LE PONT DU NORD L’Echangeur de Bagnolet 15 octobre

Un spectacle de Marie Fortuit avec Munira Tarbouch, Antoine Formica, Marie Fortuit, Damien Groleau, production du CDN de Franche Comté avec de nombreux autres coproducteurs.

Devant un grand rideau trois pots de fleurs et un autre petit. Un piano au jardin, à la cour une table avec une plaque chauffante. Il y a des fuites d’eau qui tombent du plafond, une fille se met en dessous, se laisse mouiller : « Je t’attends, Tante Sidonie est partie, Costa mon dernier amour, elle est partie avec Tante Sidonie ». Elle décroche un téléphone : »Je suis à l’aéroport, vol XYV, Octave, tu es là ? ». On entend le piano, des gouttes tombent à deux endroits. Elle dépose des bouquets, éparpille les fleurs. « Bonjour, je regarde la télé ». Elle raconte une histoire, on entend un dialogue bizarre, on chante dans le micro. « Je travaillais dans un dépôt de parapluies, tu as la clef ?. » Nouvelles fuites, « Je te laisse, je te quitte ! ». On trouve la clef dans le seau…

Difficile de trouver la clef de cet étrange spectacle accompagné par le pianiste Kosta qui remplace Armel Veilhan, avec les chansons populaires de Schubert et Beethoven, dans les souvenirs déformés de la mémoire. Des images dont on cherche le sens. Une citation de Kundera peut nous éclairer : « Nous traversons le présent les yeux bandés, tout au plus pouvons nous pressentir et deviner ce que nous sommes en trin de vivre? Plus tard seulement, quand est dénoué e bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons les sens. »

On peut aller découvrir ce spectacle énigmatique jusqu’au mercredi 23 octobre à 20 h 30, relâche dimanche 30 à l’Echangeur de Bagnolet tel 01 43 62 06 92 

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AN IRISH SRORY Théâtre de Belleville 14 octobre

De et avec Kelly Rivière à partir de musiques, de livres et de photographies

C’est un vernissage : « A Calais tout disparaît ! ». Une femme est assise devant des photos avec une pile de livres : »Tout est parti, mais oui, j’ai tout oublié ! (…) Je craque complètement pour Hans, un réfugié palestinien qui ne viendra pas ».(…) Je suis tombée amoureuse de Fred, mon grand père a disparu. (…) Peter, il partait pendant des jours, des mois, des années. Il aurait 80 ans » .  Elle est à la recherche de ses origines, cherche son père disparu en Irlande. Nous sommes égarés avec elle dans cette étrange recherche où elle joue trois personnages avec un impeccable accent Irlandais.

Théâtre de Belleville jusqu’au 30 décembre, lundi, mardi à 19 h, dimanche à 20 h 30 (horaires d’octobre) tel 01 48 06 72 34

Théâtre de Belleville jusqu’au 30 décembre, lundi, mardi à 19 h, dimanche à 20 h 30 (horaires d’octobre) tel 01 48 06 72 34

Electre des bas-fonds, mise en scène de Simon Abkarian

 

29 septembre, 2019 | critique | philippeduvignal | Pas encore de commentaires.

Electre des bas-fonds, texte et mise en scène de Simon Abkarian

©photo Antoine Agoudjian

©photo Antoine Agoudjian

Un spectacle du Théâtre du Soleil pour la première fois signé par un autre metteur en scène qu’Ariane Mnouchkine, la directrice et dont Simon Abkarian a été longtemps le collaborateur.  « Il revient, le bienvenu, dit-elle, dans nos murs qui ont vu, en lui, l’acteur s’épanouir. Avec une histoire épouvantable de vengeance têtue qui aurait pu finir autrement, s’il n’y avait pas ce terrible mauvais choix qui préside à toute tragédie. grecque ou pas. Antique ou moderne. Leurs mauvais choix, ou pire, le nôtre. Venez, venez le voir, lui et ses amis. Et puis, ne dit-on pas qu’assister à une tragédie au théâtre, enseigne à éviter de la subir dans la vie ? »

C’est une pièce avec une importante distribution dans la lignée des spectacles du Soleil: quatorze comédiennes et six acteurs-danseurs. Cela se passe dans le quartier le plus pauvre d’Argos en Grèce, le premier jour du printemps, celui où on célèbre la fête des morts. « Prostituées, serveuses, esclaves, tous se préparent pour le grand soir, dit Simon Abkarian. Les meilleurs musiciens sont là. Mais la fête va se refermer comme un piège sur Clytemnestre et son amant Egisthe. Électre des bas-fonds est conté comme une fable, mais à l’envers et le chœur donne sa puissance aux histoires individuelles. Rock’n’roll et blues sont les poumons du récit. La danse, elle, continue là où s’arrêtent les mots. »

