UNWANTED (199) Le Monfort Théâtre 18 octobre

Conception et chorégraphie de Dorothée Munyaneza avec Holland Andrews, création musicale Alain Mahé, scénographie de Vincent Gadras.

On se souvient de Rwanda 94 de Jacques Delcuvellerie qui avait marqué nos mémoires à Rungis ! Dorotheée Munyanneza artiste Rwandaise qui a vécu ces effroyables massacres, avait monté Samedi Détente, elle avait vu le film de Thierry Michel L’homme qui répare les femmes. Elle nous livre le récit de l’exil d’une mère violée, enceinte d’une fille qu’elle n’a pu aimer qui comme elle n’a jamais été heureuse. Dans un espace immense sur une haute colonne, elle arrache les silhouettes étranges qui y sont collées, autant de gisantes détruites en boules, elle s’effondre dessus. Les chants qui jaillissent sur ces martyres infligés par des tueurs sans vergogne sont de toute beauté. On reste sans voix, sans mots pour parvenir à décrire ce spectacle saisissant, le silence et la gravité s’imposent.
Le Monfort à 20 h 30 jusqu’au 21 octobre tél 0156 08 33 88, Théâtre du Fil de l’eau à Pantin 24 novembre, Le Centquatre à Paris 28 novembre et 1e décembre

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YVES CHEVALLIER DÉCORÉ À L’INTERNATIONAL VISUAL THEATER, 17 OCTOBRE

Yves Chevallier a un long parcours dans les sentiers de la culture, d’abord à la ville de Bagneux, puis comme conseiller théâtre de la DRAC Ile de France au sein d’un trio avec Brigitte Perrault et Édith Rappoport, enfin ces dernières années comme directeur du Château de la Roche Guyon. Sa décoration de chevalier des Arts et Lettres, il l’a bien méritée, en portant le magnifique projet d’Émnanuelle Laborit d’un théâtre pour les sourds.

D’abord installé dans le dongeon du Château de Vincennes de façon précaire par Michel Guy depuis 14 ans, sans soutien significatif des pouvoirs publics, IVT a trouvé un lieu d’accueil dans l’ancien théâtre du Grand Guignol, le Chaptal 347, propriété de la Ville de Paris. Avec cette installation dans un véritable théâtre, Yves Chevallier parviendra à leur obtenir une reconnaissance véritable des pouvoirs publics.

Yves prend la parole : « Mon père a été coiffeur, puis représentant chez Loréal. Mon grand père maternel a été marin, puis cheminot. Je lisais ses BD dans France . J’ai publié un livre intitulé «  En voilà du propre », phrase rituelle de ma grand mère. J’ai commencé le théâtre en amateur, à la MJC de Houilles. J’avais vu Les soldats de Lenz et L’Affaire de la rue de Lourcine de Patrice Chéreau à Sartrouville. J’ai toujours aimé faire ce que je ne savais pas faire;, m’occuper de patrimoine, de jardins, d’expositions, ce que j’ai fait à la Roche Guyon avec comme L’invention d’un château.c Frédéric Révérend . La reconnaissance d’IVT est l’une de mes fiertés ! »

Fondé par Alfredo Corrado, l’École d’IVT a été d’abord déplacée à Alfortville, a été accueillie par le Théâtre de l’Aquarium et par Nicole Gautier au Théâtre de la Cité Internationale. Le Chaptal 347 a d’abord été partagé avec l’Université, puis la communauté des sourds y a conquis son propre espace avec une véritable reconnaissance des pouvoirs publics. Yves Chevallier n’a pas ménagé ses efforts pour les faire reconnaître, dans un dialogue éclairé avec Jean François Labouverie qui a longtemps dirigé ce magnifique projet .
IVT 7 cité Chaptal, métro Blanche, Tél 01 53 16 18 18

LES ÉVAPORÉS Studio Théâtre de Vitry 16 octobre

De Delphine Hecquet, Compagnie Magique Circonstancielle, spectacle en japonais surtitré.

Onze acteurs japonais, dont un français qui décide de partir à la recherche des disparus qui s’évanouissent souvent pour des questions d’honneur, laissant leurs familles sans nouvelle, abandonnées au désespoir. On voit un personnage écrire une lettre sur un tas d’ordures au pied d’une colonne.Au Japon plus de cent mille personnes s’évaporent chaque année, sans laisser la moindre nouvelle. Le sens de l’honneur y est intraitable.

