Correspondance avec la Mouette

Théâtre des Déchargeurs 4 février

D’après la correspondance entre Anton Tchekhov et Ursula Mizinova, traduction, adaptation et mise en scène Nicolas Struve, jeu David Gouhier, Stéphanie Schwartzbrod, compagnie l’Oubli des Cerisiers

Nicolas Struve, le metteur en scène et adaptateur  du spectacle, rappelle de qu’écrivait en 1896 Anatoli Koni, après avoir assisté à une représentation de la Mouette : « C’est sur scène la vie même, avec ses unions tragiques, son inanité bavarde et ses souffrances muettes-la vie ordinaire à la portée de tous ou presque, incomprise en sa profonde ironie-une vie si proche de nous, si accessible qu’on en oublie aussitôt qu’on est assis au théâtre ! ».

Une chaise au centre et des piles de livres contre les murs. On cite des extraits  du 4e acte de La Mouette. Trepleev lit une liasse de papiers, raconte sa vie ratée avec Nina, puis jette les feuilles. On voit un film en noir et blanc sur un couple : « Je suis à la campagne, un mensonge vaut mieux que l’indifférence… ». 1893 Printemps, Eté, Automne, Hiver, il est couché le 13 août  à Relichkovo. Il peint sur les murs : « J’ai la sensation que la vie se rit de moi !  Tout me réussit à part le fait que je n’ai pas un kopeck en poche». Un affrontement amoureux sur une musique répétitive en 1894 à Berlin…Le 27 mars 1894, à Yalta, une lettre de Tchekhov : «  Je crois que le vrai bonheur est impossible sans oisiveté… ». 17 octobre 1896 première de La Mouette à Paris et le 17 octobre 1896 à Saint Petersbourg, puis mort de sa fille Christina.

Il tousse pendant qu’elle lui écrit le 27 janvier à Yalta : « On s’ennuie beaucoup à Yalta, écrivez moi, je n’ai plus la force de ne plus vous aimer ! (…) Savoir endurer ! »

Lui c’est Anton Tchekov, elle c’est Lika Mizinova. Il se croisent pendant des années, puis ne se verront plus.

Ce duo espiègle et tragique fascine la petite salle bourrée.

Théâtre des Déchargeurs métro Châtelet 75001 jusqu’au 29/02 à 19 h, du mardi au samedi, tel 01 42 36 00 50

LA REPRISE, HISTOIRE(S) DU THEATRE(1) Milo Rau International Institute of Political Murder les 2 Scènes Centre Dramatique National de Franche Comté 12 février

Au jardin un bureau avec deux chaises, deux acteurs debout. A la cour, une table où trois acteurs discutent : « Quand devient-on le personnage. Enfant je voulais devenir acteur. Shakespeare, un homme qui parle au cimetière. Il rapporte le corps d’un homme, d’une femme, d’un enfant. Les morts ne parlent pas, ils entendent… ».

On filme en direct sur le plateau, un étudiant de Liège, ville en déclin : « Dès que je pouvais, je me rendais au Palais de Justice… » . Puis on filme Suzy Coco, 67 ans. « A quoi tu penses ? A mon amie qui est morte. » Elle marche à quatre pattes.

Fabian : »J’ai fait un stage, il s’est avéré que j’ai un profil artistique ! Il y a un emploi pour 137 personnes… ». Une fille se fait gifler. Tom Adjibi ; « Pourquoi tu fais du théâtre ? Le théâtre est un espace de paroles… »Tom singe des langues qu’il ne parle pas pour se faire embaucher.

On voit un film sur un homme et une femme nus au lit qui dialoguent. Ils sautent dans des sacs, puis se rhabillent.

Chapitre 2 : La douleur de l’autre

« Pourquoi Issan est-il sorti de l’Open Bar ? Pourquoi voulait-il souffrir ?

Chapitre 3 : La banalité du mal. L’anatomie du crime. Trois personnes en assoment un autre, le mettent à nu. 

Chapitre 4 : C’est une mise à mort finale sur une musique de Purcell. On reste fasciné par cette terrible vision.

Une alternance fascinante de scènes de violences filmées, interprétées sur le plateau.

