THÉATRE ET HANDICAP Parc de la mairie du 3e de Paris 23 juin

mise en scène Olivier Couder Théâtre du Cristal

Depuis plus d’une vingtaine d’années, Olivier Couder anime le Théâtre du Cristal implanté à Éragny, avec des « pas pareils », des acteurs souffrant d’une déficience mentale, avec lesquels il a créé des spectacles surprenants.
La bibliothèque de la mairie du 3e arrondissement de Paris a créé une collection Handicap et différence initiant des lectures de textes sur handicap et différence. La compagnie est rassemblée dans le joli parc attenant à la mairie, les acteurs interprètent des textes de Emmanuelle Laborit, Van Gogh etc. Les acteurs se lancent dans des interprétations surprenantes.

« J’avais 5 ans quand je suis devenue sourde (…) Il y a 2 ans que nous avons publié une composition de notre fils Icari. Il était particulièrement réceptif aux chants d’oiseaux. Requiem pour un théâtre a été publié au moment de sa mort (…) Cher Théo, je dessine du matin au soir. L’art est jaloux, je m’incline devant ses volontés, je veux faire des dessins qui frappent ! (…) Les mots sont une bizarrerie pour mi depuis mon enfance. Son cerveau fonctionnait au présent ».

Les solos se succèdent à un rythme rapide après une petite danse collective. « les personnes avec autisme ont souvent du mal à regarder les autres personnes dans les yeux (…) savoir marcher fut aussi très compliqué »…
Un passage étonnant, les bonnes recettes de Nadia qui nous donne la recette du mari sauce aigre douce !
Cette prestation d’acteurs engagés de toutes leurs forces dans le théâtre en dépit ou plutôt grâce à leur handicap a une grande force de conviction.

Théâtre du Cristal contact@théâtreducristal.com, tél 01 30 37 87 47

UN ARABE DANS MON MIROIR L’Échangeur de Bagnolet 19 juin

Texte de Riad Gami et Philippe Vincent, avec Anne Ferret Riad, Gahmi Florence, Girardon Bob, Lipman Philippe, Vincent Estelle, Clément Bealem, musique Bob Lipman, direction artistique Philippe Vincent et Florence Girardon.

Ce spectacle singulier porte sur ce que les révolutions arabes ont mis à jour dans nos propres sociétés. On voit 6 acteurs entrer en file, silencieux, sur le plateau surmonté de bouteilles d’eau qui se balanceront autour de la tête des acteurs pendant la représentation.

On entend une musique arabe, il s’asseyent, l’un d’eux enlève ses chaussures. On voit un policier jeter un cadavre dans la Seine, ce que Maurice Papon avait ordonné pour réprimer les manifestations du FLN, le 17 octobre 1961. Puis les combats sur la bande de Gaza en Palestine occupée. Un homme voilé menace une européenne. On célèbre la naissance de Kateb Yacine en 1945. On brandit des drapeaux français et palestiniens, on chante la Marseillaise, tout le monde se couche. Puis Mohamed Bouzid qui se révolte car on lui a confisqué sa charrette le 21 décembre 2000. Le peuple et la police, main dans la main …
En février 2011 Hosni Moubarak quitte le pouvoir !

Depuis mars 2011, la compagnie a exploré « ce que les révolutions arabes ont mis à jour dans nos propres sociétés et de nos propres histoires pour nous forcer à les affronter à nouveau «,  De l’effondrement du World Trade Center, à la mort de Ben Laden en passant par Guantanamo et Abou Graïb,on voit les échecs des printemps arabes, les silences des diplomaties occidentales devant les régimes dictatoriaux qui ouvrent leurs bras à Daesch. Ludique parfois avec les jouets d’enfants, de petites mitraillette automatiques qu’une actrice doit éteindre, cet « Arabe dans mon miroir’ est une fresque lucide sur notre monde comme il ne va pas. Créé en 2012, il n’y a eu qu’une trentaine de représentations.

On pourra le voir jusqu’au mercredi 20 juin à 20 h 30 à l’Échangeur de Bagnolet, au Caire à Rawabet Space les 26 et 27 juin à 20 h 30 et le 21 juillet au Centre Chorégraphique National de Rilleux la Pape.