Le journaliste français arrive à Tokyo en octobre 2017. Il cherche d’abord vainement son hôtel Osaka. Il trouve un disparu, sa fille est interviewée par un commissaire de police intraitable, qui lui demande si elle reconnaît les objets dans son sac. Elle n’ pas le droit de les toucher. Le journaliste filme une femme qui a perdu son père, elle ne veut plus le revoir ! Une fille s’adresse à sa mère qu’elle a quittée depuis neuf ans. « Je voudrais qu’elle meure une bonne fois pour toutes ! ». Une autre revient, sa mère ne veut pas la croire ! Un vieux pleure au commissariat, il parle à sa fille qui ne lui répond pas. Un autre compte jusqu’à 10 avant de se tirer une balle dans la tête. « Tu es une prêtresse et moi le seul homme perdu du coin. Une autre hurle après son père qui l’a abandonnée…

Un vrai choc culturel sur les différences des civilisations. Avec de belles projections, des effets de miroir au travers d’une porte transparente coulissante, ce spectacle nous laissent interdits sur nos sièges.

La compagnie Magique Circonstancielle installée en Nouvelle Aquitaine, a bénéficié de l’aide à la production, de la SPEDIDAM, l’ADAMI, l’ARCAL, du Cent Quatre et la Colline et d’une résidence d’écriture de la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon.

MINI FESTIVAL DE LERNÉ 14 et 15 octobre

Compagnie Les Grooms

Voilà 32 ans que les Grooms, nés sous l’aile du Théâtre de l’Unité à Saint Quentin en Yvelines, ont écumé les 5 continents avec de grands opéras dans la rue. Ils sont installés depuis des années au pays de Rabelais, à Lerné joli petit village déserté par tous ses commerces de proximité.
La première journée est consacrée à un repérage des différents lieux du village, à partir de l’ancienne école fermée, attenante à la mairie, où l’on peut désormais trouver un dépôt de vêtements, un bar ouvert ponctuellement qui préservent une vie sociale. On fait escale au château dont on visite les douves, on repère les fenêtres d’où vont pouvoir s’élever des chants surprenants. L’intendance pour tous les participants est assurée par François, magnifique cuisinier qui assure les repas d’un trentaine de convives.

Le 14 octobre la caravane s’ébranle devant la mairie, les musiciens et les chanteurs sont suivis par une petite centaine de personnes dans les rues désertes du village. De la cour de la mairie, aux fenêtres, jusqu’à la cour du Château, le plus grands airs d’opéras s’élèvent de la façon la plus insolite. De Purcell à Verdi en passant par Mozart, le public peut se régaler et rire des mises en scène étranges des musiques qui surgissent. On termine dans la cour de l’école où nous attend la compagnie Escale.
http://www.lesgrooms.com

D’UN SOUFFLE TU CHAVIRES Compagnie Escale création collective de et avec Grit Krause, Hughes Hollenstein et Guillaume Druel, masques et peintures de Lara Manipoud.
Librement inspiré d’Isabel Allende, ce spectacle étrange raconte une épopée de la traversée du Chili où l’amour finit par triompher d’une répression féroce. Les étranges masques qui sont manipulés par les deux acteurs accompagnés par la musique de Guillaume Druet, sont effrayants et attendrissants à la fois. Les masques qui ne sont pas complets laissent apparaître les visages par instants, donnant un grande humanité à cette histoire vécue. On se souvient Est ou Ouest, Procès d’Intention, spectacle décapant vu en 2009 au Festival d’Avignon.
http://www.escaletheatregestuel.net

LE MARCHAND DE VENISE Théâtre 71 de Malakoff 11 octobre

Business in Venice d’après William Shakespeare, mise en scène Jacques Vincey, scénographie Mathieu Lorry-Dupuy, Centre Dramatique National de Tours