Milo Rau est directeur artistique du NTGent depuis le début de la saison 2018-2019, après avoir travaillé é pour divers journaux et magazines suisses et réalisé plusieurs mises en scène dans l’espace germanophone. Il a présenté au Festival d’Avignon Les derniers jours de Ceausescu, puis Hate Radio sur le génocide au Rwanda en 2012 à Munich et à Berlin et  il a obtenu de nombreux prix.Depuis 2002 Milo Rau a publié plus de 50 pièces de théâtre. En 2018 il a reçu le prix Europe pour le théâtre.  

Milo Rau est également critique de télévision, il reste un écrivain prolifique.

ESPACES PUBLICS ESPACES DE LUTTES, 10ème université buissonnière des Arts de la Rue Maxéville (54320) 11 et 12 février

La Fédération des Arts de la Rue réunit ses adhérents pour deux jours de colloque présidés et conclus par Luc Carton, autour de différents ateliers. Il introduit le paradoxe, l’épuisement des forces et des formes politiques, la déconcentration, la transition, la refondation. Il faut comprendre les enjeux culturels, le droit au travail, à l’alimentation, au logement.

Jean-Louis Laville Economiste et sociologue

Il évoque le dilemme entre Etat et marché. Il faut retrouver au XIXe siècle la création des associations qui s’imposent dans l’espace public, les printemps des peuples en 1830 et 1848, l’essor économique privilégié pour aller plus loin dans la démocratie. L’invention sociale est l’affaire de tous.

Dans les années 1960-1970 naît le néo libéralisme avec le projet de restructuration de la société et une vision répressive des associations, mais l’importance des initiatives citoyennes.

Scénarios pour demain : 1) Le monde de la société civile se réduit avec des contrôles rapprochés.

2) Un néo libéralisme à composante sociale avec le retour de la philanthropie.

3) On donne place à la diversité, les associations ont le droit d’être dans l’espace public dans une économie solidaire. Il faut déconstruire le discours dominant sur les associations. Le nombre de gens qui militent dans les associations ne se maintient que si leurs membres peuvent en vivre. Il faut montrer la diversité des formes économiques. La technocratie est autiste au niveau national.

Luc Jambois cofondateur du réseau d’appuis sur les associations, évoque la pratique coopérative, seule forme juridique démocratique. Une première constante, la création d’une charte de travail, un travail collectif et la pluri activité.

-Evolution : Professionnalisation impérative, progression de partenariats encouragés par les pouvoirs publics, solidarités à promouvoir dans le secteur économique, les structures, les lieux d’accueil et de production. La forme coopérative semble appropriée.

Atelier n° 1: Les différentes pratiques coopératives :

On peut se passer d’un président pour mettre en oeuvre un modèle collégial avec la peur des contrôles. Il y a un guide de l’emploi intermittent pour les compagnies.

Atelier n°2 : Restriction des libertés collectives et individuelles. Depuis 2001, il y a une loi restrictive, la loi anti-casseurs, le secret des affaires. Les gilets jaunes se sont déployés contre la retraite des policiers qui sont en dehors de la citoyenneté. Faut-il continuer à converser avec les autorités ?

Atelier n° 3 : l’Art en campagne : A qui s’adresser, aux élus de la ville ou de l’opposition ? Les enjeux de l’évaluation ont toujours existé. On a toujours eu le désir de réduire les dépenses publiques. Un Etat pour être moderne doit se laisser évaluer pour émettre un jugement. On est fortement contaminé par la démesure de la mesure, fasciné par la gloire et l’argent. « Vous les artistes, vous n’êtes pas rentables ! ».

-ECONOMIE SOLIDAIRE A BUT NON LUCRATIF, 25 participants :

Le Collectif Michto de Nancy a géré dans l’urgence avec des moyens limités, avec des compagnies nomades . L’édition 2020 se réalise en mars avec 6000 euros de la Région, une aide de la ville de Maxéville, 5000 euros du Conseil départemental, c’est 15 e année du Festival au château de Maxéville, un contre exemple de l’Institution, une communauté où l’on apprend les uns des autres.

Les sujets abordés : Comment parler d’un projet et à partir de quelles valeurs, l’impact économique des manifestations culturelles, qu’aurais-je fait si je n’étais pas allé dans ce festival avec la somme dépensée ? Les gens peuvent voir sans payer, c’est un bien collectif comme la défense nationale.

