, Adieu toutes les femmes…

Et ces dames, qu’est ce qu’elles faisaient pendant la guerre ? On a dû remplacer les hommes ! Est ce que des hommes refusaient d’aller à la guerre ? La guerre est une boucherie, il y avait très peu de bourgeois qui étaient au combat. On voit défiler toute la troupe, des hommes il en faut toujours. Les enfants sont au centre, un mort est couché sur les genoux d’une femme. Tout le monde chante accompagnés par des percussions. Les vieux s’asseyent pour regarder les enfants : « Vous êtes l’avenir, nous sommes le passé. ».
On évoque l’effroyable traité de Versailles qui a détruit le monde en partageant l’Europe et le Moyen Orient d’une manière inique. Tout le monde danse, on brandit les drapeaux tricolores déchirés. La chorale dirigée par sa cheffe qui les a fait travailler subtilement depuis des années leur fait entonner « Quand les hommes vivront d’amour ». Une salle bourrée pour cette très belles soirée pleine d’émotion devant cet engagement troublant élaboré par cette chorale qui travaille depuis 2 ans sur ce spectacle.

RETISENS Studio des 3 Oranges Audicourt 9 novembre

Spectacle en cours d’élaboration Advance compagnie

Deux danseuses Soubaira Alami et Angela Lanori s’étreignent. L’une porte l’autre en travers de son épaule, elle a les yeux cachés par son bras. Elles sont face à face. La porteuse enlève son collant, elle maquille l’autre, lui enlève son foulard. Elles dansent en souriant voluptueusement sur une musique de musette de plus en plus rapide. Collées face à face, l’une d’elle s’écroule. L’une collée au dos de l’autre, elles avancent lentement jusqu’à un pantalon et une veste que la première enfile. L’autre monte sur son dos et glisse par devant. Elles s’habillent et se déshabillent, posent des vêtements sur des spectateurs. Elles gesticulent, s’affrontent dos à dos et sur les épaules.
Ce spectacle d’une belle sensualité, encore en devenir a été entrepris en 2016, présenté à Morteau et à Belfort en 2017.

HISTOIRE INTIME D’ELEPHANT MAN, Théâtre du Rond Point 9 novembre

Texte, conception et interprétation Fantazio

Fantasia, nous l’avions vu que comme contrebassiste surprenant et déchaîné dans La nuit unique et Le Parlement du Théâtre de l’Unité. Au Théâtre du Rond Point, c’est un acteur inventif qui arrive avec un léger retard, s’assied très sérieux à sa table, bégaye et s’arrête : « J’en fais une carte à jouer de la personne, je la replie et la ressors après un an ou deux ! ». Il se lève fait des allers et retours : « Par des petites phrases, on rend le réel un peu plus plat ». Il rugit dans le micro : « Quelle joie de savoir qu’en grec ancien, obélisque veut dire cure dent ! (…) C’est vers le sol qu’on trouve le soleil (…) Le Cantal, c’est des vieilles montagnes, ce que j’essaie de faire chaque matin, c’est de recoller les morceaux… » Il parle hollandais dans le micro, fait un numéro de claquettes assis. « Je serre les dents pour ne pas perdre le fil ! » Il traverse le plateau en hurlant, se cogne à une chaise, un seau et une échelle. « C’est peut être pour ça que dans le TGV, on entend les parents qui interrompent le silence ». Il mime un instituteur de campagne du moyen âge à la renaissance, marche de long en large, décrit un tableau, fait des moulinets avec ses bras. « Je ne suis plus qu’une montagne de tranches d’expériences, impossible pour les étrangers. » Il imite les accents : « En quechua des une twingo, il ne peut rien vous arriver ! ».Il hurle dans son micro, s’assied sur les genoux d’un spectateur, prend un ton pontifiant pour évoquer des villes, Paris, Limoges, Tokyo, fait un numéro de claquettes assis à sa table en lisant un texte.

On est fasciné par cet étrange et très sérieux monstre de foire que nous n’avions jamais vu que comme extraordinaire improvisateur musical. Fantasia, depuis 2010 a participé à 5 spectacles musicaux, 7 de théâtre, 6 disques, 3 films, une émission de radio et un roman cette histoire intime d’Elephant Man que nous venons de voir.

Théâtre Rond Point jusqu’au 2 décembre à 20 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche les lundis et le 11 novembre, tel 01 44 95 98 00

IVANOV Théâtre de l’Athénée 7 novembre

D’Anton Tchekhov, mise en scène Christian Benedetti

Christian Benedetti a entrepris de monter l’intégrale des pièces de Tchekhov, il a déjà monté La mouette et Oncle Vania, Les trois soeurs et La Cerisaie que nous avons vues à Alfortville. L’accueil d’Ivanov à l’Athénée est un événement opportun avec une belle distribution de 13 acteurs complices du metteur en scène. Tchekhov qui avait modifié cette pièce conçue en 1887 sous la pression de la critique, écrit en 18888 : « Pour dépeindre la lune (le héros principal, il convient de tracer l’ensemble des petites étoiles qui l’entourent. C’est par rapport au voisinage que la lune prend son importance et que le sens s’éclaire. ».

La femme d’Ivanov Anna Petrovna est malade, elle décide d’aller retrouver son mari qui est enlacé avec Sacha. Une scène atroce éclate, Ivanov ne peut s’empêcher de dire à Anna qu’elle est perdue. Après sa mort, c’est au tour d’Ivanov de disparaître un an plus tard. Malgré une interprétation magistrale et un décor manipulé à vue par les acteurs, on est un peu perdus dans la forêt des 13 personnages de cette pièce plus rarement montée.

Théâtre de l’Athénée à 20 h jusqu’au 1e décembre 2018