Entrailles. (50)

Crash test de la compagnie La Carotte Studio des 3 Oranges Audincourt 21 janvier 2021

Trois actrices fort expérimentées dans le clown vont passer par une série de situations quotidiennes renvoyant à la mythologie.
Certains des spectateurs présents reconnaissent le mythe de Sisyphe, le Minotaure, le cyclope etc. D’autres ne captent pas, mais ce n’est pas grave. Les costumes sont efficaces. Il y a des accents beckettiens par moment, le trio fonctionne bien, on pense aussi aux pieds nickelés. C’est une phase de travail, certaines scènes seront raccourcies.
Une grosse bouée, des objets épars jonchent le sol. Le metteur en scène Camille Perrin que l’on a vu en répétition intervient régulièrement pour remettre les choses en place avec précision.
Le spectacle est en bonne voie.

La Carotte se définit comme un théâtre de territoire et oeuvre en Franche Comté. La compagnie a vingt ans.

avec Cécile Druet, Daphné Amouroux, Caroline Guidou. Mise en scène Camille Perrin

lacarotte.org

JOHNNY UN POEME (49) Compagnie Gérard Gérard crash test d’Alexandre Moisescot Studio des 3 Oranges Audincourt jeudi 11 janvier 2021

Un spectacle créé et interprété par Chloé Desfachelle, Alexandre Moisescot et Arnaud Mignon
Avec le regard bienveillant de Carmela Acuyo, Anne-Eve Seignalet et Philippe Freslon

Compagnies Gérard Gérard et Rhapsodies nomades

Alexandre Moisescot interprète avec une certaine maestria le rôle de Johnny Halliday auprès de Chloe Desfachelle qui est prostrée sur le sol et se relève. « Les dieux avaient condamné Sisyphe, il faut l’imaginer heureux ! ». C’est une cannibalisation du personnage de Johnny,né Jean-Philippe Smet, mort en 2017. « Mes frères mes soeurs prions. Johnny a donné son corps pour nous sauver, pauvres brebis égarées. Je vous rappelle que vous pouvez soutenir notre mouvement en achetant des mugs et des chaussettes. »(…)
“Les vivants ferment les yeux des morts, les morts ouvrent ceux des vivants” nous dit Tchekhov. Et pour déterrer un mort pareil, il faut bien une grande pelleteuse, jaune comme un gilet, pour nous faire valser, rocker et twist again.
Pour des millions de Français, Johnny a été « BIEN PLUS QU’UN CHANTEUR : un héros, un modèle, un père, un humoriste, un philosophe, un gladiateur, une agence de voyage, un concepteur de vêtements, un opticien, une idole, un beauf, un grand-père, un sex-symbol, un produit de supermarché, un ovni, un acteur de cinéma, un Diable, un Dieu…
Ce n’est pas simple de faire théâtre avec un type qui commençait ses spectacles en descendant en rappel depuis un hélico. Nous nous sommes alors donné un principe simple, clair et sincère : faire un spectacle sur Johnny …QUI PLAIRAIT A JOHNNY ! ».
Pour cette sortie de résidence, la compagnie Gérard Gérard n’a pu se procurer de pelleteuse. On jette par terre des boîtes de bière vides. Alexandre qui interprète la star avec un certain brio, rappelle que son père l’avait emmené au stade de France le 5 septembre 1998, il avait 13 ans. Déguisés en cochon et en singe, ils déchirent les journaux avec les critiques. On entend une ode à Marguerite Duras. « On va vous présenter notre dramaturgie qui raconte le suicide de Johnny. Johnny, est ce que tu nous entends ? ».
23 scènes et on attend la suite avec impatience.
La première aura lieu le 14 mai au festival d’Olt dans les Cévennes.

http://www.ciegerardgerard.fr

SOIF (48)

compagnie Oxyput, Studio des 3 Oranges Audincourt 8 janvier 2021

C’est un crash test d’une compagnie qui a entrepris un travail pour rôder un spectacle, après deux semaines de travail dans la Meuse. La musique et les costumes des trois danseuses sont encore en recherche, mais depuis le 15 avril les images se sont fixées. Les trois danseuses jouent avec des dizaines de bouteilles en plastique, elles font des cercles les disposent aux quatre coins. « Bienvenue sur les couloirs de la faim ! ». Une grande énergie est déployée dans la mise en scène de cette lecture. Elles se roulent par terre, ramassent les bouteilles,les jettent, dansent en rythme.Une actrice dirige les deux autres à la voix, elles se roulent sur le sol. Le spectacle doit durer 45 minutes. Beaucoup d’énergie, de fantaisie, d’imagination, et puis ça ne roule pas dans le vide, car l’eau oui l’eau est un des futurs problèmes majeurs de l’humanité.