Luc Jambois La lettre de l’administrateur

  1. Pratique coopérative seule forme juridique démocratique
  2. Première constante : création d’une charte de travail collectif
  3. Pluriactivité
  4. évolution professionnalisation impérative grâce à la progression des partenariats encouragée par les pouvoirs publics
  5. Solidarités à promouvoir grâce à des lieux d’accueil et de production. La forme coopérative est appropriée.

LES ENJEUX DE L’EVALUATION

Elle a toujours existé. Il y a toujours eu un désir de réduire les dépenses publiques. Un Etat pour être moderne, doit se laisser évaluer pour émettre un jugement. On est fortement contaminés par la démesure de la mesure avec la fascination de le gloire et de l’argent : « Vous les artistes, vous n’êtes pas rentables ! ».

ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE A BUT NON LUCRATIF

25 participants.

Le Collectif MICHTO à Nancy a géré dans l’urgence des ateliers depuis trois ans, avec des compagnies nomades. C’est la 15e année de Festival au château de Maxéville avec une subvention de 6000 euros de la Région et 5000 euros du Conseil Départemental. C’est une expérience unique, une communauté où l’on apprend les uns des autres avec 2 CDI et 5 statuts spéciaux.

Comment parler d’un projet et à partir de quelles valeurs ? Comment évaluer l’impact économique des manifestations culturelles ? L’intérêt commun, l’égalité, la confiance…Avec peu de moyens financiers et humains. Y’en a marre d’être la dernière roue du carrosse !. Il y a une remise en cause des liberté publiques et de la démocratie comme en Chine ou au Brésil.

Le crime démocratique : 1) Evolution législative en 2015, la loi sur le renseignement

2) La loi sur la sécurité intérieure, loi anti-casseurs, la militarisation pour réprimer les manifestations.

3) Les gilets jaunes, 1000 personnes condamnées à de la prison. Prise de conscience sur les violences, mise à mal des contrepouvoirs.

4) La restriction des libertés des associations et les coupes de subventions comme à Roubaix pour le projet de rénovation urbaine dans un quartier de chômeurs, frappant 55 % de la population.

5) A Roubaix, ville de 55000 habitants, le maire a été élu avec 5000 voix. Il faut réfléchir au financement de la vie associative.

Luc Carton ouvre la conclusion sur la démarche artistique dans l’espace public qui n’est plus une évidence. L’espace public de type impérial est aboli comme l’est le marché sur la grand place de Bruxelles. On ne va pas s’en prendre au corps des citoyens. L’espace public est de plus en plus immatériel avec la privatisation. Il faut chercher la rue là où elle se niche dans l’enchevêtrement des territoires. Notre pluralité est intérieure. Comment faire société ? Par un travail de langage sans violence. La démocratie est précieuse. De 1789 à 1848 nous avons eu un Etat de droit. En 1945 est née la Sécurité Sociale. A la fin des années 60 on s’est dit qu’il ne fallait pas perdre sa vie la gagner. Il y a un conflit dans la culture. La question du pouvoir sur le travail est nulle.

Pour moi l’espace public est un espace de rencontres inattendues, un espace d’égales libertés, un espace de commune humanité. L’espace public est un espace public en grève. Il faut se préoccuper du sens du travail En Belgique il y a un ersatz d’Etat. Comment faire place à la prise en compte du vivant sur le système espace/temps ? Le théâtre est un outil formidable.

12 février

Atelier 4 Judith Pavard : Enfants des cités, enfants de bidonvilles : l’art pour aller vers l’autre, compagnie Koshka Luna

Elle évoque 400 familles dans les bidonvilles de Montreuil et les difficultés avec les non francophones. Elle fait des tours de magie. IL y a 20 000 Roms en France. Elle travaille avec les associations du quartier, elle a suivi une centaine d’enfants pendant 5 ans avec des micro subventions. Avec des métiers impossibles pour les Roms, des noms de familles sont iiés à un métier, comme dresseurs d’animaux ou musiciens, d’autre métiers leur sont interdits, elle travaille sur la magie. Judith Pavard a monté Carmen avec 17 enfants l’an dernier. Elle fait des échanges de tours de magie dans une école de Montreuil.