Réservations à l’Échangeur de Bagnolet 01 43 62 71 20

JE M’APPELLE PLACE Edmond Michelet Paris, accueilli par ART’R et Oposito

Garniouze, Christophe Lafargue de son vrai nom, est entouré par une équipe technique qui anime une grande sucette publicitaire devant laquelle il décline les multiples identités d’ouvriers combattants morts très jeunes, au terme de vies de luttes douloureuses. Lucien Bonnepart né en 1915, né en 1915, licencié en 1946. Un autre dépressif depuis la mort de sa femme, avec des tentatives de suicide en 1970. Un troisième qui agite un trousseau de clefs avec ses 3000 francs de retraite mensuelle. Jean Munoz né à Valencia en 1952 :« suis passé devant le juge avec mon bras cassé en bandoulière.! Ça fait 30 ans que je galope en rue, mais me voici damné ! ».
Il dépose un petit chien en plastique qui se trémousse et soulève une petite tour Eiffel. « 56 ans, je suis en vie, c’est tout ce que je peux dire ». Il soulève le petit chien, agite un trousseau de clefs : « Chaque jour, je pense à ces containers dans les cargos. Ils m’ont piqué des milliers d’heures et les ont balancées dans le ciel et la mer (…) Ils m’ont interrogé 3 jours et 3 nuits en se relayant toutes les 2 heures (…) Les Irlandais, ils ont ouvert les portes de l’hélicoptère et m’ont assis au bord du vide. J’ai passé ma main sur ma tête et tous mes cheveux sont tombés devant moi ! La liberté est un rêve. ». Un solo pathétique et douloureux sur cette place ensoleillée à 2 pas de Beaubourg.

On se souvient de Garniouze à la ZAT de Montpellier dans Les soliloques du pauvre de Jean Rictus, qu’il promenait dans la vieille ville, attelé à un lourd chariot. Garniouze promène ses personnages pathétiques depuis un vingtaine d’années, après avoir fait ses premières armes auprès d’Archaos, Okupa Mobil et bien d’autres.

CONVULSIONS Théâtre Ouvert 14 juin

De Hakim Bah, mise en espace Frédéric Fisbach

Convulsions est le troisième volet d’une trilogie intitulée Face à la mort. Hakim Bah reprend la tragédie des Atrides où Atrée et Thyeste torturent leur frère bâtard pour ne pas avoir à partager avec lui, leur héritage familial.

Ces convulsions se déroulent dans notre monde contemporain, où Atrée, Érope et leur bébé se rendent à l’ambassade américaine pour s’installer aux États Unis. Mais le test ADN obligatoire révèle que le bébé n’est pas celui d’Atrée . S’ensuivent les horreurs du repas entre les deux frères, où le père se régale de la chair de ses enfants. On a du mal à se concentrer sur cette longue mise en espace sans costumes ni élément de décor, avec une distribution inégale.

Hakim Bay a publié une dizaine de pièces. Convulsions a été lauréat du prix du théâtre RFI 2016. Le texte sera enregistré en public au Festival d’Avignon le 15 juillet prochain.

FURIES Festival de Rue et de Cirque Chalons en Champagne 9 et 10 juin

FURIES Festival de Rue et de Cirque Chalons en Champagne 9 et 10 juin

C’est la 28e édition de Furies, festival de rue cohérent avec seulement 25 spectacles programmés dans une ville agréable, sans spectacles en off. L’accueil du public se fait au Grand Jars, vaste jardin ombragé, où l’on peut voir plusieurs spectacles dans de bonnes condition, avec une restauration délicieuse.

DAD IS DEAD Mathieu Ma Fille Fondation, 9 juin

Conception et jeu Arnaud Saury et Mathieu Despoisse ou Olivier Debelhoir

Un couple sur une bicyclette tourne en rond, exécutant de dangereuses figures acrobatiques. Ils dialoguent : « Je ne peux plus m’accrocher, j’ai faim (…). Mais on vient de manger ! (…) J’ai envie d’une banane, elles sont vertes et bio ! ». Ils dialoguent sur le commerce équitable tout en continuant à tourner en faisant des figures étranges L’un d’eux est debout sur le porte bagages : « C’est pas à l’autre bout du monde qu’il faut changer le monde ! Dans ma cuisine, j’ai envie d’être tranquille. Faut être riche pour pouvoir polluer propre… ». Il pédale avec les mains pendant que l’autre appuie sur son dos. « Toutes ces peurs nous constituent, un père de famille il a peur que ses enfants soient pédés ! ».