 Oreste est un jeune homme déguisé en fille avec de longues tresses. Il revient en Argos pour venger son père Agamemnon,  assassiné par Egisthe l’amant de sa mère Clytemnestre qui voulait se venger que le roi ait sacrifié aux dieux  sa fille Iphigénie, pour déchaîner des vents favorables afin que les Grecs puissent aller en bateau  raser  la ville de Troie. Oreste, suivi de son fidèle Pylade, n’est pas reconnu par sa sœur Electre: elle fait partie d’un chœur de prostituées et d’esclaves qui dansent  somptueusement sur une  musique écrite et jouée par le trio des Howlin’cJaws…

Oreste se lamente « J’en ai assez de me fuir moi-même. Apollon me présente une dette que je n’ai pas contractée.  » (…) « Nous nous embrasserons sur les cadavres de nos enfants. Les puissants ne tiennent jamais parole.» Malgré tout, Oreste parviendra au bout d’un long parcours, à réaliser sa vengeance.
Un beau spectacle.

Edith Rappoport

Jusqu’au 3 novembre, Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne). T. : Individuels : 33 (0)1 43 74 24 08 (tous les jours de 11h à 18h)
Collectivités : 33 (0)1 43 74 88 50 (du mardi au vendredi de 11h à 18h)

Le texte de la pièce est publié par Actes-Sud Papiers.

Le Malade imaginaire de Molière, mise en scène de Claude Stratz

Posté dans 29 septembre, 2019 dans critique.

 Le Malade imaginaire de Molière, mise en scène de Claude Stratz

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Disparu en 2007, Claude Stratz reste en vie avec cette très belle mise en scène qui a déjà eu cinq cent représentations notamment aux Etats-Unis et en Chine. Bien entendu depuis sa création, la distribution a changé mais elle reste toujours aussi impeccable.

Argan obsédé par ses maladies diverses, veut marier sa fille Angélique à Thomas Diafoirus, fils de son médecin pour, espère-t-il, se faire soigner sans problème. Sa femme Béline, attend sa mort avec impatience pour profiter de son héritage. Mais heureusement, son frère Béralde parviendra à dévoiler toutes les machinations ourdies contre lui et Angélique parviendra à épouser son Cléante.  Argan finira sacré lui-même médecin.

 Il est assis sur son trône blanc de malade impressionnant qui se relève en dais au dessus du plateau. Il triomphera de sa maladie imaginaire, grâce à la complicité de Toinette qui se déguisera  en médecin.  La pièce est mise en musique par Marc Olivier Dupin et chorégraphiée par Sophie Mayer. La troupe de la Comédie Française, comme l’affirme Eric Ruf, est une école d’humilité, avec une passation de rôles: de de grands spectacles exceptionnels comme celui-ci vivent bien au delà d’une exploitation normale salle Richelieu.

Spectacle joué Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). T. : 01 48 13 70 00

Sartrouville, Chaville, Rueil-Malmaison, avant une reprise au Théâtre Marigny.

Le Cri de la Pomme de terre du Connecticut de et par Patrick Robine, mise en scène de Jean-Michel Ribes

Posté dans 5 octobre, 2019 dans critique.

Le Cri de la Pomme de terre du Connecticut de et par Patrick Robine, mise en scène de Jean-Michel Ribes

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Grand interprète animalier, naturaliste et botaniste, ce poète-acteur avait déjà été accueilli au Théâtre du Rond-Point où il avait présenté La Danse du séquoia, Le Naturaliste, Le Zootropiste, La Ferme des Concombres. Il  se déclare heureux d’y revenir…

Il arrive en kimono et  nous détaille la vie de trois cent vingt espèces de pommes de terre. Il imite la Roseval à l’étouffée ou la précoce Belle de Fontenay. En Espagne, il rencontre un élan: « C’était un bel élan ; un mâle exceptionnel avec un trophée de plus de deux mètres cinquante d’envergure ! Je l’ai rencontré en Espagne à trois heures du matin… À la sortie d’une boîte de nuit : La Chorriza. Il était là, sur le parking au milieu des Harley, il venait de faire le bœuf dans l’arrière-salle, il avait l’air paumé…. Il était blanc, tout blanc, avec des yeux noirs et des grandes cornes translucides, en arcopal. Je me dis: il a dû se perdre, ou peut-être a-t-il été rejeté par les siens. Il avait la goutte au nez et portait un vieux duffle-coat, il sentait le tabac… Il avait un tatouage dans l’oreille… Un numéro de téléphone au Canada… »

En Afrique, Patrick Robine croise un lion qui lit Roland Barthes mais fait aussi des commentaires sur les plantes, notamment un séquoia d’Aurillac qui viendrait d’Amérique de l’Ouest… «Tout a commencé un soir de septembre 1967, avec les prédateurs de la pomme de terre, la taupe, le sanglier et les Allemands. » (… ) « Je vais vous raconter ma vie.  On distingue deux cent cinq sortes de chauve-souris… »

Il commente une peinture chromo avec une mimique expressive puis évoque les chutes du Zambèze, ou l’armoire pleine de linge de table basque de sa vieille tata.«Les pommes de terre avaient tout envahi! » (…) « J’écoute beaucoup ce que me racontent les enfants… Je suis pourvu de grosses narines, alors j’ai du nez! Je reçois, je prends tout comme une éponge. Un mot, une image, un son… Rien ne m’échappe.»