A Montreuil, il y a 76 ethnies.

Atelier 1 : Prendre place : L’occupation des ronds points par les Gilets jaunes

Les ronds points sont un bon endroit pour parler avec les gens. L’assemblée des assemblées prépare les élections municipales. Plus besoin de hiérarchie, Un intellectuel ne peut jamais savoir ce qui va arriver. Autrefois on pensait le social et le culturel séparés. C’est changé, les populations en savent beaucoup plus. Le nouveau mode de développement a intégré le social, l’économique et le culturel dans un compromis démocratique libéral. On voit un marché qui s’investit de responsabilités sociales. La représentation politique doit être culturelle.

Compte rendu sur un foisonnement de témoignages d’après de notes hâtives. Beaucoup de générosité dans ces rencontres de deux jours.

Jason et les Argonautes Théâtre 13 Seine 5 février

Texte Nicolas Bonneau, Pepito Maéteo, Alain Le Goff, mise en scène Nicolas Bonneau et Olivier Maurin

La Maison du Conte de Chevilly Larue qui forme de jeunes conteurs a exporté ses jeunes comédiens au Théâtre 13. Sur le plateau nu, quatre chaises et un tabouret.. Les conteurs se présentent : Olivier, Delphine, Sarah, Juan, Noémi, ils ont été accompagnés dans leur parcours d’une dizaine de jours par le metteur en scène Olivier Maurin et le conteur Nicolas Bonneau. Chacun présente sa vision de Jason qui reste plutôt vague. Les improvisations sont rapides et efficaces, accompagnées à la guitare. Les femmes violées tuent leurs agresseurs un à un, Aphrodite les libère. « Heureux sont les pays où il n’existe pas de héros ! ». On raconte l’histoire de Médée qui trahi son père. La robe de Médée pour les noces s’enflamme. Jason, paria abandonné de tous est renvoyé à sa nuit.

Ces improvisations à mains nues suggestives, nous font errer dans de très vieux souvenirs depuis longtemps égarés. Un exercice très théâtral.

LE PLUS BEAU CADEAU DU MONDE Théâtre 71 de Malakoff 4 février

Ecriture et mise en scène Nathalie Benard, avec Marina Cappe, Florent Cheppe et Sarah Louis, Compagnie la Rousse

Trois têtes couronnées se promènent. Une fille s’assied sur un petit banc : « Je suis Thiry, la petite voisine, j’espionne, j’vois tout ! ». On se promène dans des contes pour enfants, le père ressemble à l’ogre, la mère à Cendrillon, le fils au petit prince, l’amie et la grand mère à des marraines, des fées et des petites souris. Le père sur un bout de papier écrit : « un jour je t’achèterai la vie, je l’emballerai, je serai le plus beau des cadeaux du monde ! »

Iris fige les instants à à l’aide d’une sonnette. Elle précise que le théâtre n’est pas la réalité, fait comprendre aux enfants qu’ils vivent une expérience unique.

« L’amour, c’est un placement très avantageux, c’est extensible ! (…) La poésie, c’est pas la vie… »

La salle est pleine d’enfants ravis. Au foyer une exposition Malakoff raconte Malakoff. Le plus beau cadeau du monde sera présenté au Théâtre Victor Hugo de Bagneux les 1e et 2 avril.

LE NOYE LE PLUS BEAU DU MONDE Le Bloc Théâtre Monfort 4 février

Une rampe lumineuse éclaire le plateau à l’avant scène. Deux musiciens, contrebasse et guitare se déchainent pour raconter l’histoire d’un naufrage : « I am just walking down that track… ». C’est un mort retrouvé plus grand que les autres, le cadavre d’Esteban auquel on promet de somptueuses funérailles. A travers des duos de musique impressionnants, on honore ce cadavre, on ne le rend pas orphelin à la mer. Cette nouvelle de Gabriel Garcia Marquez écrite en 1968, fait résonner en musique une actualité toujours terrible avec Daniel Scalier au chant et à la guitare et Sébastien Baquias à la direction musicale.

Théâtre Monfort jusqu’au 8 février à 19 h 30, Tél 01 56 08 33 88