On s’amuse des acrobaties insolites sur ce vélo qui n’en finit pas de tourner dangereusement et de cette étrange discussion.
Arnaud Saury, issu de l’école du TNB de Rennes en 1994, a une expérience chorégraphique et théâtrale auprès de Mathias Langhoff, Manfred Karge, Nicolas Frize entre autres. Mathieu Despoisse formé à l’École du Cirque de Chalons en Champagne a fondé Cheptel Aleïkoum et travaillé avec des compagnies de danse.

EXIT Cirque Inextrémiste 9 juin

Mise en scène Yann Ecauvre acrobate et 5 autres acrobates

La compagnie créée en 1998 sous le nom de As Pa de Maïmoun a rapidement acquis une maîtrise étonnante de la danse, des arts de la rue, de la musique et de l’acrobatie. En 2007 elle devient Cirque Inextrémiste autour d’un trampoline et de bouteilles de gaz avec des agrès et des planches.

Nous sommes rassemblés autour d’un très vaste espace autour d’une montgolfière étalée sur le sol. Un homme arrive et monte dans la nacelle couchée. On entend les rythmes d’une boîte à musique pendant que 4 hommes en camisoles de force, échappés d’un asile de fous courent tout autour. Ils s’empilent sur la montgolfière qui commence à gonfler, elle va décoller, un fou est accroché à la nacelle qui s’élève à dix mètres du sol. Il y a un piano dans cette nacelle, on a du mal à y croire, mais on entend les notes s’égrener Va-t-il faire basculer la nacelle ? Trois hommes y sont suspendus, la nacelle redescend puis remonte. On entend hurler un appel qui réclame Monsieur Mollot resté à terre. La nacelle remonte avec les corps suspendus à des fils, tels des marionnettes désarticulées.

Tout le monde retient son souffle quand la nacelle redescend enfin sans avoir laissé tomber les corps désarticulés qui y sont accrochés. Le ballon s’étale puis se dégonfle. On sort le piano, nous sommes soulagés, personne n’y a perdu la vie cette fois, ce qui était arrivé pendant une représentation.

jerome.inextremiste@gmail.com

VOUS EN VOULEZ La Française de Comptages 9 juin

Spectacle de Benoît Afnaïm sur une musique de Michel Risse

Benoît Afnaïm n’aime que les défis insurmontables longuement mûris qu’il se jette depuis une douzaine d’années avec sa compagnie de baroudeurs. Vous en Voulez, c’est seulement leur troisième spectacle mûri pendant 2 ans, après 33 heures 30 minutes et Une Cerise Noire, toujours des spectacles déambulatoires de très grands formats, avec 35 comédiens techniciens dans 3 camions, de la vidéo et des fresques monumentales.

Vous en Voulez ne déroge pas à la règle, allant jusqu’au bout d’une volonté de séduction basée sur un scénario ridicule d’une émission de télévision incompréhensible pour les novices peu familiers de cette culture. Des costumes insolites, des inversions de sexe, on a du mal à pénétrer dans cette forêt de personnages dans un incompréhensible feuilleton qui démarre mal à cause de problèmes techniques. Le spectacle commence en retard, mais on suit l’énorme camion qui s’ébranle après de longues minutes d’attente et s’arrête en 3 stations à travers la ville. La foule des spectateurs se dilue peu à peu dans la nuit qui s’avance. On pourra revoir Vous en Voulez à Aurillac et bien d’autres lieux au cours de l’été.

http://www.fradecom.com

BRÂME ou tu me vois crier Papa ?

Compagnie Alix M, écriture et mise en scène Alix Montheil

En exergue de ce spectacle d’Alix Montheil dont la compagnie est installée dans le Limousin depuis 2008 : « Il faut regarder le monde comme le fait un enfant avec de grands yeux stupéfaits, il est si beau. »

Un rendez vous secret nous est fixé. Nous marchons le long d’un canal jusqu’à une guérite où l’on nous remet des gilets orange, on distribue des bidons pour la gestion de larmes, la gestion de sang. On entend des coups de feu, les hommes tombent; « Ici en 2007, un intermittent du spectacle est tombé en pleine actualisation ! ». Les acteurs chutent, on leur fait la respiration artificielle, engueulades, on remet des coupes. Des réfugiés sur une île appellent à l’aide, le maire les vire. Un homme nu casqué, un femen arrosé de sang, heureuse alliance des heureux et des peureux. On gonfle un grand boudin, les acteurs nus se vautrent dessus enduits de vaseline.