http://www.oxyput.com

INCANDESCENCES (47)

INCANDESCENCES face à leur destin, épisode 3 Madani compagnie Théâtre 71 de Malakoff 4 décembre 2020

C’est le dernier chapitre d’une trilogie interprétée par des jeunes non professionnels, nés de parents ayant vécu l’exil, résidant dans des quartiers populaires. Une centaine de filles et de garçons âgés de 20 à 30 ans ont accepté de rencontrer Ahmed Madani et de lui ouvrir leurs coeurs. Ils évoquent des récits trop longtemps passés sous silence, leurs premiers émois d’amour. Ce collectage toujours en cours a été établi après de longues discussions individuelles, des ateliers de chant, de danse et une direction d’acteurs. « Nous sommes tous des « Ready made » humains, tous des oeuvres d’art en puissance. Au théâtre, il faut juste faire un pas pour passer de l’autre côté du miroir (…) car en cet endroit chacun verra que dans leurs veines ne coule pas un sang impur, mais le sang de la jeunesse, celui de la vie et de l’avenir. » déclare Ahmed Madani.
Après une dizaine de stages auditions pour rencontrer une centaine de jeunes issus des quartiers populaires pour collecter la matière vive de la création, et un dernier stage final de deux semaines à la MC 93 de Bobigny, Ahmed Madani établit la distribution définitive, et signe des contrat à durée déterminée. Les comédiens seront ensuite rémunérés au cachet. 12 théâtres se sont impliqués dans l’organisation en banlieue parisienne, une trentaine d’autres ont déjà signé leurs contrats.
Quelques phrases saisies au vol : « Moi, je suis un bébé accident »… »Moi c’est Jean, je n’ai pas des souvenirs que mon père m’ait dit :Je t’aime ».
Six personnages présentent leur descendance « Notre tradition c’est de transmettre l’amour de nos ancêtres, les histoires d’amour finissent mal en général ! »
Ahmed Madani a déjà réalisé une quarantaine de spectacles, fondés sur la matière humaine et l’écriture. Ses pièces sont éditées chez Actes Sud Papiers et à l’Ecole des loisirs. Il a dirigé le Centre Dramatique de l’océan Indien.

Sexe amour et cornichons. Cie Azimut. crash test. 20/11/20 (46) 3 oranges Audincourt

C’est une répétition d’un spectacle qui doit se jouer dans les CDI de collèges ou de lycées près de Lunéville en Lorraine.

C’est un exposé sur l’éducation sexuelle que deux élèves de première vont faire pour les plus jeunes.

Nadège et Anaïs qui ont bien la trentaine vont incarner de jeunes élèves.
Elles le font avec une certaine habileté, on y croit, pauses et langages de jeunes.

Et là, elle vont se mettre à jongler avec tout ce qui est tabou quand on est adolescent, les règles, la puberté, et surtout le consentement qui est symbolisé travers une petite saynète théâtrale habilement baptisée les cookies.

« Est ce que ça te dirait de manger avec moi ? J’aimerais bien parler de la taille de la bite » dit Anaïs en se maquillant. « Est-ce que tu te masturbes ? » lui demande sa mère. « .
Le viol : lié hauteur de la jupe. La cause d’un viol, c’est toujours un violeur. La sexualité idéale, ça n’existe pas ! » . On décrit l’acte, « tu imagines comme on peut parler de plaisir à la place de l’orgasme.
ça dure 50 mn, c’est rythmé rapide bien joué.
A la fin ça discute , la fin n’est pas bien trouvée dit Hervée de lafond qui ajoute : mais ce que vous faites est important.
C’est un théâtre utile très utile qui parle de problèmes que l’on n’ose pas bien aborder.
Mystère : comment va réagir l’Education Nationale ?