« Shakespeare écrivait pour son temps, nous voulons écrire pour la nôtre; Shakespeare écrivait pour sa troupe, nous voulons écrire pour la nôtre (…) L’historicisation ne doit pas servir ici de cache sexe : l’antisémitisme, même transformé, perdure; l’économie, même transformée continue de diriger le monde. (…) Le marchand de Venise est une comédie contemporaine qui mord férocement sur l’actualité de son temps, notre réécriture le sera aussi» , déclare Jacques Vincey !
En effet, on est d’abord déconcerté par le décor de supermarché dans lequel se joue le premier acte de cette tragédie. « On ne va pas jouer Le marchand de Venise, c’est une adaptation de 1584 en 2017. Le temps, c’est de l’argent. En perdant ce temps, est-ce qu’on ne serait pas en train de gagner de l’argent ? Donner de l’argent, c’est donner de l’amour ! ».
La loi de l’argent s’impose à Venise où Bassiano qui veut épouser Portia, est contraint d’emprunter une grosse somme, au juif usurier Shylock que garantira Antonio, un riche armateur. En garantie Shylock réclame une livre de chair si Bassiano ne parvient pas à le rembourser en temps et heure. Malheureusement, les trois navires d’Antonio auraient fait naufrage, il n’est pas en mesure de rembourser l’usurier qui réclame son dû sans pitié, malgré l’argent que lui prose Bassiano.
Tout est bien qui finit bien pour les amoureux, mais Shylock est impitoyablement rejeté par la bonne société vénitienne, après bien des surprises dans un jugement controversé. Malgré une transposition plastique trop littérale, ce spectacle donne une modernité étonnante à une pièce vieille de 6 siècles, Il faut saluer l’interprétation de Jacques Vincey redoutable et pitoyable Shylock et de Jean-René Lemoine, émouvant Antonio.

Théâtre 71 de Malakoff jusqu’au 20 octobre à 19 h 30 mer, jeu, sam/ mar et ven à 20 h 30, Dim à 16 h, tél 0155 48 9100.

PETITE SOEUR Théâtre Dunois 11 octobre

De Jon Fosse, mise en scène Béatrice Venet, avec Jeanne Lepers, scénographie de Cassandra Boy, Compagnie Rêve Mobile.

Nous sommes assis au dessous d’un immense champ d’herbes blanches suspendu au dessus de nos têtes. « C’est bien ennuyeux de rester là immobile. Peut être que son père et sa mère l’emmèneraient se baigner ? » L’herbe est plus haute qu’elle, elle s’y engouffre , se couche sur le dos et reste à regarder le ciel, ses yeux se ferment . Au son de la musique, elle lève les bras et les jambes, se tortille au rythme de la musique. Elle se lève et avance à grandes enjambées, elle danse en traversant l’espace. Pourquoi il rit, l’homme avec le gros ventre et sa femme,seuls comme les vagues ?
Ce solo onirique fascine les jeunes spectateurs rassemblés autour de l’espace scénique.
Théâtre Dunois jusqu’au 22 octobre. Tél 01 45 84 72 00

DÉMONS Le Monfort Théâtre 10 octobre

Librement inspiré de Lars Noren, mise en scène Lorraine de Sagazan, avec Lucrèce Carmignac et Antonin Meyer Esquerré, compagnie la Brèche.

En exergue, une citation d’Imre Kertész : « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes ».
Un grand dadas chevelu en imperméable entre sur le plateau avec un sac en plastique. Il est accueilli par sa compagne : « Ah, c’est toi, tu rentres tard. J’ai eu la nausée, j’ai vomi, je vais prendre une douche. ». Elle casse un verre, ils se disputent. « Ou on se sépare, ou on continue comme ça, je t’aime, tu le sais et en même temps, je ne peux pas te souffrir. ».
Lucrèce se présente au public, va serrer des mains. Antonin les questionne, sert de la vodka, fixe un spectateur dans les yeux : « Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous avez choisi cette personne parmi les milliards qui existent ? Quelqu’un ici, a-t-il fait l’erreur de vivre en couple ? ». Il s’adresse à Jeanne une «  spectatrice » qui rit beaucoup, l’invite à danser, Lucrèce s’indigne. Le couple se dispute, on renverse le bouquet de fleurs. Lucrèce répand les cendres de l’urne funéraire de la mère d’Antonin ce qui le révolte.
Cette étonnante scène de ménage emporte l’enthousiasme d’un public plutôt jeune et mélangé, avec de nombreux rappels au salut.
Après une résidence au Théâtre de Vanves et au Cent Quatre, Lorraine de Sagazan est devenue artiste associée au CDN de Rouen dans le cadre du Pôle Européen de création. Son premier spectacle « Ceci n’est pas un rêve » a été créé à La Loge en 2014.
Le Monfort du mardi au samedi à 19 h 30 à la cabane jusqu’au 14 octobre Tél 01 56 08 33 88