Un entracte bienvenu avec des boissons nous repose de cette succession d’images folles, mais il faut repartir. Trois acteurs en bleu, blanc, rouge reculent sur le Beau Danube Bleu, on balance des fleurs sur les CRS, en 2018 c’est un voyage nu dans le futur. Deux hommes pleurent face à face avec des cornes de cerf, Dieu arrive, il s’écroule abattu à coup de feu, Une femme sandwich : « Je ne savais plus ou m’asseoir, je ne sais plus quoi vous raconter ». On apporte une brouette de sang avant un final dans les hurlements, les pétards, avant un beau final dans des danses frénétiques arrosées de paillettes. : « On n’y arrivera jamais, c’est quoi ce monde de cons ? ».

Trop longue, cette succession d’images choquantes et insolites, nous a tout de même bien secoués . Brâme se jouera au festivals de Cognac et d’Aurillac.

ciealixm@gmail.com

INTERVIEW Monfort Théâtre, 7 juin

De Nicolas Truong, avec Nicolas Bouchaud et Judith Henry.

Cette interview est réalisée à partir de textes de Flrence Aubenas, Régis Debray, Raymond Depardon, Jean Hatzfeld, Edgar Morin et Claudine Nougaret dont les deux interprètes incarnent les personnages.Et aussi des textes de Michel Foucault, Max Frisch, Marguerite Duras, Claude Lanzmann, Delphine Seyrig et des reportages…

Silencieux et interdits, ils restent muets un moment. Elle s’excuse de ne pas connaître l’exercice, « je me demande ce que je vais bien pourvoir dire ! (…) Ce que je vais te demander, c’est de parler. Qu’est-ce que tu aimes ? Mon travail, c’est de faire des interviews. Pourquoi l’aventure est-elle toujours au coin de la rue ? ».

« Le 11 février 2016, nous avons partagé un repas avec Edgar Morin (…) Il faut du temps, de la confiance… ».
On entend des questions de la salle. Les deux interprètes tournent autour du plateau pendant les questions d’Edgar Morin. « Aujourd’hui il ne s’agit plus de refaire le monde. Qu’est ce vous avez en commun et avec qui ? On a un patrimoine entre les mains et on voudrait le transmettre. ». On évoque le Rwanda, 900 000 personnes tuées en trois mois, 50 à 60 personnes tuées tous les matins à la machette. Les journalistes s’intéressent aux bruits et pas aux gens. Aucune photo de cette tuerie  (…) Comment témoigner des morts aujourd’hui ? C’est quoi le bonheur maintenant ? (…) Max Frisch a écrit un livre entièrement composé de questions»
.
On entend la musique de Jacques Chancel, on a vendu 100 000 exemplaires des livres de Marguerite Duras en 4 semaines, c’est les livres qui donnent envie d’écrire. Pendant un an on devrait éditer des livres sans noms d’auteurs disait Michel Foucault…

Nicolas Truong responsable des pages Idées et débats du journal le Monde avait organisé le Théâtre des Idées au Festival d’Avignon en 2003 et 2004, autant de débats passionnants. Nicolas Bouchaud et Judith Henry donnent une vie étrange à ces reportages sidérants qui captivent la salle.

Le Monfort théâtre en collaboration avec la MC 93 jusqu’au 17 juin, tél 01 55 08 33 88

DÉAMBULATIONS Le Monfort 7 juin

Compagnie Pan dans le ciment

Nous suivons deux hommes dans le jardin attenant au Monfort jusqu’à un escalier où l’on voit deux hommes glisser sur les rampes. « On est du coin, on s’est même rencontrés dans la fontaine. C’est le gardien qui nous a sauvés. On connaît tout le monde, on voit la fontaine, la crèche et le parc bucolique. ». Ils font asseoir deux spectatrices sur les marches, leur offrent à manger, les coiffent de casquettes et de lunettes. On entend de la musique, ils jonglent avec leurs portables. Tom et Clément, les deux acteurs s’embrassent : « On se voyait tous les jours à Marseille ! » Il dansent , toujours assis sur du jazz. Mais nous partons pour voir Interview de Nicolas Truong à la Cabane du Monfort.