avec Nadège Helluin, AnaÏs Faucher, mise en scène =Mickaël Monnin

ELEVAGE : LES ANIMAUX DE LA COMPAGNIE (45) Scènes de rue à Mulhouse 18 octobre

ELEVAGE Les Animaux de la Compagnie Scènes de rue à Mulhouse 18 octobre

Déjà vu en crash test voilà quelques mois, ce spectacle aborde l’effondrement du monde familial des paysans. Un loup, un renard et un cerf, masques impressionnants d’habiles musiciens, rythment le spectacle. Le cerf danse au son du violon : « Cela fait longtemps qu’on ne les pas vus, ils sont partis ! Pour une chose, ou une autre, il faut des bras. » Il y a de la farine sur la table, le cerf, le renard et le sanglier jouent de la musique. Une fille pétrit la farine : « La ferme a brûlé et nous avons tous décidé de leur venir en aide ! On a raison de penser ce qu’on pense.».
Sur l’année dernière pas moins de 600 suicides dans le monde paysan…Un concert termine la représentation
Cet effondrement tragique est célébré avec une belle virtuosité par des musiciens masqués et d’habiles comédiens. Un spectacle impressionnant à ne pas manquer s’il croise votre chemin.

SENSATIONAL PLATZ, PRESQUE CABARET (44) Margo Chou et Frères Scènes de rue à Mulhouse 18 octobre

Devant des tables aux nappes dorées, devant un rideau lumineux et un tapis rouge sur l’escalier, Margo fait ses annonces. On voit une chatte blanche à l’arrivée au jardin. Margo : « Je vous préviens, on ne comprend rien ! C’est un récit documentaire écrit sans le vouloir ! Cela fait cinq ans que je vais dans ces endroits en région parisienne. J’ai une passion pour les cabarets, je parle des lieux de rue, des lieux nocturnes. Ici, je vais réaliser un rêve.Avec deux musiciens sur le plateau, la joie devient obligatoire pour ne pas avoir froid.»
La chanteuse déguisée en chat blanc à la longue queue, au fond de la salle monte sur le plateau en chantant. Une autre comédienne : « Quand tu arrives sur la place, le ciel est tout blanc ». On décrit une famille, la romance, la haine, la violence…
« Je veux dormir avec ma mère ! ». Quatre filles accostent les spectateurs sur les rythmes des musiciens. Un fille joue avec des peluches, offre de la nourriture et des boissons aux spectateurs. «  La lumière, chaque soir avec le générateur, ça attire les rats. Beaucoup pourraient faire pute pour un euro ou presque ! J’ai mal à la tête, ça m’arrive pas souvent et ça tombe sur toi… ». Le chat blanc : « Je vais dormir chez ma mère avec Lorena… ».
Etrange et attachant spectacle encore en devenir d’une artiste attirée par les marges. Margo a publié un joli petit livre que je m’achète.

CHANTIER LA TOURNEE DU COQ (43) Les Urbaindigènes Scènes de rue à Mulhouse 17octobre