Un beau solo jubilatoire, chargé de poésie et tout à fait salutaire !

Edith Rappoport

Jusqu’au 23 octobre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosevelt, Paris (VIII ème). T. :  01 44 95 98 21.

FRACASSE OU LES ENFANTS DE VERMIRAUX Festival La Grande Echelle Monfort Théâtre 11 octobre

De Nicolas Turon, Compagnie des Ô, avec Laura Zauner, Fayssal Benbhamed et Nicolas Turon

Nous sommes assis sur des tabourets avec une cinquantaine d’enfants d’une école primaire qu’on peine à faire taire.  Le silence établi, un acteur s’impose : « Alors, je vais te dire un truc, la vieillesse ce n’est pas une excuse. En vérité, il y a trois choses dans la vie d’un homme : la misère, l’amour et la mort. Il faut grandir toujours, ne jamais vieillir. 

Chapitre un  la misère : c’est quand tu n’as pas la même chose dans les deux yeux. 

A l’orphelinat des Vermiraux, au fond de la vallée une rivière, un château. On dit que c’est un orphelinat convenable, mais on change d’avis. Sur les fenêtre de la façade, huit sont barrées par des planches. Cela ne sert à rien ici d’avoir des mots pour se défendre. Ce qui compte, c’est de savoir comment ils se sont échappés de là.

Il y a une bagarre d’oreillers. Ils sont arrivés dans les dortoirs avec des lits froids. Grandir ce n’est pas sauter sur les lits, c’est de se glisser dans les engrenages du monde. Aux Vermiraux la misère a le visage de  la Vidaline. « La prochaine fois que je vous verrai jouer au capitaine Fracasse, je vous romps les os ! ».

Tout le monde se met en place pour ouvrir une allée, les acteurs manipulent les enfants ravis : « Nous aussi les orphelins, on est des fantômes. Cours mon lapin, cours, la course ou la vie ! On voudrait déjà savoir si ce sera mieux quand on sera grands. »

On déploie un tapis central : « Mettre un pied devant l’autre, c’est pas seulement marcher. Pour nous l’amour, c’est de raconter une histoire. En étant orphelin, on est comédien, mais vous êtes pas obligé. »

La Vidaline : « Nous redressons ces anormaux avec de petits travaux. » Les enfants brandissent un livre chez le préfet : »Bleu, blanc, rouge, quitte tes habits de misère, prends ton épée ! ».

Les comédiens dans avec des enfants qui dansent entre eux. Un lépreux couvert d’un drap demande l’aumône à Fracasse. « Vous serez tous des parents orphelins ».

Au chapitre trois la mort, c’est la révolte des enfants. Nous nous recouvrons d’un drap. « Avec le capitaine Fracasse, on joue dans les bas fonds. Le soir, on se retrouve à la taverne des assassins. Demain on s’occupe de la Vidaline ».

Le 8 juillet 1910 les adolescents se révoltent. Pour la première fois, un groupe d’adultes est condamné pour violence envers mineurs. « Qui sommes nous comédiens, sinon des fantômes ? ».

Etonnant spectacle de Nicolas Turon qui a écrit et travaille avec une dizaine de compagnies, dirige des salles et des festivals, fait de la radio et joue un peu partout dans le monde. Il a reçu en 2015 la bourse Beaumarchais Ecrire pour la rue.

Le Festival La Grande Echelle initié par l’ADAMI avec Tsen productions, a présenté 17 spectacles au Monfort Théâtre http://www.lemonfort.fr tel 01 56 08 33 88.

LILELALOU Théâtre Dunois 10 octobre

Le focus Damien Bouvet propose une série de représentations dans différents lieux hors les murs, à la Bibliothèque François Mitterand, au Théâtre Mouffetard et au Samovar de Bagnolet jusqu’au 1e décembre.

Au Théâtre Dunois ce 10 octobre, de très jeunes enfants se pressent à l’entrée. Damien entre en scène en robe de chambre, coiffé d’un grand bonnet avec d’épais sourcils. Il tient la petite souris Cabotine dans ses bras, lui raconte une histoire, celle de Titi et le gros éléphant. Cabotine a rongé un gros livre, le livre de la petite fille qui ne voyait pas. Il raconte le livre en rigolant, se met la tête dedans , le livre craque…Il se met à décrire les objets qui sont dedans. La salle se rallume, les enfants applaudissent enchantés.

Théâtre Dunois jusqu’au 14 octobre à 14 h 30 Tél 01 45 84 72 00