avec le regard d’ Hervée Delafond

C’est un deuxième crash test d’un spectacle déjà vu en répétition en Franche Comté dans le lieu d’implantation de la compagnie. On voit une énorme structure pyramidale en bois à trois faces, reliées à des fils retenus par des sacs de sable. On range les bancs, ne sachant si le spectacle aura le droit de se jouer, à cause de la pandémie… Une fille salue. On entend un vacarme musical, tout le monde s’agite et parle en même temps. Une musique assourdissante, trois acteurs veulent créer du lien social sur les racines du monde d’après et du présent. « C’est l’élévation d’un lieu qui nous appartiendra à tous, le Préau. Nous croyons à la création collective. Les associations sont le moteur de la vie citoyenne (…) Depuis la nuit des temps, les hommes n’ont cessé de construire… ». Une camionnette tire les sacs de sable sans succès, un homme tombe dans un trou, tout monde s’affole et lui posent des questions : « ça va on continue ! »
On entend un discours incompréhensible : »Bedout ! » intimé aux spectateurs qui s’assemblent à la cour et s’emparent des cordes. Le fronton se lève et reste incliné. Le bégayeur se fait siffler, puis retrouve une parole normale : « Périclès en haut du temple nomme des chefs de groupe: » Sans esclaves, votre civilisation ne tiendrait pas. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Grèce. Peuple des opprimés, suivez moi ! ». On voit une bagarre, on ligote une fille, on entend une musique de film. « Le poteau là est plus court que l’autre, on n’est plus charpentiers mais enfileurs de boulons. Faut aller plus vite ». Une fille scie un morceau de bois : « J’ai grandi dans les Vosges! »
Au jardin trente personnes relèvent la deuxième paroi : « On va continuer avec le Moyen Age ». Musique religieuse, on monte la tour centrale qui tourne : « Cathédrales, filles de la cité et des moissons. La bataille de Bouvines restera dans l’histoire, la bataille qui a fait la France. (…) Tout le monde déteste Childéric ! ».
On quitte le chantier, descentes vertigineuses des acteurs sur des fils, sur une musique religieuse. La troisième paroi se lève, une prière à genoux. « On pourrait réfléchir à ce qu’on pourrait faire tous ensemble à l’intérieur de votre préau… ». Engueulades, escalades vertigineuses : « Réglez vos comptes ailleurs ! On est sur un chantier, la boîte elle a coulé ! En deux ans, le patron aura foutu en l’air 60 ans de son existence. »
Les sept acteurs boivent un coup sur la travée du haut: «  Et voilà encore un projet qui ne se terminera pas. Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin ! ».
Un spectacle vertigineux encore en cours de répétitions qui marque les esprits.

ECHO (42) de Catherine Diverres au GRAAANIT de Belfort 17 octobre

C’est la répétition d’une danse athlétique et sensuelle. Six hommes et deux femmes sur une musique émergente avec des portages, des tourbillons, des projections. De l’humour, des pieds nus, un danse athlétique, le souffle du vent. Il y a des courses éperdues autour d’une fille qui parle et qu’on ne comprend pas… Des étreintes, on se roule par terre, des cris incompréhensibles. Fracas, les plongés se relèvent lentement, « toute transmission passe par la parole. »
Une certaine humilité, l’écriture est toujours en transformation. « On ne travaille pas sur des thèmes, mais sur des principes, le yin et le yang. On se transforme sans progresser, ni régresser. On a un partenariat avec Strasbourg, Créteil et Belfort; On ressent la douleur, mais aussi la force de l’énergie mentale. Quand on en a plein le dos c’est comme pour des sportifs de très haut niveau. Tout est écrit, les danseurs proposent. Il faut rendre lisible le plus justement possible ».

FRAGMENTS (41) Théâtre 13 Jardin 14 octobre 2020

Cette 8e édition présente 7 structures en régions, 8 en Ile de France.
C’est la présentation publique d’une jeune troupe, la compagnie Désirades animée par Valerian Guillaumin et Livia Vicenti. Ce sont les débuts de projets de compagnies soutenues par des lieux,avec de la vidéo, sans décors ni costumes. La musique est rythmée et pesante. C’est une répétition.

« Le 11 octobre aujourd’hui,je ne me sens plus. ». Il y a un monologue au jardin : « Quand il fallait faire pour rien, n’importe où, n’importe quoi… »
Le rideau se lève, dans la pénombre, une forme s’agite. Etrange, une forme surgit. On voit des reptations silencieuses. « Aujourd’hui, par le ciel, la fenêtre a disparue ! » Ils se déshabillent silencieusement. « Cette main invisible sur l’épaule, ce changement soudain de température, je suis la porte qui claque. Cette migraine et le goût sur la langue… ». Une fille se drape. « je suis dans chacun des objets… ». Tous fouillent dans un tas étalé sur le plateau, ils remplissent des sacs et les posent sur la gauche, près du piano.On entend des coups de gong. Les trois acteurs en silence se donnent les mains, lèvent les bras et se mettent à danser en rythme « Mon coeur qui bat comme ça, le lac gelé une main dans les cheveux et le printemps fou. La vitesse en moto dans les virages. ». Face à l’écran, ils font un ballet furieux, voix gestes, danses sur une musique bizarre.
Cette étrange répétition semble prometteuse. Il faudrait pouvoir suivre cette compagnie Désirades. D’autres fragments, Le Boxeur invisible d’Anne Bourguereau et Capharnaüm poème théâtral terminent la soirée.

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